Skip to main content

PARIS : Et si vous testiez le slow tourisme cet été ?

Print Friendly, PDF & Email

Partager :

PARIS : Et si vous testiez le slow tourisme cet été ?

Imaginez-vous faire une randonnée nocturne sur un chemin de transhumance, apprendre la « cuisine blanche », organiser une fête ou encore récolter des herbes avec des maraîchers pendant vos prochaines vacances.

Vous y êtes ? Ces exemples, tirés d’un vrai séjour, illustrent les ingrédients qui composent le slow tourisme. Alors, prêts à voyager autrement ?

D’où vient ce concept ?

Le slow tourisme s’inscrit dans le sillage du mouvement slow food initié en 1986 par Carlo Petrini. Face à l’installation d’un McDonald’s en plein centre de Rome, il avait voulu ramener les Italiens vers les restaurants traditionnels et familiaux. Le slow tourisme renvoie lui aussi à un ré-ancrage local, incluant la nature, la culture et les habitants. Cette tendance a connu un nouvel élan avec la pandémie du Covid-19, qui a éloigné bon nombre de vacanciers du tourisme de masse.

Le slow tourisme, l’art de découvrir un territoire à 360°

Le slow tourisme est la combinaison de 4 ingrédients clés : l’expérience, le temps, les mobilités bas carbone et la protection du patrimoine. L’ « expérience » désigne le fait de choisir des activités de découverte du territoire qui impliquent la rencontre et l’échange avec les habitants. Le « temps » se réfère au fait de choisir des temporalités plus lentes et plus riches : c’est le fameux « prendre son temps » ! Qui dit slow tourisme dit aussi « mobilités bas carbone », plus précisément le fait de privilégier les transports collectifs et les mobilités douces pour se rendre à destination et pour se déplacer pendant le séjour. « Les mobilités sur place représentent 70 % des émissions de CO2 liées au voyage explique Sophie Portier, Responsable du Fonds Tourisme Durable à l’ADEME, c’est pourquoi le slow tourisme doit permettre de voyager en polluant le moins possible ». Enfin, le slow tourisme intègre des activités liées à la protection et valorisation des patrimoines matériels et immatériels : cuisine, savoir-faire, architecture, nature…

Un slow touriste est quelqu’un de sensible au tourisme durable, prêt à se déplacer en transports en commun et à partir près de chez lui pour découvrir un territoire sous toutes les coutures

Julie Dautriche, Cheffe de projet Formes émergentes de Tourisme à l’ADEME

Le slow tourisme, ce n’est pas « mange-prie-aime*» pour autant !

Attention toutefois… on met beaucoup de choses derrière le slow tourisme qui sont en réalité du slow washing. Or, il ne s’agit pas de simplement « prendre son temps », « faire un stage de yoga pour se ressourcer » ou « déconnecter des écrans » pendant une semaine. Autre confusion à éviter : penser que le slow tourisme se confond avec l’éco-tourisme ou avec le tourisme responsable. Pour vous aider à y voir clair, l’ADEME propose la définition suivante : « le slow tourisme et l’éco-tourisme sont deux formes émergentes du tourisme responsable ». La différence entre les deux ? Le slow tourisme intègre systématiquement les 4 ingrédients clés vus plus haut et pas seulement la dimension écologique. « La notion d’identité du territoire est très forte dans le slow tourisme, souligne Sophie Portier, il ne s’agit pas de faire des activités qu’on pourrait dupliquer n’importe où. L’expérience dans le Gers ne sera pas la même que dans la vallée de la Roya ! ».

Le slow tourisme en France, ça donne quoi ?

Des initiatives fleurissent un peu partout sur le territoire. Cucina Bianca par exemple, est une auberge située à La Brigue (06) qui est spécialisée dans la « cuisine blanche », un produit de la tradition pastorale des hautes vallées du Piémont, de la Ligurie et des Alpes-Maritimes. Elle a créé un séjour slow tourisme transfrontalier pour les personnes souhaitant découvrir cette spécialité. Au programme ? Découverte des lieux de production des ingrédients (rencontre avec les éleveurs et les bergers, randonnées nocturnes sur des chemins de transhumance), cours de cuisine avec initiation aux sügeli et pâtes fraîches locales (suivi d’une dégustation !), implication dans l’organisation d’un évènement festif et culturel autour de la Cucina Bianca… D’autres projets de slow tourisme naissent, avec toujours comme point de départ une spécificité locale : la remise en activité d’un rucher fortifié dans la vallée de la Roya évolue vers des randonnées et circuits à vélo, les itinéraires équestres en Occitanie se transforment en séjours découverte du patrimoine…

Quels sont les freins à son développement ?

Le slow tourisme implique de nouveaux modèles économiques et une façon inédite d’appréhender l’offre touristique elle-même. « Il y a beaucoup de choses à inventer et pour cela il faut des aides financières » explique Julie Dautriche, Cheffe de projet Formes émergentes de Tourisme à l’ADEME. « Les porteurs de projet doivent convaincre les banques, trouver un modèle à l’équilibre entre recettes et dépenses, c’est une réflexion à mener avec les Chambres de Commerce et d’Industrie locales » souligne-t-elle. Autre frein identifié : l’aspect juridique. Développer une offre de slow tourisme implique de proposer une pluralité d’activités, ce qui peut entraîner des structures juridiques complexes. « Pour les agriculteurs qui voudraient se diversifier avec le slow tourisme, c’est un casse-tête » précise Julie Dautriche.
Même constat du côté des transports, un aspect crucial du slow tourisme. Car comment proposer une offre slow touristique lorsqu’on est dans un territoire mal desservi par les transports en commun ? Le quatrième frein porte sur la « connaissance » du slow tourisme, qui est encore faible mais qui devrait se développer en même temps que l’offre.

L’ADEME à la rescousse

Le slow tourisme n’est pas un sujet nouveau à l’ADEME, qui a mené des études dès 2019 pour favoriser son émergence. « Nous l’avons vu comme une opportunité de créer une nouvelle filière de tourisme durable pour relancer l’industrie touristique après la crise du Covid-19 » explique Julie Dautriche. Deux appels à projets sont lancés en 2021 (73 lauréats, dont la Cucina Bianca) et en 2023 (56 lauréats) en partenariat avec le réseau des agences de tourisme et conseils régionaux. « Nous avons compris que les porteurs de projets qui réussissaient le mieux étaient ceux qui étaient accompagnés par les acteurs des territoires » précise Sophie Portier. Le slow tourisme étant une dynamique collective, l’ADEME soutient également les collectivités ou encore les restaurateurs. Avec un objectif clair en tête : créer une véritable filière du slow tourisme en France.

SOURCE : ADEME INFOS.