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PARIS : Dorian KEIFLIN : « La réforme transforme les logiciels, pas seulement la facture »

À l’approche de la réforme de septembre 2026, la facturation électronique s’avère être un défi technique majeur pour les éditeurs de logiciels.

Alors que la facturation électronique obligatoire approche à grands pas, de nombreux acteurs économiques se focalisent sur le changement de format des factures. Pourtant, selon plusieurs experts, la véritable complexité se niche ailleurs : dans l’architecture même des logiciels de gestion, de caisse et des ERP. Pour beaucoup d’éditeurs, la réforme qui entrera en vigueur en septembre 2026 n’est pas une simple mise à jour, mais une refonte en profondeur de leurs systèmes.

« La réforme ne demande pas aux entreprises de changer de format de facture. Elle demande aux éditeurs de logiciels de repenser leur architecture. C’est un changement d’échelle que beaucoup sous-estiment encore », prévient Dorian Keiflin, CEO d’IOPOLE, une société spécialisée dans les infrastructures de flux électroniques.

Une bombe à retardement logicielle

Dès le 1er septembre 2026, plus de quatre millions d’entreprises françaises assujetties à la TVA devront être en capacité de recevoir des factures électroniques. Si 72 % d’entre elles se déclarent prêtes, la réalité du terrain est plus nuancée : seules 20 % émettent actuellement leurs factures dans un format structuré conforme comme Factur-X, CII ou UBL.

Derrière cette statistique se cache un enjeu systémique. Chaque entreprise s’appuie sur un logiciel qui doit être adapté. Si 112 plateformes ont déjà été agréées par la DGFiP pour gérer ces flux, ce sont des centaines d’éditeurs et des millions de configurations logicielles qui doivent suivre le mouvement. L’objectif pour l’État est de taille : réduire un manque à gagner de TVA estimé entre 20 et 25 milliards d’euros par an. La facture devient ainsi un objet réglementé, suivi en temps réel par l’administration fiscale.

E-invoicing et e-reporting, la complexité cachée

La réforme repose sur deux piliers souvent confondus : le e-invoicing et le e-reporting. Le premier concerne l’échange de factures électroniques entre entreprises françaises. Le second, bien plus complexe et méconnu, impose de transmettre à l’administration des données sur les transactions qui sortent de ce cadre, notamment les ventes aux particuliers (B2C) et les opérations internationales.

« Le e-invoicing, les éditeurs commencent à le comprendre : c’est un document, un format, un flux. Le e-reporting, c’est une autre logique. On parle de données de transaction, de paiement, de périodes fiscales distinctes. C’est là que la complexité technique explose, et c’est le sujet le moins préparé aujourd’hui », insiste Dorian Keiflin.

Le point le plus critique réside dans la dissociation entre la transaction (la vente) et le paiement. Ces deux événements peuvent survenir à des dates différentes et donc relever de périodes fiscales distinctes, une nuance que de nombreuses architectures logicielles actuelles ne sont pas conçues pour gérer.

L’avertissement de l’expérience belge

La Belgique, qui a rendu la facturation électronique obligatoire le 1er janvier 2026 via le réseau Peppol, a servi de laboratoire. Quinze jours après le lancement, le bilan était sans appel : l’infrastructure réglementaire a tenu, mais les difficultés sont venues des logiciels métiers et des points d’accès.

Parmi les problèmes massivement rencontrés figuraient des factures techniquement transmises mais illisibles par les logiciels comptables, des identifiants incorrects, ou encore des champs de données non pris en charge. Ce scénario illustre parfaitement le risque auquel la France est exposée : une infrastructure publique fonctionnelle, mais des systèmes privés insuffisamment préparés à la nouvelle logique métier.

Vers une conformité-infrastructure

Au-delà de l’aspect fiscal, la réforme signale une tendance de fond : la conformité réglementaire n’est plus une simple fonctionnalité ajoutée à un logiciel, mais une brique d’infrastructure fondamentale, au même titre que les systèmes de paiement ou de vérification d’identité.

Ce mouvement s’inscrit dans une trajectoire européenne, formalisée par le paquet ViDA (VAT in the Digital Age), qui vise à harmoniser les systèmes de reporting fiscal d’ici 2030. « Le piège pour un éditeur, c’est de penser que la France est la ligne d’arrivée. La réforme française n’est pas une contrainte locale. C’est le premier maillon d’une infrastructure fiscale européenne en construction », analyse Martin Romerio, CMO d’IOPOLE. Les éditeurs doivent donc non seulement se conformer aux exigences de 2026, mais aussi anticiper une convergence vers un standard européen d’ici 2035.

Face à cette complexité, des acteurs spécialisés comme IOPOLE (https://www.iopole.com/) proposent aux éditeurs des infrastructures techniques clé en main, via des API, pour gérer le e-invoicing et le e-reporting sans avoir à internaliser cette expertise réglementaire et technique devenue un métier à part entière.