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PARIS : Défense – Coup de théâtre au Sénat, la loi de…

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PARIS : Défense – Coup de théâtre au Sénat, la loi de programmation militaire privée de budget

La droite sénatoriale a provoqué un coup de théâtre en votant contre la rallonge budgétaire des armées, au terme d’un débat particulièrement tendu.

Le Sénat a été le théâtre, mardi soir, d’un retournement de situation politique spectaculaire. Contre toute attente, la Haute assemblée a rejeté l’article 2 de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, qui prévoyait une trajectoire budgétaire de 36 milliards d’euros supplémentaires pour les armées. Ce vote chaotique, aboutissement d’un bras de fer entre le gouvernement et la majorité sénatoriale de droite, plonge l’un des textes les plus stratégiques du quinquennat dans l’incertitude.

De la défaite à la riposte, une stratégie du chaos

Tout a basculé en quelques minutes. La droite sénatoriale, menée par le groupe Les Républicains, défendait une vision plus ambitieuse, réclamant une enveloppe de 50 milliards d’euros pour faire face à la dégradation du contexte international. Cependant, deux amendements identiques, déposés par le gouvernement et le groupe socialiste pour maintenir le budget à 36 milliards, ont été adoptés de justesse par 168 voix contre 163.

Mise en minorité sur sa propre proposition, la droite a alors opéré une contre-attaque radicale : lors du vote sur l’article 2 ainsi amendé, elle a voté contre, entraînant son rejet pur et simple. La trajectoire budgétaire pour les armées a ainsi été ramenée à zéro, créant la stupeur dans l’hémicycle.

« Ils étaient K.O. debout », résume un sénateur centriste, témoin de la scène.

Un élu de gauche évoque pour sa part un geste « illisible », dicté par la seule frustration d’avoir perdu la bataille des 50 milliards.

Deux visions stratégiques et budgétaires s’affrontent

La journée a été marquée par un débat intense entre la ministre des Armées, Catherine Vautrin, et les tenants d’un effort militaire accru. La ministre a martelé que l’effort de 36 milliards était déjà considérable et que 50 milliards seraient « *extrêmement difficiles à financer* » dans un contexte de déficit public élevé. Elle a également rappelé que le budget de la Défense aura doublé entre 2017 et 2027.

Face à elle, le sénateur Les Républicains Cédric Perrin, rapporteur du texte, a dénoncé des « pressions venues de Matignon » et a défendu la nécessité d’investissements massifs : achat de 30 avions Rafale, construction de trois frégates et renforcement des capacités de drones. Pour la droite, il s’agit de préparer la France à un possible « choc frontal » avec la Russie à l’horizon 2030.

« Madame Irma ne siège pas au Sénat, mais il faut s’y préparer», a lancé Cédric Perrin pour justifier l’urgence d’un réarmement plus conséquent.

La gauche dénonce une « irresponsabilité » budgétaire

Le Parti socialiste, qui a soutenu la position gouvernementale sur le montant, a vivement critiqué la stratégie de la droite.

« La gauche a fait le choix de la lucidité, la droite a fait le choix de voter zéro milliard », a taclé un sénateur socialiste.

Pour la gauche, la question du financement est centrale. Les socialistes, écologistes et communistes ont ainsi refusé de cautionner une augmentation des dépenses militaires qui ne serait pas financée par des recettes nouvelles, craignant qu’elle ne se fasse au détriment du « modèle social » et des services publics.

Un texte fragilisé mais pas enterré

Le rejet de l’article 2 ne signe pas l’arrêt de mort de la LPM. Le texte va désormais être examiné en commission mixte paritaire (CMP), où sénateurs et députés tenteront de trouver un compromis. En cas d’échec, l’Assemblée nationale, où le gouvernement dispose d’une majorité relative, aura le dernier mot et pourra rétablir la version initiale à 36 milliards. L’objectif fixé par le président Emmanuel Macron d’une adoption définitive avant le 14 juillet reste donc possible, mais cet épisode laissera des traces.

Cette nuit au Sénat a mis en lumière les profondes fractures qui traversent le paysage politique français sur les enjeux de défense : une fracture stratégique sur l’ampleur de la menace, une fracture budgétaire sur les limites de l’effort national, et une fracture politique où les manœuvres tactiques ont pris le pas sur un sujet qui appelait au consensus.

Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.