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PARIS : Dr Romain NICOLAU : « Se frotter les yeux est l’un des pires réflexes »

À l’occasion du retour des allergies, l’ophtalmologue Romain Nicolau alerte sur les dangers d’un geste anodin, le frottement des yeux.

Avec l’arrivée du printemps, des millions de Français voient leur quotidien perturbé par les allergies saisonnières. Yeux rouges, démangeaisons, paupières gonflées : des symptômes souvent perçus comme un simple désagrément. Pourtant, dans une tribune publiée ce jour, le Dr Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologiste, tire la sonnette d’alarme. Selon lui, les allergies oculaires sont devenues « un véritable problème de santé publique, sous-estimé et mal pris en charge ». Loin d’être bénignes, elles peuvent entraîner des complications durables si elles ne sont pas traitées correctement.

Le Dr Nicolau, fondateur du Groupe Ophtalmologie Paris Est, insiste sur le fait que la conjonctivite allergique, une réaction inflammatoire déclenchée par des allergènes comme le pollen, les acariens ou les poils d’animaux, ne doit pas être prise à la légère. En réponse à ces agresseurs, l’œil libère de l’histamine, provoquant une cascade de symptômes inconfortables. Trop souvent, le premier réflexe est de se frotter les yeux, un geste que le spécialiste qualifie de « délétère ».

Un réflexe anodin aux conséquences graves

Le message central du praticien est sans équivoque : « Le premier ennemi de vos yeux… ce sont vos mains ». Se frotter les yeux, bien que procurant un soulagement temporaire, aggrave en réalité la situation. Ce geste mécanique accentue l’inflammation en stimulant davantage la libération d’histamine, fragilise la surface oculaire et peut même l’exposer à des surinfections bactériennes via les mains.

Plus grave encore, le frottement répété et vigoureux peut avoir des conséquences à long terme. Le Dr Nicolau alerte sur le risque de développer un kératocône, une maladie qui se caractérise par une déformation progressive de la cornée, pouvant altérer significativement la vision. Ce geste, perçu comme banal, peut donc engendrer des pathologies oculaires sérieuses.

Prévention et bons gestes : les clés d’une saison sereine

Face à ce constat, le chirurgien ophtalmologiste préconise une approche en trois temps pour gérer et prévenir les crises allergiques. La première étape est l’adoption d’une hygiène oculaire rigoureuse. « Se laver soigneusement le visage en rentrant chez soi, notamment après une exposition au pollen, permet d’éliminer une grande partie des allergènes », explique-t-il. Il recommande également de nettoyer les paupières avec des solutions adaptées pour un soin complet.

La deuxième étape concerne l’utilisation de collyres appropriés. Les larmes artificielles sont utiles pour rincer l’œil et diluer les allergènes présents à sa surface. Pour les cas plus sévères, des collyres antihistaminiques ou stabilisateurs de mastocytes peuvent être prescrits. Cependant, le Dr Nicolau met en garde contre l’automédication prolongée et insiste sur la nécessité d’un encadrement par un professionnel de santé pour choisir le traitement adéquat.

Enfin, l’anticipation est cruciale. « Trop de patients consultent lorsque la crise est déjà installée », déplore le spécialiste. Il rappelle que des traitements préventifs existent et que leur efficacité est maximale lorsqu’ils sont commencés avant le début de la saison allergique, permettant ainsi de mieux contrôler les symptômes et d’éviter les pics inflammatoires.

Changer de regard sur un enjeu de qualité de vie

Le Dr Romain Nicolau conclut sa tribune par un appel à une prise de conscience collective. Il invite à ne plus banaliser ces symptômes qui altèrent silencieusement le quotidien de nombreuses personnes. « Derrière un œil qui gratte, c’est parfois tout un quotidien qui se dégrade : fatigue visuelle, gêne permanente, baisse de la qualité de vie », rappelle-t-il.

Pour lui, une allergie oculaire n’est pas un simple inconfort, mais bien un signal d’alerte que le corps envoie. Dans un environnement de plus en plus agressif pour les yeux, apprendre à les protéger devient une nécessité. « Un œil qui gratte aujourd’hui est peut-être un œil fragilisé pour demain. Nos yeux ne sont pas faits pour souffrir en silence. Écoutons-les », conclut le praticien. Un message clair à l’aube d’une saison où les pollens s’annoncent particulièrement présents.