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PARIS : Comment le monde bascule

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Floriane Dumont
3 Mar 2024

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PARIS : Comment le monde bascule

Il n’est pas fréquent qu’une critique de gauche, progressiste, humaniste et motivée par un grand chambardement du monde tel qu’il va (mal) ne soit pas aussi désespérante que le monde tel qu’il va (mal).

Effet naturel du diagnostic des rapports de forces en place et de tout retour lucide sur le passage du temps où la gauche essayait (un peu) à celui où elle n’essaie même plus

Entre autres qualités remarquables de Mutinerie, on trouve l’analyse par son auteur, Peter Mertens, d’un monde qu’on voit basculer mais dont il nous convainc qu’il en sortira quelque chose de bon. Pour une fois, un basculement, non pas en faveur du capital, mais en faveur du travail, non pas du côté des guerres économiques, financières, impérialistes et de la bêtise brute, mais du côté de la justice, de l’égalité, de l’entraide, du respect de la nature et de la bonne intelligence.

Entre autres qualités encore de Mutinerie, le fait que le diagnostic, établi par l’auteur sur des bases solides et des propositions nuancées, ne mobilise pas seulement les habituels experts universitaires plus ou moins hétérodoxes, mais aussi la parole de celles et ceux qui subissent les rapports de domination dans leur vie, leur travail, au quotidien. Actrices et acteurs rencontrés en Belgique et aux Pays-Bas, bien sûr, mais aussi en Angleterre et en Allemagne, au Brésil et au Chili — même en France…

Entre autres qualités encore de Mutinerie, c’est que l’auteur, pour être l’un des 43 élus du Parti du travail de Belgique, ne confine par ses réflexions, ses relations ni son action à son espace national, ni même européen : en quête des indices du basculement du monde, Peter Mertens circule d’un continent à l’autre. Et la désoccidentalisation qu’il décrit ne flotte pas l’air des idées mais est bien ancrée dans la réalité quotidienne de la classe travailleuse, du Nord au Sud.

Selon les derniers sondages… (Évidemment, on sait bien ce que ça vaut : mais pour une fois qu’il ne s’agit pas d’une promotion de la ligne brun-blanc-rouge !) Selon les derniers sondages donc, le PTB serait le premier parti politique de Bruxelles, qui n’est pas seulement la capitale de la Belgique, mais abrite, entre autres institutions, la Commission européenne et l’Otan. Manière de reclasser à sa valeur, pas seulement symbolique, notre petit voisin. En se prêtant à rêver que la gauche de notre grand pays en prenne exemple.

Car vu d’outre-Quiévrain, les mêmes choses sont juste dites plus simplement : “Aucune personne raisonnable ne peut regarder les journal télévisé le soir sans s’inquiéter de l’avenir. Le fossé entre le travail et le capital se creuse. L’extrême droite progresse. Nos dirigeants veulent faire payer la crise économique et climatique à la classe travailleuse et aux peuples du Sud. Aujourd’hui, nous choisissons l’espoir plutôt que le désespoir, et le socialisme plutôt que le capitalisme. Et nous ne sommes pas les seuls.” Pour citer Peter Mertens lorsqu’il raconte l’histoire incroyable de son parti.

“Nous sommes les rebelles au grand cœur”, lance la bande à Brueghel !

Vient de paraître :

Mutinerie

Sociologue et secrétaire général du PTB (Parti du travail de Belgique), Peter Mertens est notamment l’auteur de Comment osent-ils ? La crise, l’euro et le grand hold-up (avec David Pestieau, prix Jaap Kruithof 2012), Au pays des profiteurs (2018) et Ils nous ont oubliés (2020, traduit en six langues).

Format papier 12×21 cm

312 pages

Prix : 17 €

Titre original : Muiterij. Hoe onze wereld kantelt (EPO, Belgique)

Traduit du néerlandais par Architekst (Moregem, Belgique).

“Ils qualifient de ‘mutinerie’ l’union des travailleuses et des travailleurs pour défendre des conditions de travail dignes. Ils qualifient de ‘mutinerie’ les mobilisations sociales pour les droits démocratiques et climatiques. Ils qualifient de ‘mutinerie’ le fait que des peuples refusent de choisir un camp dans la nouvelle guerre froide.

Mais votre classe sociale détermine où vous vous logez, ce que vous mangez, influe sur votre santé, l’éducation de vos enfants et vos chances devant les tribunaux. L’injustice est le terreau de toute résistance.

Embrassons cette mutinerie, parce qu’elle vogue sur la bonne vague de l’histoire.”

Ce livre nous emmène dans les coulisses du pouvoir et les dessous d’un monde qui bascule. De l’“été du mécontentement” au Royaume-Uni aux superprofits de l’agrobusiness et du secteur pétrolier, des routes et des conflits commerciaux aux rébellions contre l’ordre mondial. En donnant la parole à celles et ceux qui travaillent et vivent sur les ponts inférieurs des navires, Peter Mertens offre un nouveau point de vue sur les équilibres mondiaux en pleine mutation, encourageant les mutins du Nord et du Sud à se tendre la main, pour un véritable changement démocratique, social et écologique.