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PARIS : Berite LABELLE : « Le vrai luxe, aujourd’hui, est d…

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PARIS : Berite LABELLE : « Le vrai luxe, aujourd’hui, est de sentir le propre »

Dans une tribune, Berite Labelle, fondatrice de Blone Haute Parfumerie, analyse la montée des fragrances « propres », refuges émotionnels intimes.

Loin des sillages opulents et des signatures olfactives destinées à impressionner, une révolution silencieuse s’opère dans le monde de la parfumerie. Une nouvelle quête, plus intime et personnelle, émerge : celle du bien-être par l’odeur. Dans une analyse des tendances sociétales actuelles, Berite Labelle, créatrice de la maison de parfums de niche Blone Haute Parfumerie, décrypte le succès grandissant des parfums dits « propres », ceux qui évoquent la fraîcheur, le réconfort et la simplicité.

« Il fut un temps où le parfum devait marquer, séduire, impressionner. Une empreinte forte, parfois envahissante, presque démonstrative. Aujourd’hui, quelque chose a changé. Radicalement », constate-t-elle. Selon la créatrice, le parfum ne chercherait plus à se faire remarquer, mais à rassurer. Un basculement qui transforme une industrie historiquement tournée vers la séduction en un acteur du bien-être personnel.

Un refuge émotionnel face à un monde anxiogène

Cette tendance de fond répondrait à un besoin très contemporain. Dans une société perçue comme anxiogène, bruyante et saturée de stimuli, le parfum devient un outil de recentrage. « Ce que l’on appelle “odeur du propre” n’est pas une simple tendance esthétique. C’est une réponse sensorielle à un besoin contemporain : celui de se sentir bien, immédiatement, sans effort », explique Berite Labelle.

L’odorat étant le seul de nos sens directement connecté à la mémoire émotionnelle, des senteurs familières comme le linge frais, le savon ou les muscs doux agissent comme des déclencheurs de réconfort. Ces fragrances fonctionnent comme des « madeleines modernes », évoquant la sécurité et l’intime. Elles offrent un « silence olfactif », une pause bienvenue dans le tumulte quotidien. Le succès des eaux fraîches et des parfums « seconde peau » confirme cette aspiration à une beauté plus douce et authentique. L’objectif n’est plus seulement de sentir bon, mais de se sentir bien.

La revanche de la discrétion sur l’ostentation

Pendant des décennies, la parfumerie a célébré la puissance, le sillage et l’impact. La tendance actuelle prend le contre-pied de ce paradigme. « Les nouvelles générations, mais pas seulement, recherchent une élégance plus subtile. Une présence qui ne s’impose pas, mais qui accompagne. Une signature qui ne crie pas, mais qui murmure », analyse la fondatrice de Blone Haute Parfumerie.

Cette quête de discrétion s’apparente à une nouvelle forme de sophistication, « le luxe de la retenue ». Elle s’inscrit dans un mouvement plus large de consommation qui valorise l’authenticité et l’expérience personnelle plutôt que l’affichage statutaire. Le parfum devient une parure invisible, destinée à soi-même avant de s’adresser aux autres.

Le « propre », un défi technique et créatif

Contrairement aux apparences, la création d’une fragrance « propre » représente un exercice de haute voltige pour les parfumeurs. Il ne s’agit pas de composer une absence d’odeur, mais de trouver un équilibre parfait et maîtrisé entre fraîcheur, chaleur, transparence et tenue. « Il s’agit de sentir juste », résume Berite Labelle.

Cette subtilité requiert une maîtrise technique pointue pour créer une émotion avec des notes délicates comme le musc blanc ou les accords de coton. « Je le considère comme un territoire d’expression à part entière. Un langage subtil, mais puissant. Un luxe invisible », affirme-t-elle.

Vers une parfumerie du ressenti

Pour Berite Labelle, cette évolution n’est pas une simple mode passagère mais un véritable basculement de paradigme. La parfumerie entrerait dans une nouvelle ère, celle du ressenti, où les fragrances ont pour mission de soigner, d’envelopper et d’accompagner. L’acte de se parfumer se mue en un rituel de bien-être, une manière de reprendre le contrôle sur son environnement intime et émotionnel.

« Nous entrons dans une parfumerie qui ne cherche plus à transformer qui nous sommes, mais à révéler ce que nous ressentons », conclut-elle, laissant entrevoir un avenir où le parfum le plus désirable sera celui qui nous invite simplement à respirer profondément. Cette vision est au cœur de sa maison Blone Haute Parfumerie, qui propose des fragrances conçues comme des voyages olfactifs intimes et poétiques.