PARIS : Élections municipales – L’écologie reléguée a…
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PARIS : Élections municipales – L’écologie reléguée au second plan des préoccupations des Français
Selon une note de la Fondation Jean-Jaurès, l’écologie recule dans les priorités des électeurs, mais pourrait redevenir un enjeu central.
À quelques jours du premier tour des élections municipales qui se tiendront les 15 et 22 mars, un paradoxe interpelle : alors que la France sort d’un hiver marqué par des crues, des tempêtes et des températures record, l’écologie est la grande absente des débats. Une note publiée ce mercredi par la Fondation Jean-Jaurès, rédigée par le politologue Théodore Tallent, analyse ce désintérêt apparent et explore les leviers pour replacer la transition écologique au cœur du projet politique.
L’analyse, qui s’appuie sur une vaste enquête électorale menée par Ipsos BVA pour la Fondation Jean-Jaurès, Le Monde et le Cevipof, dresse un constat sans appel : l’environnement n’est plus une priorité nationale pour les Français.
Un déclassement dans les priorités nationales
Les chiffres révèlent un net recul. La protection de l’environnement n’arrive qu’en huitième position des préoccupations des Français, citée par seulement 22 % des sondés et considérée comme la priorité absolue par à peine 6 % d’entre eux. Elle est largement devancée par le pouvoir d’achat, la santé ou encore l’immigration.
Ce déclassement se confirme dans les intentions de vote pour les municipales : l’environnement ne se classe qu’en sixième position des critères de choix, mentionné par seulement 18 % des électeurs. La sécurité, quant à elle, domine largement le scrutin (44 %). L’étude met en lumière une fracture politique grandissante. Si l’écologie demeure une préoccupation pour plus de 30 % des électeurs de gauche, elle s’effondre à droite, ne mobilisant que 11 % des sympathisants Les Républicains, 9 % de ceux du Rassemblement national et 3 % de ceux de Reconquête !. Le consensus qui existait autrefois sur cet enjeu semble s’être fracturé.
Une préoccupation forte mais recentrée sur le local
Cependant, la note de Théodore Tallent nuance fortement ce tableau. Si l’écologie recule comme enjeu politique national, elle reste une attente très forte à l’échelle locale. Interrogés sur les attentes vis-à-vis de leur futur maire, les Français placent la préservation de l’environnement communal en troisième position, citée par 37 % des répondants. Bien que ce chiffre soit en baisse par rapport à 2020 (47 %), il démontre que la sensibilité écologique reste vive.
L’analyse déconstruit également l’idée d’une opposition entre des villes écologistes et des campagnes réfractaires. Les habitants des zones rurales sont même plus enclins à faire de l’environnement une priorité municipale : 45 % dans les villages de moins de 1 000 habitants, contre 35 % à 40 % en zone urbaine. Pour Théodore Tallent, ce résultat ne traduit pas un rejet de l’écologie, mais un « attachement à un environnement proche, concret et vécu au quotidien ».
L’écologie comme réponse aux crises actuelles
Selon l’auteur, le recul de l’écologie dans le débat public s’explique par un désengagement médiatique, la montée de discours la présentant comme une contrainte « punitive » et la concurrence d’autres crises (pouvoir d’achat, sécurité). Pourtant, l’étude s’attache à démontrer que cette opposition est artificielle.
L’analyse montre au contraire que la transition écologique est une solution directe aux préoccupations majeures des Français. En matière de pouvoir d’achat, elle permettrait de réduire la dépendance aux énergies fossiles, dont l’usage d’une voiture thermique coûte en moyenne 1 500 euros par an en carburant, selon l’ONG Transport & Environment. La transition renforcerait également la souveraineté énergétique, soutiendrait la réindustrialisation, à l’image de la production de la Renault 5 électrique à Douai, et constituerait une politique de santé publique efficace face à la pollution.
Reconstruire un projet de protection collective
Face à un paysage politique où l’écologie est marginalisée, Théodore Tallent propose de changer de perspective. Plutôt que de la présenter comme une contrainte, il suggère d’en faire « la colonne vertébrale d’un nouveau projet politique majoritaire », capable de répondre aux crises économiques, sociales et territoriales. Il s’agirait de la transformer en une « politique de protection – du pouvoir d’achat, de la santé, de l’emploi et de la souveraineté du pays ».
En conclusion, si la thématique semble aujourd’hui en retrait, elle porte en elle les solutions aux défis actuels. « Si l’écologie n’est plus aujourd’hui une priorité électorale, elle pourrait bien redevenir la solution politique qui manque à notre époque », conclut l’auteur.
L’analyse complète, intitulée « L’écologie n’est plus une priorité pour les électeurs… mais peut le redevenir », est disponible sur le site de la Fondation Jean-Jaurès.

