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PARIS : Côme ROBET : « Il faut revenir au calcul mensuel du taux d’usure pour éviter le blocage du crédit »

Face à l’impact du conflit au Moyen-Orient sur les taux, l’association CNCEF Crédit alerte sur un risque de blocage du marché immobilier.

La dégradation du contexte géopolitique au Moyen-Orient, avec le conflit impliquant l’Iran, engendre de vives tensions sur les marchés financiers qui menacent de gripper la machine du crédit immobilier en France. Face à cette situation, CNCEF Crédit, l’association professionnelle des courtiers, tire la sonnette d’alarme. Elle appelle les emprunteurs solvables à concrétiser leurs projets sans tarder et exhorte la Banque de France à réinstaurer le calcul mensuel du taux d’usure pour préserver la fluidité du marché.

Un pouvoir d’achat immobilier déjà sous pression

La première conséquence tangible de la crise est la remontée des taux obligataires. L’OAT à 10 ans, l’indice de référence pour les crédits immobiliers, flirte désormais avec les 3,8 %. Ce mouvement va inévitablement se répercuter sur les taux proposés aux particuliers, amputant davantage une capacité d’emprunt déjà fragilisée.

Selon une étude de Se Loger publiée en février dernier, le pouvoir d’achat immobilier des Français a déjà fondu, avec une perte moyenne de 11 m², soit l’équivalent d’une pièce, entre 2020 et 2026. Cette érosion est aggravée par un taux d’endettement maximal strict et des dispositifs d’aide à l’accession, comme le Prêt à Taux Zéro (PTZ) ou MaPrimeRénov, soumis à des ajustements constants.

L’impact d’une nouvelle hausse des taux, probable dès le mois d’avril si le conflit perdure, serait significatif. À titre d’exemple, une augmentation du taux d’un prêt de 200 000 euros sur 25 ans de 3,15 % à 3,60 % se traduirait par un surcoût de 15 000 euros pour l’emprunteur. Dans ce contexte volatil, CNCEF Crédit conseille aux ménages disposant d’un dossier solide de ne pas différer leur projet, les banques restant enclines à financer les profils présentant de bonnes garanties.

La menace du blocage par le taux d’usure

Le principal risque systémique identifié par les professionnels est celui de « l’effet ciseaux » provoqué par le taux d’usure. Ce taux plafond, qui inclut tous les frais d’un crédit (assurance, frais de dossier, etc.), est actuellement fixé à 5,13 % pour les prêts de plus de 20 ans depuis le 1er janvier 2026.

Son mode de calcul trimestriel, basé sur les taux moyens pratiqués les mois précédents, le rend trop lent à s’adapter à une hausse rapide des taux de marché. Si les banques sont contraintes d’augmenter leurs barèmes pour suivre l’envolée de l’OAT, elles pourraient rapidement se retrouver dans l’incapacité de prêter sans dépasser ce plafond légal. Le résultat serait un rejet automatique de nombreux dossiers pourtant solvables et un blocage de l’accès au crédit.

Un appel à l’action pour sécuriser les projets des Français

C’est pour éviter ce scénario que l’association interpelle les pouvoirs publics. « Face à une situation géopolitique dont nous ne maîtrisons pas l’évolution, le rôle du gouvernement est de sécuriser les projets immobiliers des Français et d’utiliser les outils de stabilité à sa disposition », affirme Côme Robet, Président de CNCEF Crédit.

Il rappelle qu’une mesure similaire avait déjà fait ses preuves. « La remontée rapide des taux immobiliers en 2022-2023 avait conduit la Banque de France à adopter un calcul mensuel du taux d’usure de février 2023 à fin janvier 2024. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, un retour à cette fréquence de calcul s’impose sans attendre, au risque de bloquer rapidement le marché et de rationner le crédit immobilier », poursuit-il. L’association encourage également les établissements bancaires à maintenir des efforts commerciaux, via des dispositifs ciblés comme les taux « boostés » pour certains profils.

CNCEF Crédit est une association professionnelle agréée par l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution), qui fédère 3 300 intermédiaires en opérations de banque, courtiers et mandataires. Sa mission est de représenter et former les acteurs du secteur. Plus d’informations sont disponibles sur son site officiel (www.cncef.org).