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PARIS : Crise agricole – Max BAUER : « L’asphyxie administrative et la « mascarade » d’une simplification qui ne vient pas »
Face à un empilement de normes contradictoires, le monde agricole dénonce une asphyxie réglementaire que la loi « Duplomb 2 » échoue à endiguer.
L’agriculture française, pilier économique et garant de la souveraineté alimentaire du pays, est au bord de l’étouffement. Loin des discours politiques convenus, la réalité du terrain est celle d’un secteur paralysé par une complexité administrative devenue ingérable. Le constat, partagé par de nombreux acteurs du monde rural, est sans appel : les agriculteurs passent plus de temps à remplir des formulaires qu’à travailler la terre, pris au piège d’un système qui prône la transition écologique tout en rendant chaque initiative vertueuse un véritable parcours du combattant.
Un labyrinthe réglementaire kafkaïen
« Le paradoxe est devenu la norme. Alors que les agriculteurs sont incités à adopter des pratiques plus durables, chaque action concrète se heurte à un mur de contraintes. Planter une haie pour favoriser la biodiversité, créer une retenue d’eau pour faire face à la sécheresse, installer des panneaux solaires sur un hangar ou simplement diversifier ses activités pour survivre économiquement : autant de démarches qui relèvent aujourd’hui de l’exploit administratif.
Le problème ne réside pas dans l’existence de règles, mais dans leur accumulation anarchique, leur instabilité chronique et leurs contradictions flagrantes. Une mesure encouragée par une loi nationale peut être bloquée par un règlement local ; une obligation imposée par une administration est parfois proscrite par une autre. Cette incohérence généralisée plonge les exploitants dans une incertitude permanente, sapant toute capacité de projection et d’investissement sur le long terme », explique Max Bauer, syndicaliste agricole dans le Var.
« Duplomb 2 » : la simplification en trompe-l’œil
« Présentée comme une réponse à cette crise, la récente proposition de loi pour la simplification administrative, dite « Duplomb 2 », est perçue sur le terrain comme une nouvelle illustration de la déconnexion politique. Qualifiée de « mascarade », elle symbolise les promesses non tenues d’un pouvoir qui, sous couvert de simplification, ne ferait que rajouter de la confusion. Entre amendements contradictoires et compromis de façade, le texte risque d’être vidé de sa substance avant même son application, laissant les agriculteurs une fois de plus face à leurs difficultés.
Cette situation nourrit un sentiment de suspicion et d’abandon, à l’heure où les discours officiels vantent la « souveraineté alimentaire » et le « soutien aux producteurs ». Pour beaucoup, il s’agit d’une écologie punitive pour les paysans, contrastant avec une « écologie de communication » réservée aux élites », reprend l’ancien président de la Coordination Rurale du Var.
Une détresse humaine et économique alarmante
Il ajoute : « Derrière les débats techniques se cache une réalité sociale dramatique. Les chiffres témoignent d’une profession en souffrance : 80 % des exploitations agricoles ne dégagent pas de revenu décent, 40 % des agriculteurs vivent avec moins que le SMIC, et le secteur est tragiquement marqué par un suicide tous les deux jours.
Cette détresse est d’autant plus amère que la volonté de changement est présente. Près de 85 % des agriculteurs se disent prêts à s’engager dans une véritable agroécologie. Mais au lieu d’un soutien concret, ils se voient imposer un modèle productiviste déguisé en simplification, qui augmente leurs coûts et complexifie davantage leur quotidien ».
L’urgence d’un choix politique clair
« La question a cessé d’être purement technique pour devenir éminemment politique. Le monde agricole ne demande pas moins d’exigences environnementales ou sanitaires, mais plus de cohérence, de confiance et de bon sens. Il s’agit désormais pour la société française de faire un choix clair : soit elle se dote des moyens de soutenir réellement ses agriculteurs pour garantir une agriculture durable et souveraine, soit elle accepte de la voir disparaître sous le poids de ses propres contradictions administratives. Car derrière la survie des exploitations, ce sont bien l’assiette des Français, l’emploi dans les territoires et la vitalité des paysages qui sont en jeu. Et le temps presse », conclut Max Bauer.
Max Bauer, syndicalistes agricole via Presse Agence.
