PARIS : De l’idole à l’agresseur, ce que révèle…
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PARIS : De l’idole à l’agresseur, ce que révèle l’affaire CANTAT sur les violences conjugales
Peut-on séparer l’artiste de l’homme ? Que nous dit la trajectoire de Bertrand Cantat sur la mécanique de la violence conjugale ?
La série proposée par Netflix relance le débat… mais aussi les traumatismes. Car derrière cette histoire connue de tous, se rejouent des schémas vécus dans le secret de nombreux foyers.
Pour Pierre Nantas, psychothérapeute, ce cas n’est pas isolé. Il cristallise la complexité des violences conjugales : l’emprise, la fascination, le silence, la peur, la honte. Et met en lumière une question essentielle : comment une relation d’amour peut-elle devenir un terrain de domination et de destruction ?
Quelques chiffres à retenir
· 271 000 victimes de violences conjugales recensées en France en 2023 (dont 87 % de femmes) *
· 96 femmes tuées par leur compagnon ou ex-compagnon cette même année **
· Plus de 100 000 appels reçus depuis janvier 2024 par le 3919 ***
Le piège de l’emprise
Tout ne commence pas par un coup.
La violence conjugale s’installe souvent de manière progressive, insidieuse, presque invisible. Les premiers signes sont souvent confondus avec de l’amour : une attention constante, une jalousie justifiée par l’attachement, un besoin de tout contrôler sous couvert de protection.
Puis viennent les premières critiques, les restrictions, l’isolement. Les proches s’éloignent, les repères s’effondrent. Et peu à peu, la personne perd confiance en elle, doute de sa propre perception.
« Ce n’est pas une perte de contrôle. C’est une stratégie. L’agresseur organise le terrain. Il construit sa domination. » – explique Pierre Nantas
Cette emprise peut durer des années, sans cris, sans bleus … mais avec une souffrance silencieuse.
Le paradoxe des victimes
Elles aiment. Elles espèrent. Elles pardonnent.
Et pourtant, elles se taisent. Par peur de ne pas être crues. Par honte d’avoir “accepté”. Ou parce qu’elles ne savent même plus ce qui est acceptable.
Beaucoup de victimes ont été conditionnées à minimiser leur douleur. À croire que “ça ira mieux demain”. À penser qu’un mot ou un geste déplacé est la preuve d’un amour passionnel.
Certaines restent car elles dépendent affectivement, économiquement, ou parce qu’elles ont grandi avec l’idée que souffrir pour l’amour est normal.
« Il ne faut jamais demander “pourquoi elle reste ?” mais “qu’est-ce qui l’empêche de partir ?” » – Pierre Nantas
C’est en reconnaissant la complexité du lien d’attachement à l’agresseur qu’on peut vraiment proposer un accompagnement adapté et efficace.
Comprendre les profils à risque
Pierre Nantas travaille depuis plus de 20 ans avec des patients concernés par la violence conjugale, du côté des victimes comme des auteurs. Ce qu’il observe : une origine commune chez beaucoup d’agresseurs comme de victimes – un attachement insécure, des blessures précoces, une peur panique d’être abandonné ou ignoré.
Pour sortir du silence
· Écouter les signaux faibles : contrôle, chantage affectif, menaces indirectes ;
· Former les professionnels à repérer l’emprise émotionnelle ;
· Aider les victimes à se reconstruire, même longtemps après les faits
· Travailler sur les origines de la violence pour prévenir sa répétition
À propos de Pierre Nantas
Auteur de quatre ouvrages (La bienveillance, quand elle s’invite en psychothérapie, Changer de vie, yes you can, Le système borderline, histoires de familles et Faire face au trouble de la personnalité borderline – Éditions L’Harmattan), Pierre Nantas accompagne depuis plus de 20 ans des patients souffrant du trouble borderline, en cabinet à Paris, Ancenis ou en ligne.
Spécialiste du trouble de la personnalité borderline, il a fondé l’AFORPEL, une association dédiée à la formation des professionnels et au soutien des patients. Il est également à l’initiative des groupes de parole Borderline Anonymes et d’une application mobile.
Fort de plus de 36 000 heures de thérapie, il aide à comprendre et dépasser les blessures liées à l’enfance et aux schémas familiaux dysfonctionnels. Il reçoit des patients de tous âges, seuls ou en couple, et les accompagne vers une vie plus apaisée et autonome.
* Ministère de l’Intérieur – Statistiques annuelles sur les violences conjugales, mars 2024
** Ministère de l’Intérieur – Bilan Féminicides conjugaux 2023, publié en novembre 2024
*** Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF) – Communiqué de presse du 7 mars 2024


