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PARIS : Christian NIBOUREL : « Les défaillances ne sont pas plus nombreuses, elles sont plus lourdes »

L’AGS alerte sur une hausse de 23 % de ses avances, révélant des défaillances d’entreprises plus graves et impactant un plus grand nombre de salariés.

Le régime de garantie des salaires (AGS) tire la sonnette d’alarme en ce début de semaine. Dans un communiqué publié ce lundi, l’organisme révèle une forte intensification de ses interventions au premier trimestre 2026, signe des difficultés économiques croissantes pour les entreprises françaises. Avec 650 millions d’euros d’avances versées entre janvier et mars, contre 530 millions sur la même période en 2025, la progression atteint près de 23 %.

Ce chiffre record s’inscrit dans une conjoncture dégradée, marquée par des tensions de trésorerie persistantes, un ralentissement général de l’activité et une augmentation durable des coûts de production. L’AGS, mécanisme de solidarité interentreprises protégeant les salariés en cas de défaillance de leur employeur, se retrouve ainsi en première ligne face à une crise qui change de nature.

Des défaillances plus lourdes que nombreuses

Le paradoxe souligné par l’AGS est que cette explosion des montants engagés ne s’accompagne pas d’une augmentation du nombre d’entreprises en difficulté. Le nombre de dossiers ouverts reste stable, avec 7 253 nouvelles entreprises accompagnées, soit une baisse infime de 0,1 % par rapport à l’année précédente.

Cette stabilité apparente masque une réalité plus préoccupante : les défaillances concernent désormais des structures de plus grande taille, employant davantage de salariés et avec des niveaux de rémunération plus élevés. « Les défaillances ne sont pas plus nombreuses, elles sont plus lourdes », résume Christian Nibourel, Président de l’AGS. En conséquence, le nombre total de salariés bénéficiaires du régime a bondi de 13,6 % pour atteindre 95 273 personnes sur le trimestre. L’avance moyenne versée par salarié a elle aussi fortement progressé, passant de 6 192 euros en 2025 à 6 772 euros en 2026.

Le commerce, l’hôtellerie et l’industrie en première ligne

L’analyse sectorielle confirme que certaines branches de l’économie sont particulièrement touchées. Les augmentations des avances sont spectaculaires dans le commerce (+56 %), l’hébergement-restauration (+53 %) et l’industrie (+39 %). En valeur absolue, l’industrie demeure le secteur le plus soutenu, avec près de 144 millions d’euros avancés par l’AGS, suivie de près par le commerce (115,6 millions) et les services aux entreprises (près de 95 millions).

Selon l’organisme, cette situation résulte d’une combinaison de facteurs pénalisants, notamment des marges sous pression et une hausse généralisée des coûts de production qui affecte l’ensemble de la chaîne de valeur et asphyxie les trésoreries.

Des salariés qualifiés et ancrés dans l’emploi

Le profil des salariés concernés par ces défaillances évolue également, battant en brèche l’idée que seules les populations les plus précaires seraient touchées. Les données du premier trimestre 2026 montrent au contraire une exposition accrue des salariés durablement insérés sur le marché du travail.

Près de 88 % des bénéficiaires étaient titulaires d’un contrat à durée indéterminée (CDI). Leur ancienneté moyenne dans l’entreprise s’élevait à 7,1 ans, pour un âge moyen de 42 ans. Le salaire médian de référence, établi à 2 422 euros, confirme que les difficultés économiques frappent désormais de plein fouet des salariés qualifiés et expérimentés.

De fortes disparités territoriales

L’impact social de cette crise n’est pas uniforme sur le territoire. Certaines régions enregistrent des progressions particulièrement inquiétantes du nombre de bénéficiaires. C’est le cas des Hauts-de-France, qui voient le nombre de salariés accompagnés bondir de 121,9 %. La Bretagne (+38,2 %) et l’Occitanie (+30,9 %) connaissent également des hausses très significatives.

L’AGS explique ces variations par la structure économique de ces régions, où la filière industrielle est souvent plus développée. La défaillance d’entreprises de grande taille y provoque un effet domino rapide sur d’autres secteurs plus fragiles et très dépendants de l’activité locale. Face à des tensions qui ne laissent entrevoir aucune amélioration à court terme, « les équipes AGS restent mobilisées pour maintenir un fort niveau d’engagement de service, en traitant les relevés de créance dans les 48H pour plus de 80 % des dossiers », conclut Antonin Blanckaert, Directeur Général de l’AGS.