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PARIS : Bastien LE LANN : « La souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit »
Une étude Lecko et Ipsos révèle que 88 % des agents publics ne jugent pas la souveraineté numérique prioritaire face à la domination de Microsoft.
Alors que les débats sur l’indépendance technologique de la France et de l’Europe animent la sphère politique, la réalité du terrain offre un contraste saisissant. Selon une enquête dévoilée fin janvier par le cabinet de conseil Lecko et réalisée par Ipsos, l’argument de la souveraineté peine considérablement à convaincre les utilisateurs finaux au sein des administrations. Le constat est sans appel : la domination des géants américains, Microsoft en tête, reste écrasante, tant dans les infrastructures que dans les usages quotidiens.
Un décalage entre stratégie et attentes des agents
L’étude met en lumière un paradoxe majeur. Si la souveraineté numérique est affichée comme un enjeu stratégique par l’État, elle ne constitue pas une priorité pour ceux qui utilisent les outils au quotidien. En effet, seuls 12 % des agents interrogés attendent explicitement que leur administration privilégie ce critère lors du renouvellement de leurs environnements de travail numérique.
Ce chiffre traduit une maturité encore faible du sujet côté utilisateurs, mais souligne surtout la difficulté des organisations à proposer une vision alternative crédible et séduisante. Si quelques collectivités territoriales, à l’image de la Région Occitanie ou des villes de Marseille, Grenoble et Lyon, amorcent une transition vers des solutions libres et open source, ces initiatives demeurent des exceptions dans un paysage largement uniformisé.
L’hégémonie de Microsoft et le retard des alternatives
Les chiffres rapportés par Lecko confirment une situation de quasi-monopole : 75 % des organisations de plus de 250 collaborateurs sont aujourd’hui équipées de solutions Microsoft. Cette domination s’explique par une stratégie commerciale efficace, fondée sur l’intégration verticale et la dépendance fonctionnelle, mais aussi par les carences de l’offre alternative.
L’analyse pointe un « retard structurel » des concurrents souverains. Depuis près de deux décennies, ces derniers ont souvent délaissé les « fonctions socles » (messagerie, gestion des identités, sécurité) pour se concentrer sur des couches applicatives supérieures. Conséquence directe : une intégration moins fluide, une hétérogénéité des interfaces et une expérience utilisateur (UX) jugée en deçà des standards du marché. De plus, la compétence technique des administrations s’est progressivement spécialisée autour des technologies de la firme de Redmond, rendant toute migration complexe et coûteuse.
Sortir du mimétisme pour réussir la transition
Pour Bastien Le Lann, associé chez Lecko, le changement de paradigme est impératif : « Cette étude montre que la souveraineté numérique ne se décrète pas : elle se construit. Tant que les organisations chercheront à reproduire Microsoft plutôt qu’à repenser leurs environnements de travail, elles resteront dépendantes, techniquement et économiquement ».
L’expert insiste sur la nécessité de sortir de l’impasse du « Microsoft générique ». Copier les fonctionnalités du géant américain, y compris ses défauts comme l’empilement technologique, ne constitue pas une stratégie viable. L’étude identifie trois leviers pour inverser la tendance : cesser le mimétisme, mutualiser l’expérience utilisateur et maîtriser les trajectoires d’hybridation.
L’importance cruciale du Design System
L’un des axes majeurs recommandés est la création d’un « Design System » commun pour l’administration, inspiré de ce qui a été réalisé pour les sites web publics (DSFR). L’objectif est d’harmoniser l’expérience utilisateur entre les différentes solutions du marché souverain, réduisant ainsi la fragmentation des interfaces qui freine l’adoption par les agents.
L’étude met également en garde contre les mauvaises trajectoires d’hybridation. Remplacer uniquement les outils collaboratifs (chat, visio) tout en conservant l’infrastructure Microsoft (annuaire, messagerie) peut entraîner un doublement des coûts sans gain d’indépendance réel. Lecko préconise une approche inverse : sécuriser d’abord les couches basses (infrastructure, identité) pour bâtir une autonomie pérenne.
Méthodologie et accès aux données
Cette enquête a été réalisée en décembre 2025 par Ipsos pour Lecko auprès d’un échantillon représentatif de 500 personnes issues d’organisations de plus de 250 collaborateurs, réparties équitablement entre le secteur privé et le secteur public.
Le référentiel complet sur la transformation interne des organisations est consultable en ligne : https://referentiel.lecko.fr
L’étude détaillée est également accessible via ce lien : https://drive.google.com/file/d/1cIvEr9_YRPwRLxgT7gfLnGjXvOdawMqh/view