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PARIS : Bernard Bertucco Van Damme : « La réindustrialisati…

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PARIS : Bernard Bertucco Van Damme : « La réindustrialisation française s’essouffle face aux turbulences mondiales »

Malgré un solde de créations d’usines encore positif en 2025, la dynamique de réindustrialisation française s’essouffle face à une conjoncture dégradée.

La France continue de créer plus d’usines qu’elle n’en ferme, mais le rythme de la réindustrialisation a marqué un net coup de frein en 2025. Selon l’analyse de Bernard Bertucco Van Damme, le solde net s’établit à +19 sites industriels, un chiffre bien en deçà des +88 enregistrés un an plus tôt. Ce ralentissement s’explique principalement par un effondrement des créations : en deux ans, les ouvertures de nouvelles usines ont chuté de 40 %, témoignant d’un climat international qui incite les industriels à la prudence.

Une dynamique positive mais en net ralentissement

Cette photographie de l’industrie française est issue du Baromètre industriel de l’État, un outil piloté par la Direction Générale des Entreprises (DGE). Sa méthodologie rigoureuse ne comptabilise que les sites effectivement en production, qu’il s’agisse d’ouvertures, de fermetures ou d’extensions. Cette approche permet de mesurer la réalité tangible de l’activité productive sur le territoire, loin des simples effets d’annonce. Si le moteur de la réindustrialisation tourne encore, il a clairement perdu en régime, confronté à un environnement économique et géopolitique de plus en plus complexe.

Les extensions, véritable moteur de la croissance

Dans ce contexte, le maintien d’un solde positif repose quasi exclusivement sur les projets d’agrandissement de sites existants. En 2025, pas moins de 158 extensions significatives ont été recensées. Ces projets, définis par une augmentation de capacité de production d’au moins 40 % ou l’ajout de plus de 50 salariés, constituent le véritable pilier de l’investissement industriel actuel. Pour les entreprises, privilégier l’extension à la création d’un nouveau site représente un choix stratégique : un investissement jugé moins risqué, plus rapide à déployer et plus simple à mettre en œuvre dans un monde instable.

Une politique industrielle volontariste et ciblée

Cette dynamique est soutenue par une politique étatique volontariste. Des dispositifs comme le Crédit d’Impôt Investissement Industries Vertes (C3IV), l’appel à projets « Première usine » du plan France 2030, ou encore les engagements pris lors du sommet « Choose France » ont permis de structurer un portefeuille de plus de 150 projets d’usines pour l’année 2026. L’État assume son rôle d’architecte industriel en fléchant les investissements vers des filières jugées stratégiques pour la souveraineté nationale : l’électronique, les batteries, l’hydrogène, la défense, l’aéronautique et le spatial. Ces secteurs affichent d’ailleurs des soldes de création positifs, premiers fruits de cette stratégie à long terme.

La concurrence asiatique et les vents contraires

Cependant, cette politique ambitieuse se heurte à des vents contraires violents. La montée en puissance des surcapacités industrielles asiatiques, notamment dans la chimie, les matériaux de construction ou les technologies vertes (panneaux solaires, éoliennes), exerce une pression concurrentielle massive sur les producteurs européens. Cette concurrence, souvent déloyale, pèse sur les prix et fragilise des pans entiers de l’industrie française, comme en témoignent les soldes négatifs observés dans le transport, la mécanique ou la métallurgie. Le risque est que l’Europe devienne malgré elle le marché où s’écoulent les excédents mondiaux, sapant sa propre base productive.

La préférence européenne comme bouclier stratégique

Face à cette menace, la doctrine française a évolué. Paris défend désormais ouvertement une approche fondée sur la préférence européenne, rompant avec un libre-échange considéré comme naïf. L’un des outils majeurs de cette nouvelle politique est le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), pleinement entré en vigueur en ce début d’année 2026. Ce dispositif vise à corriger la distorsion de concurrence entre les industries européennes, soumises à des normes environnementales strictes, et les importations issues de pays moins-disants sur le plan climatique. C’est un acte politique fort qui signale la volonté de l’Europe de défendre ses standards et ses industries. La question reste de savoir si la France et ses partenaires européens parviendront à maintenir cette trajectoire dans un monde où la compétition est de plus en plus féroce. Le défi, désormais, est d’amplifier le mouvement engagé pour que la dynamique positive d’aujourd’hui ne devienne pas l’illusion d’hier.

via Press Agence.