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PARIS : Evemarie : « C’était leur façon officielle de mater…

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PARIS : Evemarie : « C’était leur façon officielle de mater les élèves »

Dans un roman graphique attendu pour le 18 mars, Evemarie brise le silence sur les violences scolaires et le décrochage avec un humour salvateur.

C’est un pavé dans la mare de l’Éducation nationale, lancé avec un trait de crayon aussi mordant que lucide. Le 18 mars 2026, les éditions Robinson publieront *L’école est finie*, la nouvelle bande dessinée d’Evemarie. Loin de la nostalgie idéalisée des années 90, l’autrice livre un témoignage autobiographique sans concession sur une institution scolaire parfois broyeuse de destins. Préfacé par Fabcaro, qui salue une œuvre « très drôle » parlant à ceux qui n’étaient pas les « leaders charismatiques de la winne », l’ouvrage s’annonce déjà comme un outil de réflexion majeur sur la protection des mineurs.

Une adolescence hors des clous.

Le récit nous transporte aux côtés d’une Evemarie de 10 ans, dont le plan de carrière est déjà tout tracé : devenir autrice de bande dessinée. Pour le reste, le système scolaire classique ne trouve pas grâce à ses yeux. Les devoirs sont négligés au profit des cafés et des cigarettes fumées en cachette avec les lycéens, sur fond de culture pop. Face à cette « flemme assumée » et aux redoublements qui s’accumulent, la réponse parentale et institutionnelle est cinglante : l’envoi en collège privé.

C’est là que le récit bascule. Ce qui devait être un redressement scolaire se transforme en une confrontation brutale avec l’autorité. L’album ne se contente pas de raconter les frasques d’une adolescente rebelle ; il décrypte minutieusement les mécanismes menant à l’échec. « L’autorité et la violence s’invitent, mais pas les miracles », résume l’éditeur.

La fin de l’omerta sur les méthodes éducatives.

L’album résonne d’une manière particulière avec l’actualité récente, marquée par une libération de la parole concernant les abus dans les établissements scolaires. Dans un entretien accordé à son éditeur, Evemarie revient sur cette prise de conscience tardive. « À l’époque, j’avais l’impression que les violences physiques et morales étaient « normales » dans ce cadre, que c’était leur façon officielle de mater les élèves », confie-t-elle.

Ce n’est qu’en partageant ses premiers strips sur le réseau social Instagram que l’autrice a mesuré l’ampleur du phénomène. La vague de réactions et de témoignages similaires reçus de la part des lecteurs a agi comme un déclencheur. « J’ai réalisé […] que non, ce n’était pas normal, ni hier ni aujourd’hui », affirme-t-elle. L’ouvrage met ainsi en lumière ce que beaucoup préfèrent ignorer : des violences banalisées et des silences imposés par l’institution.

Un écho retentissant avec la réalité statistique.

Au-delà du témoignage personnel, *L’école est finie* s’inscrit dans un contexte national préoccupant. Les chiffres rappellent l’urgence du sujet : chaque année en France, près de 110 000 jeunes quittent le système scolaire sans diplôme ni qualification. En 2023, le taux de sortie précoce chez les 18-24 ans s’élevait encore à 7,6 %.

Le harcèlement scolaire, autre thématique centrale en filigrane du livre, demeure un fléau massif. Selon une enquête IFOP citée dans le dossier de presse, 16 % des collégiens et lycéens déclarent avoir été victimes de harcèlement au cours de leur scolarité. Plus inquiétant encore, on estime qu’il y a plus d’un élève harcelé par classe en moyenne (5,6 % des élèves touchés chaque année). En donnant la parole à ceux que l’école laisse de côté, la bande dessinée dépasse le simple divertissement pour interroger la responsabilité collective.

L’école belge comme terre d’asile.

Pourtant, l’œuvre se refuse au misérabilisme. Ni pamphlet haineux, ni règlement de comptes stérile, elle fait le choix de l’humour et de l’espoir. Le parcours d’Evemarie trouve son salut hors des frontières françaises, en Belgique. C’est à l’école Saint-Luc de Tournai qu’elle parviendra enfin à canaliser son « irrépressible envie de dessiner » et à transformer ses gribouillages en langage graphique professionnel.

Après avoir travaillé comme illustratrice de commande — couvertures de romans, dessin de presse, publicité — Evemarie a opéré un retour aux sources en 2016, quittant tout pour se consacrer à une bande dessinée plus personnelle. Son message aux lecteurs est aujourd’hui sans appel : « Faites ce que vous aimez et n’écoutez pas trop ceux qui vous disent que ce n’est pas possible, c’est eux qui ont raté leur vie ! ». Une leçon de résilience qui prouve que l’échec scolaire n’est jamais une fatalité.