PARIS : Étienne PORCHE : « La désillusion des jeunes diplôm…
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PARIS : Étienne PORCHE : « La désillusion des jeunes diplômés est une violence sociale »
Étienne Porche, fondateur des Sherpas, alerte sur le décalage croissant entre la promesse des diplômes et la réalité d’un marché du travail saturé.
Le diplôme supérieur n’est plus le sésame infaillible pour l’emploi qu’il a longtemps été. C’est le constat alarmant que dresse Étienne Porche, fondateur et CEO des Sherpas (https://les-sherpas.co/), une entreprise EdTech spécialisée dans le soutien scolaire qui combine cours particuliers et mentorat. Observateur privilégié des trajectoires de milliers d’étudiants, il analyse la désillusion post-diplôme non comme une fragilité individuelle, mais comme le symptôme d’une faille systémique dans l’orientation et la valorisation des études.
La promesse brisée de l’ascenseur social
Pendant des décennies, l’obtention d’un diplôme a été présentée comme une garantie quasi automatique d’ascension sociale et de sécurité professionnelle. Or, cette promesse semble aujourd’hui brisée pour une part croissante de la jeunesse. « La désillusion des jeunes diplômés, confrontés au déclassement, à des reconversions contraintes ou à une précarité durable, constitue une forme de violence sociale encore peu nommée dans le débat public », analyse Étienne Porche.
Ce phénomène s’explique par une double dynamique : la massification de certaines filières, qui a affaibli la valeur distinctive de leurs titres, et la saturation progressive de certains marchés du travail. Le résultat est un écart de plus en plus flagrant entre les compétences acquises, souvent au prix d’années d’efforts, et les opportunités réelles à la sortie des études.
Une orientation déconnectée des réalités économiques
Selon Étienne Porche, une partie de la responsabilité incombe au système d’orientation scolaire, qui peine à intégrer les réalités du marché de l’emploi. Les élèves sont souvent encouragés à suivre leurs aspirations personnelles ou à viser des filières à la réputation symbolique forte, sans être suffisamment informés sur les perspectives d’emploi, parfois très limitées. Pour le fondateur des Sherpas, l’orientation devrait impérativement inclure une analyse pragmatique des métiers porteurs et des besoins réels de l’économie, afin d’éviter que des générations entières ne s’engagent à l’aveugle dans des parcours sans issue.
Il pointe également le rôle ambivalent de certaines écoles privées qui, chaque année, ouvrent de nouveaux cursus de licences et de masters dans des secteurs perçus comme attractifs (communication, marketing, métiers créatifs), alors même que ces derniers sont déjà saturés. De nombreux étudiants investissent ainsi dans des formations coûteuses avec l’espoir d’intégrer un secteur dynamique, pour finalement découvrir un marché fermé et des débouchés rares.
Un observatoire unique des trajectoires étudiantes
L’analyse d’Étienne Porche s’appuie sur une position de terrain unique. Les Sherpas accompagnent plus de 40 000 familles et animent la plus grande communauté étudiante et parentale de France, avec plus de 600 000 abonnés sur des plateformes comme YouTube (https://www.youtube.com/c/LesSherpas), TikTok Étudiants (https://www.tiktok.com/@lessherpas) et TikTok Parents (https://www.tiktok.com/@lessherpas.parents). Ce contact quotidien avec des milliers d’élèves, d’étudiants et de leurs familles lui offre une vision en temps réel des choix d’orientation, des attentes et des désillusions qui se manifestent au moment de l’entrée dans la vie active.
Repolitiser la question du diplôme
En conclusion, Étienne Porche estime que la responsabilité ne doit pas peser uniquement sur les épaules des jeunes. Elle est partagée par les institutions – école, État, discours publics – qui ont longtemps entretenu une vision déconnectée des réalités économiques. Pour lui, la question de la valeur du diplôme doit être repolitisée. « Il s’agit d’interroger ce que la société promet à sa jeunesse et ce qu’elle est réellement capable de lui offrir », insiste-t-il. Un débat essentiel pour réaligner les promesses éducatives avec les perspectives professionnelles et redonner un sens à l’investissement que représentent les études supérieures.

