PARIS : Dr Romain NICOLAU : « Avoir des acariens sur les pa…
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PARIS : Dr Romain NICOLAU : « Avoir des acariens sur les paupières est parfaitement normal »
Le Dr Romain Nicolau, ophtalmologiste, explique que la présence d’acariens sur les paupières est un phénomène naturel et sans danger dans la majorité des cas.
Loin des standards d’une hygiène souvent idéalisée, une réalité biologique méconnue réside au plus près de nos yeux : de minuscules acariens, les Demodex, colonisent nos paupières. Dans une tribune pédagogique, le Dr Romain Nicolau, chirurgien ophtalmologiste à Paris, démystifie ce phénomène universel qui suscite fréquemment surprise et dégoût chez ses patients. Selon le spécialiste, cette cohabitation est non seulement banale mais fait partie intégrante de notre écosystème corporel.
« Lors d’un simple contrôle de la vue, il m’arrive parfois d’annoncer à mes patients une réalité qui les laisse, au mieux perplexes, au pire franchement dégoûtés : oui, de minuscules acariens vivent sur leurs paupières. Et non, cela n’a rien d’anormal », explique le Dr Romain Nicolau, fondateur du Groupe Ophtalmologie Paris Est. Ces micro-organismes, invisibles à l’œil nu, trouvent refuge dans les follicules pileux et les glandes sébacées, des zones particulièrement abondantes sur le visage.
Un écosystème microscopique et universel
La réaction de rejet face à cette information heurte, selon le praticien, un imaginaire collectif qui associe la propreté à un environnement stérile. Or, il est essentiel de recontextualiser cette présence. « Ces acariens font partie intégrante de notre écosystème cutané. Ils ne sont ni une anomalie, ni un signe de mauvaise hygiène », insiste le Dr Nicolau.
Cette cohabitation est comparable à celle que nous entretenons avec les milliards de bactéries qui composent notre microbiote intestinal : une présence généralement silencieuse, équilibrée et même nécessaire à certains égards. L’immense majorité des porteurs ne ressent aucune conséquence de cette présence. Le problème ne surgit que lorsque cet équilibre est rompu et que les Demodex prolifèrent de manière excessive.
De la cohabitation silencieuse au signal d’alerte
La véritable question n’est donc pas de savoir comment éradiquer ces habitants microscopiques, mais plutôt de déterminer à quel moment leur présence devient problématique. « La réponse est simple : en cas de symptômes », précise le chirurgien. Plusieurs signes doivent alerter et motiver une consultation chez un ophtalmologiste.
« Une gêne persistante, des paupières irritées, des rougeurs, des démangeaisons, des cils qui tombent ou qui collent au réveil doivent inciter à consulter », détaille le Dr Nicolau. Ces symptômes peuvent être le signe d’une inflammation de la paupière, ou blépharite chronique, à laquelle la prolifération des Demodex peut contribuer. Dans ces situations, détectables lors d’un examen à la lampe à fente, des solutions existent, allant d’une hygiène ciblée à des traitements spécifiques, mais elles ne concernent qu’une minorité de personnes.
Repenser notre rapport à la propreté
Au-delà de l’information médicale, cette tribune invite à une réflexion plus large sur notre perception de la santé et du corps humain. Pour le Dr Romain Nicolau, la découverte de ces acariens ne doit en aucun cas être une source d’angoisse. Elle illustre parfaitement une évidence biologique souvent oubliée à une époque en quête d’une pureté absolue.
« Le corps humain n’est pas stérile. Il est vivant, complexe, habité », conclut-il. Une réalité fondamentale qui s’applique à l’ensemble de notre organisme, y compris, et c’est le plus surprenant, sur nos paupières. Une cohabitation naturelle et, dans l’écrasante majorité des cas, parfaitement saine.


