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PARIS : Comprendre le 7 octobre 2023 (Les éditions du Félin)

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PARIS : Comprendre le 7 octobre 2023 (Les éditions du Félin)

Le 7 octobre 2023 a fait basculer le Moyen-Orient dans une nouvelle guerre.

Il marque un tournant décisif dans l’histoire de la région et, plus généralement, dans celle du monde.

Dans un conflit qui, depuis presque un siècle, déchaîne haines et passions, ce livre est un outil destiné à celles et ceux qui veulent comprendre.

Depuis les origines du sionisme et la naissance du mouvement national palestinien, il revient, sans complaisance sur les erreurs des uns et des autres. Il analyse le long refus des Palestiniens de toute solution négociée et le choix du terrorisme, Le long glissement de leurs mouvements, à l’origine laïc, vers un islamisme radical incarné par le Hamas, mais aussi l’intransigeance d’une partie de la société israélienne qui privilégie la colonisation au dialogue. Il fait, dans ce premier volume, la synthèse d’un siècle d’une cohabitation devenue chaotique, voire impossible, mais à laquelle, pourtant, il faudra bien trouver une issue

Claude Moniquet a été journaliste spécialisé dans les questions de sécurité et a travaillé plus d’une vingtaine d’années pour de grands médias. En marge de sa profession, il a été pendant 20 ans agent de renseignement de la DGSE.

Genovefa Etienne est journaliste indépendante, elle collabore à plusieurs organes de presse.

Ils vivent à Bruxelles.

Ensemble, ils ont cofondé, l’ESISC, une société privée de renseignement et sûreté créée en 2002 et qui conseille entreprises et gouvernements.

Comprendre le 7 octobre 2023
Volume 1 : De la création d’Israël à l’offensive de Hamas
de Genovefa Etienne & Claude Moniquet

TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos

Première partie : Un seul lit pour deux rêves.

Une terre, deux peuples, deux légitimités

Chapitre I – Aux origines : de l’Israël biblique à la naissance du « sionisme politique »

Au début était « Dieu » : légendes et réalités de l’Israël antique

Les Juifs en diaspora

En Palestine, une présence juive limitée mais permanente

Nathan Birnbaum, Theodor Herzl et la naissance du sionisme

Chapitre II – Préhistoire d’Israël (1905-1940)

Les pogroms russes poussent les Juifs à émigrer

Quel modèle pour le développement du Yichouv ?

Le grand tournant de la Première Guerre mondiale et la Déclaration Balfour

De l’intransigeance arabe à l’arrêt de l’immigration juive

Chapitre III – Catastrophe et résurrection (1939-1948)

Le Yichouv s’organise

Le « Groupe Stern » ou la tentation fasciste

Amin al-Husseini, le mufti de Jérusalem au service d’Hitler

1945-1947 : les années décisives

Deuxième partie : 1948-1967

Deux guerres et l’émergence du Mouvement national palestinien

Chapitre I – La guerre d’Indépendance

Décembre 1947-avril 1948 : une guerre non déclarée mais sanglante

La carte du partage ? Un patchwork

15 mai 1948, la guerre ouverte

Chapitre II – La guerre des Six Jours

La campagne du Sinaï, première affirmation de la supériorité militaire israélienne

Vers la guerre des Six Jours

La résolution 242 et ses interprétations

Chapitre III – L’OLP : l’émergence d’un Mouvement national palestinien structuré et le choix du terrorisme

Yasser Arafat et la naissance du Fatah

Yasser Arafat prend le contrôle de l’OLP

Une galaxie complexe, aux contours flous

La dérive de la terreur et le soutien de l’ultra-gauche mondiale

« Septembre noir », un instrument au service de Yasser Arafat

La dérive terroriste s’accentue

Troisième partie :

Le Hamas : objet terroriste parfaitement identifié

Chapitre I – OLP : de la terreur aux négociations et à l’exercice du pouvoir

La guerre du Kippour et la paix entre Israël et l’Égypte

La guerre civile libanaise et l’éviction de l’OLP de Beyrouth

La première intifada et la naissance du Hamas

Chapitre II – L’islamisation du Mouvement nationaliste palestinien

L’influence « révolutionnaire » de l’Iran

Le Djihad islamique palestinien, à la croisée des Frères musulmans et la révolution islamique d’Iran

Chapitre III – Hamas (1). De la naissance aux premiers attentats-suicides (1987-1996)

Les Frères musulmans, matrice de l’islam radical et du djihad

Le Hamas, fruit d’une relation contre nature ?

Les accords d’Oslo changent la donne

Les premiers attentats-suicides du Hamas et l’assassinat d’Yitzhak Rabin

Chapitre IV – Hamas (2). De la généralisation des attentats-suicides à la prise de contrôle sur Gaza (1996-2007)

Les éliminations ciblées, une solution ?

Les attentats-suicides du Hamas ramènent la droite israélienne au pouvoir

« L’Erreur Mechaal » et la libération de Cheikh Yassine Le Shin Bet se réforme et engrange les succès dans sa lutte contre le Hamas

La deuxième intifada

Le tournant de 2005 : le « désengagement » israélien de la bande de Gaza

L’élimination de Cheikh Yassine

Le coup d’État du Hamas à Gaza

Chapitre V – Hamas (3). Le Hamas au pouvoir à Gaza (2007-2023)

Réorganisation de la sécurité et sanglante répression politique

« L’Émirat islamique de Gaza »

Le rapprochement avec l’Iran

Décembre 2008 : « Opération Plomb durci »

Cultivant l’ambigüité, Israël joue le Hamas contre le Fatah

La colonisation de la Cisjordanie ou l’art du fait accompli

Vaines tentatives de réconciliation entre le Hamas et le Fatah

Printemps 2021 : la crise de la « Journée de Jérusalem »

En 2022, l’attention du gouvernement israélien se détourne de Gaza

Chapitre VI – 7 octobre 2023

Une belle journée, paisible

À l’aube, l’enfer se déchaîne

Le Hamas justifie son action et minimise ses crimes

Violences sexuelles, viols, mutilations : le martyre des femmes comme arme psychologique

Preuves médico-légales, documentaires et photographiques, aveux des suspects

Bibliographie

Index

Extrait

CHAPITRE III

L’OLP : L’ÉMERGENCE D’UN MOUVEMENT NATIONAL PALESTINIEN STRUCTURÉ

ET LE CHOIX DU TERRORISME

Nous avons vu que, pour des raisons propres aux deux communautés, la cohabitation entre Juifs et Arabes a été difficile dès que la présence juive a recommencé à croître, voire légèrement (avant même l’émergence du sionisme politique) et que les États arabes ont refusé l’existence en leur sein d’un État juif, et ce, à partir du moment où la fin de la colonisation turque puis des protectorats européens leur ont donné la possibilité de s’exprimer par eux-mêmes. Ils le considéraient manifestement comme totalement exogène.

Il nous reste maintenant à comprendre cette culture de la violence qui accompagne le Mouvement national palestinien depuis ses origines et qui explique comment il a donné naissance à des organisations de plus en plus radicales, jusqu’à aboutir au Djihad islamique de Palestine et au Hamas, même si, à un certain moment, est apparue, dans le courant majoritaire de ce mouvement, la volonté de négocier.

Jusqu’au lendemain de la défaite arabe de la guerre des Six Jours, le Mouvement national palestinien était resté, au mieux, un acteur marginal de la crise du Moyen-Orient et de l’affrontement entre Israël et ses voisins. Comme nous l’avons déjà évoqué, un sentiment national avait commencé à germer à la charnière des XIXe et XXe siècles puis s’était progressivement développé lorsque la domination ottomane avait cédé la place au mandat britannique, à la fin de la Première Guerre mondiale. Sous le régime de la Palestine mandataire, ce nationalisme était monté en puissance, mais il ne s’exprimait que par des publications éparses, la création de cercles littéraires et culturels ou des attaques isolées contre les immigrants juifs puis, enfin, par la Grande révolte de 1936.

Mais il avait souffert des erreurs politiques et de l’intransigeance de ses chefs puis des mauvaises décisions du premier d’entre eux, Amin al-Husseini, lorsqu’il avait pris le parti de s’allier aux nazis. Ce choix en avait définitivement fait un interlocuteur inacceptable pour la puissance mandataire tandis que son antisémitisme assumé en faisait un repoussoir pour les Juifs.

Les très médiocres performances des deux formations à dominante palestinienne – l’Armée de la Guerre sainte et l’Armée de libération arabe – lors de la guerre de 1948, leur sectarisme et les rivalités individuelles avaient conduit les nationalistes arabes dans l’impasse, et les incessantes incursions des fedayin, entre 1950 et 1967, n’avaient eu d’autres conséquences que de justifier les représailles israéliennes.

Certes, les régimes arabes clamaient haut et fort leur volonté inébranlable de « ramener les réfugiés palestiniens sur leurs terres » mais, en attendant la réalisation de cette promesse qui s’éloignait d’année en année, ils les parquaient dans des camps de fortune aux conditions indignes et ne leur accordaient aucun droit véritable.

Pourtant, de jeunes hommes étaient bien décidés à changer cet état de choses. Leur âge les exonérait de toute responsabilité dans les échecs du passé, et la défaite cinglante de 1967 acheva de les convaincre qu’il était temps que les Palestiniens prennent leur propre destin en main plutôt que d’attendre une très hypothétique victoire de l’Égypte, de la Syrie ou de la Jordanie. Ils commencèrent donc à s’organiser à la fin des années cinquante.

Yasser Arafat et la naissance du Fatah

L’un de ces hommes était un certain Khalil al-Wazir, né en 1935 à Ramla mais qui vivait désormais avec sa famille dans un camp de Gaza. Au début des années cinquante, alors qu’il avait moins de 20 ans, il avait créé un petit groupe de volontaires, entraînés par d’anciens combattants de la guerre de 19482 et que les services secrets militaires égyptiens avaient rapidement pris sous leur coupe pour amplifier les incursions de fedayin en Israël. Satisfaits des résultats d’al-Wazir et de son groupe, les Égyptiens avaient recruté d’autres Palestiniens vivant en Égypte et les avaient envoyés à Gaza pour se joindre à cette troupe informelle.

Le plus prometteur de ces volontaires était un étudiant en ingénierie du Caire, Mohammed Abdel Rahman Abdel Raouf Arafat al-Qudwa al-Husseini. Comme son nom l’indique, il était (lointainement) apparenté à Amin al-Husseini. Il se faisait appeler Yasser Arafat. Ainé de 10 ans de Khalil al-Wazir, il se lia à lui et les deux hommes devinrent inséparables, Arafat s’imposant toutefois comme le chef de ce duo du fait de son âge et des relations de sa famille. Son passé également jouait pour lui.

Dès l’adolescence, il avait assidument fréquenté le quartier juif du Caire et même assisté à des offices religieux dans des synagogues, ce qui avait provoqué la fureur de son père avec lequel il s’entendait mal (sa mère, Zahwa Abul Saud était morte lorsqu’il avait à peine quatre ans). Il avait ensuite, très attentivement, lu Herzl et d’autres théoriciens sionistes et saisi chaque occasion de discuter avec des Juifs. Quand on l’interrogeait sur la raison de cet intérêt, il répondait qu’il voulait simplement « étudier la mentalité juive ». Non seulement Arafat connaissait très bien l’ennemi, mais de plus, il l’avait déjà combattu : à 19 ans, il avait participé à la guerre de 1948 aux côtés d’un petit contingent des Frères musulmans. Après la guerre, il avait présidé l’Union générale des étudiants palestiniens, la GUPS, selon son acronyme anglais..

À paraître le 30 mai 2024

ISBN : 978-2-494297-47-0

22 € – 288 pages