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PARIS : Dumping social dans le transport maritime

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PARIS : Dumping social dans le transport maritime

« Les directives européennes ne contiennent aucune disposition visant à lutter contre ces pratiques ».

Les compagnies P & O Ferries et Irish Ferries, sous pavillon chypriote, peuvent légalement licencier leurs salariés, alors que la France et le Royaume-Uni ont adopté des lois sociales plus protectrices, dénoncent, dans une tribune au « Monde », trois responsables centristes, dont Hervé Morin, président de la région Normandie.

L’information aurait mérité une vive condamnation de l’Union européenne, de la France et des médias. En mars 2022, dans la lignée du Brexit, près de huit cents marins anglais ont été licenciés du jour au lendemain, sans ménagement, par la compagnie britannique P & O Ferries, qui bat pavillon chypriote depuis 2019. Ils ont été remplacés par des marins provenant de pays où la main-d’œuvre est moins chère et qui ne bénéficient pas d’accords d’entreprise sur le temps de travail, ce qui les amène à travailler dans des conditions indignes : travail sept jours sur sept pendant de longues périodes (jusqu’à quatre mois), sans repos à terre.

La compagnie P & O Ferries ne serait pas la seule à avoir opéré de la sorte. En effet, et même si elle assure qu’elle garantit un salaire minimum décent à ses employés, la compagnie irlandaise Irish Ferries, qui bat également pavillon chypriote, est concernée par ces mêmes pratiques, et ce depuis une vingtaine d’années. Ces pratiques, au-delà de la casse sociale qu’elles entraînent, ont de multiples conséquences néfastes sur l’économie et le transport transmanche.

Tout d’abord, elles ont pour conséquence une distorsion de concurrence vis-à-vis des compagnies qui battent pavillon français ou britannique, comme DFDS (qui opère sur Dieppe et sur Calais) et Brittany Ferries (qui opère à Caen, au Havre, à Cherbourg, à Saint-Malo et à Roscoff), ce dernier étant aujourd’hui le premier employeur de marins français. Le pavillon français impose en effet des contrats de travail qui respectent les salaires minimums et les temps de travail de leurs pays respectifs, contrairement au pavillon chypriote.

Un dumping social

Ces entreprises historiques du transport transmanche se retrouvent donc à devoir supporter des coûts de main-d’œuvre qui représentent près du double de ceux de leurs concurrents, ce qui impacte sévèrement leur compétitivité : à navire équivalent en termes de taille et d’équipage, selon le pavillon français ou le pavillon chypriote, l’écart des coûts en masse salariale atteint un différentiel de 60 % à 73 %.

Le dumping social pratiqué par les compagnies sous pavillon chypriote les amène donc à réaliser des économies substantielles, leur permettant d’afficher des tarifs fret et passagers low cost, sur lesquels les compagnies fidèles au pavillon français ne peuvent pas s’aligner.

SOURCE : Les Centristes