PARIS : Dominique Reynié : « Compter une nouvelle fois sur…
Partager :

PARIS : Dominique Reynié : « Compter une nouvelle fois sur le barrage républicain serait mortifère »
Le politologue Dominique Reynié alerte sur l’inefficacité croissante du « barrage républicain », un mécanisme électoral selon lui usé et dangereux.
Dans une analyse percutante publiée par le quotidien Le Figaro, le politologue Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), dresse un constat sévère sur l’état du débat démocratique en France. Selon lui, la stratégie du « barrage républicain », autrefois un rempart exceptionnel, est devenue un outil éculé dont la répétition systématique menace les fondements mêmes du pacte politique.
Une mécanique électorale à bout de souffle
Pour Dominique Reynié, l’échec de cette stratégie n’est plus à démontrer. Il la juge incapable de structurer une offre politique crédible et de répondre aux aspirations des citoyens, qui manifestent une lassitude grandissante face à ce qu’ils perçoivent comme un choix par défaut.
« Le barrage républicain ne fonctionne plus et il ne peut pas fonder un pacte de gouvernement », affirme le politologue.
Cette discipline, qui consiste à voter pour le candidat le mieux placé afin d’empêcher l’élection d’un adversaire jugé extrémiste, a selon lui perdu de sa légitimité auprès d’une part croissante de l’électorat.
« Les électeurs ne veulent plus subir cette discipline non écrite », souligne-t-il.
Ce refus traduit une fatigue démocratique face à un « vote utile » qui s’est transformé en « vote contraint », vidant le premier et le second tour de leur substance : le choix d’un projet et d’une vision pour le pays.
L’usure d’un outil devenu systématique
Le cœur de l’analyse de Dominique Reynié réside dans la perte du caractère exceptionnel de ce mécanisme. Conçu comme une réponse à une situation de crise politique majeure, son usage est devenu la norme lors des grandes échéances nationales, ce qui a contribué à sa banalisation et à son affaiblissement.
« Elle a été mobilisée en 2002, en 2017, en 2022, et encore en 2024 », rappelle l’expert, faisant référence aux élections présidentielles et législatives qui ont vu les forces politiques traditionnelles appeler à faire front contre l’extrême droite.
Cette répétition a eu un effet paradoxal : au lieu d’isoler les forces qu’elle visait, elle a normalisé leur présence au second tour et érodé la crédibilité de l’alerte.
« Or, un tel mécanisme suppose de rester exceptionnel. On ne peut pas l’employer à chaque grande élection nationale », insiste Dominique Reynié.
Un pari « mortifère » pour la démocratie
Le terme « mortifère » utilisé par le politologue n’est pas anodin. Il suggère que la continuation de cette stratégie ne serait pas seulement inefficace, mais activement nuisible au débat public. En se concentrant sur le rejet d’un adversaire plutôt que sur la promotion d’un projet positif, les partis de gouvernement entretiennent un climat de peur et de négativité qui alimente le ressentiment et la défiance des citoyens.
Cette logique purement défensive empêche l’émergence de solutions nouvelles aux problèmes du pays et condamne les électeurs à un non-choix perpétuel. Pour Dominique Reynié, persister dans cette voie serait un pari dangereux, non seulement pour les prochaines échéances électorales, mais pour la vitalité de la démocratie française elle-même.
via Presse Agence.

