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PARIS : Biodiversité – La Fondation de la Mer tire la sonnette d’alarme pour sauver les herbiers marins
À quelques jours du 1er mars, la Fondation de la Mer alerte sur le déclin dramatique des herbiers marins, ces écosystèmes vitaux pour la planète.
C’est une urgence silencieuse qui se joue sous la surface de nos océans. Alors que le monde s’apprête à célébrer la Journée mondiale des herbiers marins ce dimanche 1er mars, le constat dressé par la Fondation de la Mer est alarmant. Ces vastes prairies sous-marines, véritables poumons de l’océan, régressent à une vitesse vertigineuse. Depuis la fin du 19ème siècle, près d’un tiers des surfaces mondiales a déjà disparu. Aujourd’hui, le rythme s’accélère : l’équivalent d’un terrain de football est détruit toutes les 30 minutes.
Face à cette hémorragie écologique, l’organisation appelle à une réaction immédiate pour préserver ce qui constitue l’un des derniers boucliers naturels contre le dérèglement climatique. Sans une prise de conscience globale et des actions concrètes, cet habitat crucial risque de s’effondrer irréversiblement.
Des « prairies bleues » aux super-pouvoirs écologiques
Souvent méconnus du grand public, les herbiers ne sont pas des algues, mais bien des plantes à fleurs adaptées à la vie marine, comme les posidonies en Méditerranée ou les zostères en Atlantique. Bien qu’ils ne couvrent que moins de 0,2 % du fond des océans, leur rôle est disproportionné par rapport à leur surface. Ils rendent des services écosystémiques inestimables.
En premier lieu, ce sont des champions de la lutte contre le réchauffement climatique. Efficaces puits de carbone, ils peuvent stocker jusqu’à 10 % du carbone total de l’océan. Leur capacité de production d’oxygène est tout aussi impressionnante : un seul mètre carré d’herbier de Posidonie peut générer environ 10 litres d’oxygène par jour.
Au-delà de la chimie de l’eau, ces habitats foisonnent de vie. Un seul hectare peut abriter jusqu’à 98 000 poissons et plus de 120 millions d’invertébrés. Ils servent de nurseries pour de nombreuses espèces, de garde-manger et de refuge. Enfin, physiquement, ils protègent nos littoraux. En atténuant la force de la houle grâce à leur feuillage dense, ils freinent l’érosion côtière et limitent l’impact des événements climatiques extrêmes.
Un patrimoine naturel en voie d’extinction
Pourtant, ces sanctuaires sont en péril. Chaque année, 7 % des herbiers disparaissent dans le monde. Selon l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), 21 % des espèces d’herbiers sont désormais classées comme « quasi menacées », « vulnérables » ou « en danger ». Sur les 72 espèces recensées, 22 sont en voie d’extinction.
Les causes sont multiples et souvent d’origine humaine : pollution des eaux, dragage, pêche destructrice, mais aussi ancrage sauvage des bateaux de plaisance qui arrachent les racines, ou encore le réchauffement des eaux.
La France en première ligne
Avec le deuxième espace maritime mondial, la France porte une responsabilité particulière. Les herbiers français s’étendent sur près de 1 250 km² dans les Caraïbes, l’océan Indien et le Pacifique. En métropole, la richesse est également notable. En Bretagne, par exemple, les herbiers de zostères abritent plus de 500 espèces animales, dont les emblématiques hippocampes ou les seiches qui y déposent leurs œufs. L’Office Français de la Biodiversité et le Parc naturel marin d’Iroise documentent régulièrement cette richesse (https://parc-marin-iroise.fr/editorial/lherbier-de-zosteres).
Restaurer pour survivre : une mobilisation internationale
Face à l’urgence, la Fondation de la Mer ne se contente pas de dresser un constat. Depuis 2022, elle déploie un vaste programme de restauration. En collaboration avec la John Nurminen Foundation et la fondation italienne MEDSEA, elle a initié l’« Alliance For European Seas ». Cette coalition vise à protéger et restaurer la ceinture verte sous-marine qui s’étend de la mer Baltique à la Méditerranée.
Les résultats sont déjà concrets : plus de 68 000 pieds ont été replantés. Pour l’année 2026, l’objectif est fixé à 51 000 nouveaux plants, avec des projets en cours en France, en Italie, en Grèce ou encore en Turquie. Ces actions incluent la collecte de fragments détachés naturellement par les tempêtes pour les réimplanter, évitant ainsi de prélever sur les herbiers sains (https://alliance4seas.org/).
Parallèlement, la plateforme de financement participatif SOS CORAIL (https://www.fondationdelamer.org/nos-programmes/sos-corail/), développée avec l’IFRECOR, permet de soutenir des projets dans les outre-mer français, ciblant à la fois les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers.
« Une urgence, pas une option »
Pour les scientifiques, le temps presse. « Les herbiers marins sont parmi les écosystèmes les plus précieux dont nous disposons face aux crises climatique et écologique […] Sensibiliser, protéger et restaurer les herbiers marins n’est plus une option : c’est une urgence », commente Anaïs Massé, responsable scientifique de la Fondation de la Mer.
L’organisation appelle donc à une mobilisation générale pour financer la surveillance des zones dégradées, la recherche scientifique et la sensibilisation des jeunes générations. La préservation de ces « prairies bleues » est une condition sine qua non pour la santé future de l’océan.