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PARIS : David KALFON : « Peut-on se permettre d’être entièr…

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PARIS : David KALFON : « Peut-on se permettre d’être entièrement passif dans un monde qui ne l’est plus ? »

David Kalfon, CEO de Sanso Longchamp AM, affirme que la gestion active redevient vitale face aux risques structurels des ETF et à la concentration des marchés.

Alors que les flux financiers continuent de se déverser massivement vers la gestion passive, David Kalfon, CEO de Sanso Longchamp AM, jette un pavé dans la mare. Dans une analyse publiée ce lundi 2 mars 2026, l’expert remet en perspective le succès des ETF (Exchange Traded Funds) et soulève une problématique de fond : la réussite commerciale de la gestion indicielle est-elle en train de générer de nouveaux risques systémiques pour les investisseurs ?

Le constat initial est indéniable : depuis une décennie, la gestion passive a conquis des parts de marché considérables grâce à sa simplicité, ses coûts réduits et sa transparence. Cependant, cette domination s’accompagne d’un effet pervers selon l’expert. « À force de répéter que « la gestion active ne bat pas les indices », on a fini par oublier une évidence : la gestion passive ne réfléchit pas », souligne David Kalfon. Pour lui, le mécanisme est clair : « Elle reproduit mécaniquement un marché, avec ses excès, ses erreurs et ses déséquilibres. Investir son argent dans un ETF, c’est confier son patrimoine à un gérant qui investit les yeux fermés, sans regarder les valorisations. »

Une amplification dangereuse des cycles

Le premier écueil identifié par le dirigeant de Sanso Longchamp AM réside dans le caractère structurellement « pro-cyclique » de la gestion passive. Par construction, un fonds indiciel achète davantage les titres qui montent et vend ceux qui baissent. Cette logique d’automate, si elle est efficace en tendance haussière stable, présente des dangers accrus lors des retournements. « Cette mécanique automatique renforce les bulles, amplifie les excès et détériore les sorties de cycle », analyse David Kalfon.

C’est ici que la gestion active trouve sa première justification majeure : la capacité d’être « contracyclique ». Contrairement à l’algorithme, le gérant humain peut choisir d’alléger une position devenue trop chère ou de renforcer un actif délaissé par la foule. « Dans un monde où les cycles se compressent, où les rotations sectorielles s’accélèrent […], la capacité à s’écarter du troupeau devient un avantage stratégique, pas un luxe intellectuel », précise-t-il.

Le piège de la concentration boursière

L’autre phénomène inquiétant relevé par l’analyse concerne la dispersion des performances. Les indices boursiers mondiaux sont aujourd’hui tirés par une poignée de « mégacapitalisations » (les géants technologiques pour la plupart), créant une concentration inédite des risques. Le gestionnaire passif subit cette concentration de plein fouet, acceptant parfois d’exposer une part critique du portefeuille à quelques noms seulement.

Face à cette « difformité » des indices, la gestion active offre un contrôle. Elle permet de « refuser de mettre 40 % d’un portefeuille sur quelques méga-cap américaines » et d’identifier de la valeur hors des segments en surchauffe. Pour David Kalfon, la sélection de titres (stock-picking) redevient ainsi « une source majeure d’alpha ».

Optimiser le risque réel du client

Au-delà de la performance brute, c’est la définition même du risque qui oppose les deux méthodes. Là où la gestion passive cherche à minimiser le « tracking error » (l’écart statistique par rapport à l’indice), la gestion active se concentre sur le risque réel supporté par l’investisseur : liquidité, sensibilité aux taux ou exposition aux chocs macroéconomiques.

L’exemple du marché obligataire est frappant : un ETF obligataire achètera mécaniquement la dette des émetteurs les plus endettés, car ils pèsent plus lourd dans les indices. « Un gérant actif peut faire exactement l’inverse », rappelle le CEO. Dans un environnement instable, marqué par la multiplication des chocs géopolitiques et réglementaires, « le passif subit le marché, l’actif l’interprète ».

Une nécessité pour l’avenir

L’analyse conclut sur un changement de paradigme. La gestion active ne promet pas de battre le marché en toutes circonstances, mais elle offre « une direction, une intention, une capacité d’adaptation ». Pour David Kalfon, la question binaire « active ou passive ? » est désormais obsolète. La véritable interrogation est de savoir si l’on peut encore se permettre la passivité totale dans un monde qui ne l’est plus. « La gestion active n’est pas une alternative, elle redevient une nécessité », tranche-t-il.

Sanso Longchamp Asset Management (https://sanso-longchamp.com), née de la fusion officialisée en juin 2024 entre Sanso Investment Solutions et Longchamp Asset Management, figure aujourd’hui parmi les 30 premiers gestionnaires indépendants français, avec plus de 3 milliards d’euros d’encours sous gestion.