PARIS : Essai – Les origines du patriarcat réexaminée…
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PARIS : Essai – Les origines du patriarcat réexaminées à la lumière de la science
Dans un nouvel essai, Véra Nikolski et Nicolas Pichoff explorent les racines de la domination masculine via un impératif démographique.
Et si la division sexuelle du travail, fondement de la plupart des sociétés humaines, n’était pas le fruit d’une simple oppression mais d’une logique de survie ? C’est la thèse iconoclaste que défendent Véra Nikolski et Nicolas Pichoff dans leur ouvrage *Pourquoi les Amazones n’existent pas ?*, paru le 22 avril 2026 aux éditions Fayard. En s’appuyant sur des modèles scientifiques, notamment mathématiques, les deux auteurs proposent de réinterroger les origines du patriarcat pour mieux éclairer les enjeux contemporains.
Une relecture scientifique de la domination masculine
Loin des débats idéologiques, l’essai entend ramener la question sur le terrain de la science. Véra Nikolski, docteure en science politique déjà remarquée pour son précédent succès *Féminicène* (Fayard, 2023), s’est associée à Nicolas Pichoff, docteur en physique et ingénieur au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), pour analyser la répartition des rôles entre hommes et femmes observée sur tous les continents et à travers les âges. Leur objectif : élucider les causes profondes et universelles de ce phénomène.
L’impératif démographique comme clé de voûte
Le cœur de leur argumentation repose sur un « impératif démographique ». Selon eux, pendant des millénaires, la perpétuation des groupes humains a dépendu d’une stratégie implicite mais essentielle : maximiser les chances de reproduction. Dans ce contexte, la protection des femmes, dont le potentiel reproductif est biologiquement limité, devenait une priorité absolue. Par conséquent, les sociétés auraient systématiquement mis les femmes à l’abri des activités les plus risquées.
Inversement, les hommes étaient systémiquement exposés aux tâches les plus dangereuses, comme la guerre ou la chasse aux grands animaux, où le taux de mortalité était élevé. Cette division, bien que créant des hiérarchies, aurait été, selon les auteurs, la condition indispensable à la survie et à la croissance démographique des sociétés humaines face à un environnement hostile.
Comprendre les déterminismes pour mieux les dépasser
La démarche des auteurs n’est pas une justification du passé, mais une tentative d’explication pour éclairer le présent. Ils postulent que la compréhension des mécanismes profonds qui ont façonné nos structures sociales est une étape cruciale pour les transformer efficacement. « De même qu’on ne fait pas voler un avion sans connaître la loi de la gravité pour mieux la combattre, nous ne pouvons espérer dépasser nos déterminismes sans en comprendre les origines », soulignent Véra Nikolski et Nicolas Pichoff. Leur analyse vise ainsi à fournir des outils pour penser la domination masculine au-delà des cadres traditionnels.
Un nouveau paradigme pour le monde moderne
Aujourd’hui, ce modèle n’a plus lieu d’être. Les auteurs constatent que dans le monde moderne, les pertes humaines liées aux activités risquées sont devenues si faibles qu’elles ne menacent plus la démographie. Cette nouvelle réalité permet d’accueillir sereinement une transformation profonde des rôles sociaux, la division sexuelle du travail n’étant plus dictée par un impératif de survie. L’essai ouvre cependant sur une dernière interrogation : cette raréfaction du risque, si bénéfique soit-elle, n’est-elle pas susceptible d’éteindre le moteur du progrès ou d’éroder la natalité au point de constituer une nouvelle menace pour nos sociétés ?
L’ouvrage *Pourquoi les Amazones n’existent pas ?* (400 pages, 23 €) se présente comme une contribution dense et originale au débat sur les relations entre les sexes, invitant à une réflexion fondée sur la rationalité scientifique.
