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PARIS : Emmanuel KANT contre les algorithmes

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Gilles Carvoyeur
27 Avr 2024

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PARIS : Emmanuel KANT contre les algorithmes

Com’On en Parle ! Le décryptage hebdo pour faire le tour de la Planète Communication ! 

Emmanuel Kant contre les Algorithmes ou l’importance de la pensée indépendante à l’ère des réseaux sociaux !

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Lors d’une conférence récente, j’ai proposé de présenter un sujet passionnant : l’impact des algorithmes sur notre capacité à penser de manière indépendante. Malheureusement, le comité organisateur n’a pas été convaincu par mon idée. Pourtant, le thème me semblait crucial, surtout dans un monde où les réseaux sociaux, les bulles de filtres et la publicité intrusive façonnent de plus en plus nos perceptions. Aujourd’hui, je vous propose d’explorer cette question à travers le prisme de la philosophie d’Emmanuel Kant, né il y a 300 ans.

Osez être sage !

Emmanuel Kant, dans son essai « Qu’est-ce que les Lumières ? », définissait les Lumières comme « la sortie de l’homme de l’immaturité qu’il s’est imposée ». Il exhortait chacun à « oser être sage » en utilisant sa propre raison sans l’aide d’un autre. Cette idée prend un relief particulier à l’ère des réseaux sociaux, où les algorithmes tendent à nous enfermer dans des bulles de filtres, amplifiant des opinions préconçues et réduisant la diversité des idées.

L’usage privé et public de la raison

Pour Kant, il existe deux types de raison : l’usage privé et l’usage public. L’usage privé consiste à penser et agir en suivant des règles ou des directives prescrites par un groupe ou une institution. Cela peut être nécessaire dans des contextes professionnels ou organisationnels. L’usage public, en revanche, est l’expression de la pensée indépendante, celle qui s’adresse à un public large et varié.
Dans le contexte des réseaux sociaux, l’usage privé de la raison se manifeste lorsqu’on répète des slogans ou qu’on s’aligne sur des opinions majoritaires sans réflexion critique. Les « influenceurs », par exemple, sont souvent soumis à des pressions commerciales pour promouvoir des produits ou des idées, limitant ainsi leur liberté d’expression. Kant soulignait l’importance de l’usage public de la raison, où les individus peuvent penser et s’exprimer librement, sans influence extérieure.

Les algorithmes : de nouvelles chaînes de l’immaturité

Kant mettait en garde contre les « chaînes de l’immaturité », ces règles et formules qui nous empêchent de penser par nous-mêmes. Les algorithmes des réseaux sociaux fonctionnent de manière similaire, en nous présentant du contenu basé sur nos préférences antérieures, renforçant ainsi nos biais. Cela peut conduire à une polarisation des opinions et à une réduction de la diversité des idées. L’impact sur le discours public est palpable, avec des débats de plus en plus clivants et des opinions radicalisées.

Le retour à la raison publique

Kant croyait en un monde où la pensée indépendante pouvait émerger, où les individus pouvaient communiquer avec un public large et diversifié. Pour retrouver cette liberté, il est essentiel de remettre en question les algorithmes et de favoriser des espaces de discussion ouverts. Les universitaires, les journalistes et les créateurs de contenu ont un rôle crucial à jouer en encourageant l’usage public de la raison, en mettant en lumière des idées nouvelles et en évitant les pièges des bulles de filtres.

Une philosophie pour notre temps

Malgré les avancées technologiques et les libertés formelles dont nous jouissons aujourd’hui, les défis posés par les algorithmes et les réseaux sociaux rappellent l’importance des idées de Kant. Oser être sage, penser de manière indépendante et résister aux influences extérieures sont des principes qui restent pertinents à l’ère numérique. En célébrant le 300e anniversaire de Kant, prenons le temps de réfléchir à la manière dont nous pouvons encourager la pensée indépendante et créer des espaces où l’usage public de la raison peut s’épanouir.
Merci d’avoir pris le temps de lire mon édito de la semaine.
Si vous l’avez trouvé intéressant, n’hésitez pas à le liker ou le partager pour propager un peu de « raison publique ». Et si le sujet vous intrigue ou suscite des questions, je serais ravi d’échanger avec vous !

François GOMBERT.

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