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PARIS : Disparitions de mineurs, une enquête inédite publ…

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Floriane Dumont
30 Avr 2024

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PARIS : Disparitions de mineurs, une enquête inédite publiée par le 116 000 Enfants Disparus

Un mois avant la publication de son rapport 2023 sur les disparitions de mineurs en France, le 116 000 Enfants Disparus dévoile une enquête inédite.

Réalisée fin 2023 par l’institut Cluster17, celle-ci apporte un éclairage nouveau sur la perception des disparitions d’enfants en France. Largement sous-estimées dans leur portée et souvent mal interprétées ces dernières semblent pourtant concerner un nombre important de français : 10% affirment avoir été confrontés à la disparition de leur enfant ou celui d’un proche.

Un phénomène largement sous-estimé et méconnu

En 2022, 43 202 signalements de disparitions de mineurs ont été effectués en France auprès des policiers et gendarmes selon les chiffres dévoilés par le 116 000 Enfants Disparus. Un nombre de signalements malheureusement stable d’année en année et pourtant très largement sous-estimé par les français : en effet, près de 81% des personnes interrogées estiment qu’il y en aurait moins de 20 000 par an.

Un écart important pouvant notamment s’expliquer par l’attention légitime portée aux cas les plus inquiétants, largement médiatisés, mais ne représentant qu’une minorité des disparitions ayant cours chaque année. De fait, celles-ci recouvrent un ensemble de situations disparates (fugues, enlèvements parentaux, disparitions inquiétantes) aux contours souvent flous pour les français. Ainsi, 57% d’entre eux estiment « qu’une jeune fille s’enfuyant d’un foyer où elle est placée » ne doit pas être considérée comme disparue. Une affirmation pourtant fausse au regard de la loi : tout enfant ayant quitté son lieu de résidence habituel, sans l’accord des personnes chargé de veiller sur lui, fait l’objet d’une disparition. Dans son rapport 2022 sur les disparitions de mineurs en France, le 116 000 Enfants Disparus relavait à ce sujet que 2 fugues sur 10 suivies par la cellule d’écoute étaient réalisées depuis des lieux de placement.

Cette méconnaissance s’applique également aux conditions requises pour effectuer un signalement. Bien qu’aucune notion de temps ou d’âge n’intervienne officiellement dans la définition des disparitions de mineurs, près de 28% des français estiment pourtant qu’un jeune doit avoir quitté le domicile depuis au moins 2 jours pour être considéré en fugue. Une idée reçue aux conséquences potentiellement regrettables et sans lien réel avec le cadre juridique français : la disparition d’un enfant doit être signalée dès qu’elle est identifiée.

Les conséquences de la fugue, elles, semblent également largement sous-estimées : plus d’un français sur quatre estime qu’un mineur en fugue est « un peu » ou « pas vraiment » en danger. Une minimisation des risques régulièrement pointée du doigt par les professionnels qui insistent pour que la fugue soit considérée comme un espace de mise en danger. Durant celle-ci, les jeunes s’exposent en effet à de nombreux risques parmi lesquels la délinquance, les addictions ou encore l’exploitation sexuelle. Aujourd’hui, ce type de disparition concerne 96% des signalements effectués en France.

10% des français directement concernés par une disparition de mineur

Apprentissage majeur de cette enquête : 10% de français affirment qu’eux ou leurs proches ont déjà été confrontés à la disparition d’un enfant. Bien que ces disparitions soient de nature et de durée très différentes, ce chiffre interroge sur l’ampleur du phénomène et la capacité à réagir efficacement en cas de disparition. En effet, les dispositifs existants demeurent largement méconnus : seuls 5% des répondants affirment connaître le numéro d’urgence 116 000 dédié à l’accompagnement des familles confrontées à une disparition d’enfant. Un chiffre très inférieur à d’autres numéros d’urgence tels que le 15, identifié par 88% des répondants de la même enquête.

Plus inquiétant encore, 19% des français affirment qu’ils ne sauraient pas qui contacter en premier lieu si leur enfant venait à disparaître. Un constat particulièrement alarmant alors que les premières heures d’une disparition sont souvent les plus décisives pour retrouver rapidement un enfant. Dans les fiches conseils mises à disposition sur son site internet, le 116 000 Enfants Disparus rappelle que le premier réflexe à adopter est en effet de se rendre immédiatement au poste de police ou de gendarmerie pour signaler cette disparition et faire inscrire l’enfant au Fichier des Personnes Recherchées (FPR) afin d’ouvrir une enquête.

Un sentiment de ne pas être assez sensibilisé

Ce sentiment de ne pas être suffisamment outillé pour réagir dans une telle situation est largement partagé dans la population française. En effet, près de 8 personnes sur 10 estiment que les jeunes et les parents ne sont pas assez sensibilisés aux risques liés aux disparitions d’enfants. Un manque de prévention dont les conséquences restent difficiles à apprécier mais avec une source d’espoir cependant : le dispositif Alerte Enlèvement, qui a largement fait ses preuves depuis son déploiement en 2006, est connu par plus de 8 français sur 10.

La notoriété de ce dispositif démontre qu’un large travail de sensibilisation de l’opinion publique est possible autour de la question des disparitions de mineurs. Pour atteindre cet objectif, trois pistes sont soulevées par les professionnels du numéro d’urgence 116 000 qui accompagnent les familles au quotidien.

Dans un premier temps, ces derniers préconisent de communiquer plus largement autour des disparitions de mineurs, notamment par le biais de campagnes nationales, afin de renforcer la connaissance des bons réflexes à adopter et des dispositifs vers lesquels se tourner pour recevoir de l’aide. Les experts soulignent également l’importance de sensibiliser les jeunes aux risques auxquels ils s’exposent lorsqu’ils fuguent afin d’empêcher le recours à celle-ci ou un nouveau départ lorsque le jeune a déjà fugué. Enfin, la formation des professionnels (policiers et gendarmes, travailleurs sociaux et juridiques…) doit être renforcée afin d’accompagner plus efficacement les familles et les jeunes dans de telles situations. Une demande largement partagée par les français : près de 8 sur 10 d’entre eux estimant que la disparition d’un enfant est un sujet nécessitant un accompagnement spécifique.