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PARIS : Épuisement professionnel, ce qu’il faut savoi…

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PARIS : Épuisement professionnel, ce qu’il faut savoir pour se protéger

Le « burn-out » touche de plus en plus de travailleurs en France, mais il reste mal compris et peu reconnu.

Le psychiatre Patrick Légeron décrypte les signaux d’alerte et livre des conseils pour prévenir ce syndrome d’épuisement professionnel.

Vous parlez du « burn-out » comme d’un « objet médical mal identifié ». Comment le définir ?

Le burn-out n’est pas une notion récente : on en trouve déjà la description dans les textes de l’Ancien Testament ! Pourtant, sur le plan médical, il n’a été conceptualisé que dans les années 80. Depuis 2019, l’OMS le classe parmi les « phénomènes liés au travail » mais elle ne le reconnaît pas comme une maladie mentale. Cela pose des problèmes en termes de diagnostic et de reconnaissance professionnelle.
C’est pourtant un trouble grave qui s’installe progressivement. Ce n’est pas un simple « coup de fatigue » : un burn-out ne se résout pas en quelques semaines.

Quels sont les signaux d’alerte à repérer ?

Le burn-out représente la phase ultime du stress. Le stress est un phénomène naturel qui stimule l’action. Mais lorsqu’il devient chronique, il se transforme en hyper-stress, véritable antichambre du burn-out.
Pour prévenir le burn-out, il faut donc savoir reconnaître l’hyper-stress. Trois types de signaux doivent alerter :

  • les signes physiques : douleurs, palpitations, troubles du sommeil ou digestifs, sans cause médicale apparente,
  • les signes psychologiques : une personne d’ordinaire douce et optimiste peut devenir irritable, anxieuse, colérique,
  • les signes comportementaux, notamment un repli sur soi-même et une augmentation de la consommation d’alcool, de café, de tabac…
Il est crucial d’apprendre à reconnaître ces signes et d’agir dès qu’ils apparaissent, au même titre qu’il faut consulter un médecin lorsque l’on tombe malade.

Que peut-on faire, à titre individuel, pour éviter l’hyper-stress ?

Le stress a envahi nos vies professionnelles, sociales, urbaines. Il n’épargne personne. Pour y faire face, il est essentiel d’augmenter sa résistance. Cela peut se faire de plusieurs manières en prenant soin de :

  • son corps grâce à une alimentation équilibrée, une activité physique régulière, et en limitant les substances toxiques,
  • son mental, via la méditation, la relaxation, les exercices de respiration ; de sa vie sociale, en développant un réseau de personnes sur lesquelles on peut compter,
  • ses émotions : il est essentiel de développer son intelligence émotionnelle, de comprendre et de réguler ce que l’on ressent.

L’équilibre entre la vie professionnelle et personnelle a-t-il aussi un rôle à jouer ?

Pour se protéger du surmenage, il est essentiel d’avoir une relation saine avec son travail. Il n’est pas question ne plus s’y investir, mais plutôt de cultiver les autres aspects de sa vie : ses amis, sa famille, ses hobbies… Pour faire une analogie financière, il ne faut pas placer tout son capital émotionnel au même endroit.
C’est d’autant plus important qu’aujourd’hui, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle est devenue floue. Nous sommes tous virtuellement toujours disponibles, nous pouvons travailler de partout, tout le temps, ramener du travail chez soi, voire travailler de chez soi. Le droit à la déconnexion est essentiel : il faut pouvoir cesser de travailler le soir, le week-end, sans culpabilité et sans que cela ne mette en difficulté le lendemain.

Quelle est la part de responsabilité des entreprises ?

Elle est considérable. La France accuse un retard en matière de santé mentale au travail : les salariés français sont les Européens qui disent ressentir le plus de stress au travail. Les entreprises doivent faire plus de prévention.
Le bien-être au travail, ce n’est pas investir dans le baby-foot ou des cours de yoga dans l’entreprise. C’est le sens, l’autonomie, la reconnaissance, la participation aux décisions et des relations sociales saines, notamment avec son supérieur hiérarchique. Pour 60 % des Français, il est une source de stress.

Quel rôle les « managers » ont-ils à jouer ?

On n’apprend aux managers ni à repérer ni à accompagner la souffrance. Cela devrait pourtant être une priorité. Ils doivent gérer la performance, certes, mais aussi l’humain.
On parle aujourd’hui de healthy management. Comme l’alimentation équilibrée nourrit même si elle est saine ; un encadrement sain reste un encadrement, seulement il est meilleur pour la santé mentale. Au fond, la meilleure prévention du burn-out, c’est de remettre de l’humain dans le travail.

SOURCE : Lettre hebdo – Ministère du Travail et de l’Emploi.