Skip to main content

PARIS : Crise agricole – Oxfam France appelle à une…

Print Friendly, PDF & Email
Floriane Dumont
27 Jan 2024

Partager :

PARIS : Crise agricole – Oxfam France appelle à une juste répartition des profits dans la chaîne de valeur agro-alimentaire

Depuis plusieurs jours, les agriculteurs et agricultrices expriment leur colère partout en France.

Une exaspération portant notamment sur la rémunération très faible d’un travail difficile : 18,1% des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté. Oxfam France analyse et souligne depuis des années les inégalités que subissent une majorité des agriculteurs, ne leur permettant pas de vivre de leur travail, tandis qu’une minorité tire profit de ce système.

Accaparement de la valeur par l’agro-industrie et la grande distribution

Alors que les prix d’achats aux agriculteurs sont ridiculement bas, les prix de l’alimentation n’ont jamais été aussi hauts depuis les années 80. Les géants de l’agroalimentaire ont profité des crises pour accroître leurs profits et leurs marges. Entre fin 2021 et début 2023, le taux de marge des industries agroalimentaires est passé de 28 à 48 %.

Le géant mondial du lait Lactalis a annoncé, en avril dernier, avoir dépassé les 28 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2022. La fortune des ses propriétaires, les 3 frères et soeur Besniers, s’élève à 43 milliards de dollars, soit l’équivalent de 2,5 millions d’années de revenus pour un éleveur bovin.

L’agro-industrie et la grande distribution s’accaparent la valeur des productions et sont les grandes gagnantes de ce système inégalitaire qui laisse agriculteurs et consommateurs sur le bord de la route.

Nécessité d’une réorientation massive des aides publiques

Le monde agricole voit ses coûts augmenter (hausse des tarifs de l’énergie, des intrants, taxe sur le gazole…), pourtant, les aides publiques, notamment celles de la PAC (Politique Agricole Commune) restent très majoritairement orientées vers les grandes exploitations. Alors que 33% du budget de l’Union Européenne sont dédiés à la PAC, les aides sont calculées à l’hectare ou à la tête de bétail, ce qui favorise mécaniquement les grandes exploitations.

Les agricultrices, sont encore plus lésées par ce système de répartition puisqu’elles exercent dans des domaines aux surfaces moindres. Conséquence : leur revenu est de 29% inférieur à celui de leurs collègues masculins.

Les agriculteurs seuls face au changement climatique

L’agriculture est en première ligne du changement climatique : les vagues de chaleur, sécheresses, salinisation des terres et des nappes phréatiques, variations imprévisibles des pluies, prolifération de ravageurs, etc. entraînent des pertes de rendements, pertes de récolte, contraintes d’irrigation, nécessité d’adaptation. Dans son dernier rapport, le Haut Conseil pour le climat constate une baisse des rendements allant jusqu’à 30%. Pourtant, les politiques publiques n’aident pas le monde agricole à faire face à la crise climatique. Les aides de la PAC rémunèrent mal les agriculteurs qui veulent changer de pratiques agricoles.

Réorienter le modèle pour une agriculture plus juste et plus durable

Le système agro-alimentaire actuel est inefficace et destructeur : il ne permet ni de rémunérer correctement la majorité des agriculteurs et agricultrices, ni de donner accès à une alimentation saine et durable aux citoyen.nes, ni de régénérer les sols. Il concentre les richesses entre les mains d’un petit nombre d’acteurs, sacrifie la sécurité alimentaire à des logiques de marché, et perpétue les inégalités.

Oxfam France appelle à :

  • une réorientation de la PAC : Les Etats et l’UE doivent, via leurs subventions, soutenir davantage les petits producteurs, en particulier les femmes, et les travailleurs pauvres de l’agro-alimentaire.
  • une régulation et taxation des superprofits de l’agro-industrie.
  • le déblocage d’un budget de 3 milliards d’euros par an pour l’adaptation du secteur agricole au changement climatique. Le rapport Pisani-Ferry-Mahfouz préconise une taxation pour l’adaptation sur les patrimoines financiers des plus aisés.
  • l’application effective d’un cadre législatif et réglementaire interdisant l’achat de produits agricoles en dessous de leur prix de revient.