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PARIS : Essai – « Solognisation », une enquête sur l’accaparement des terres par les ultra-riches
Un nouvel essai analyse la « solognisation », l’accaparement des terres rurales par les ultra-riches pour en faire des domaines de chasse privés.
Un ouvrage collectif intitulé « Solognisation. Au pays des ultra-riches » paraîtra en librairie le 3 juin prochain. Rédigé par François Guerroué, Katherine Fauvin et Yvon Chéry, cet essai se propose de définir et d’introduire dans le débat public un concept encore méconnu mais qui, selon les auteurs, décrit une réalité grandissante en France : la « solognisation ». À travers l’exemple de cette région naturelle, le livre décrypte un processus d’accaparement foncier par les plus fortunés, transformant des terres agricoles et des forêts en vastes domaines privés et engrillagés.
La Sologne, laboratoire de la sécession des élites
Le livre présente la Sologne comme un cas d’école, un paroxysme de la sécession des classes dominantes. Le phénomène de « solognisation » se caractérise par l’acquisition de très grandes étendues de terres par des ultra-riches, non pas pour l’agriculture ou la sylviculture, mais pour la création de domaines de chasse exclusifs. Ces immenses propriétés, souvent entourées de grillages, visent à garantir une pratique de la chasse en toute sécurité et à l’abri des regards.
Selon les auteurs, ce processus entraîne la destruction progressive du tissu paysan local et fragilise les écosystèmes. La Sologne devient ainsi le symbole d’un « prestigieux havre au service des puissants où règne une forme radicalisée de la propriété privée ». L’ouvrage analyse cette dynamique comme une manifestation du « devenir totalitaire du capitalisme contemporain », où le territoire est privatisé au profit d’une minorité.
Un concept pour nommer un phénomène national
L’ambition des auteurs est de donner un nom à une tendance qui dépasserait largement les frontières de la Sologne pour se généraliser à d’autres territoires ruraux en France. En popularisant le terme de « solognisation », ils espèrent rendre visible et politique cet accaparement des terres. L’ouvrage établit un parallèle entre cette privatisation des espaces ruraux et la démarche des « gilets jaunes » qui avaient choisi d’investir les beaux quartiers parisiens. Il s’agirait ici de « traquer les ultra-riches là où ils pensaient pouvoir se réfugier du désastre qu’ils préparent ».
Un appel militant à la convergence des luttes
Plus qu’une simple analyse, « Solognisation » est un appel à l’action. Les auteurs tracent un lien audacieux entre ce phénomène et les politiques coloniales. Ils décrivent la « solognisation » comme « l’envers des politiques coloniales, exercées par les ultra-riches et leurs barons sur les classes populaires blanches ». L’essai cherche à créer des ponts entre les luttes sociales, écologiques et décoloniales, souvent présentées comme distinctes. Face à un contexte qui, selon eux, favorise la division, les auteurs lancent un cri de ralliement pour une union des forces contestataires : « solognisés et colonisés de tous les pays, unissons-nous ! ».
Des auteurs engagés sur le terrain
François Guerroué, Katherine Fauvin et Yvon Chéry sont tous trois issus du monde rural. Leurs parcours et leurs âges diffèrent, mais ils se sont rencontrés au cœur des mobilisations locales en Sologne et dans le Val de Loire. Ensemble, ils luttent contre des projets d’infrastructures routières, logistiques et de loisirs de luxe. C’est au sein de la « Coopération des Luttes Locales Centre » qu’ils mènent des enquêtes militantes et œuvrent à tisser des liens de solidarité entre les différentes luttes territoriales, afin de « faire front commun contre les baronnies qui règnent sur leurs territoires ».


