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PARIS : Banques alimentaires, l’effet de levier

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Floriane Dumont
5 Déc 2023

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PARIS : Banques alimentaires, l’effet de levier

Créées en 1984, les Banques alimentaire sont le premier réseau d’aide alimentaire en France avec 2,4 millions de personnes aidées par an.

Elles parviennent à distribuer l’équivalent de 11 euros à partir d’un seul euro investi.

Leur modèle, récupérer les denrées invendues pour les redistribuer à quelque six mille associations partenaires, s’est diversifié, à travers le don volontaire et l’accompagnement social. Outre cinq cents salariés, des entrepôts et des camions, elles comptent sept mille bénévoles. Elles se sont fait connaître du grand public avec leur grande collecte nationale, organisée un week-end au début de l’hiver à l’entrée des grandes surfaces. Avec l’inflation et l’augmentation des besoins, elles comptent sur l’implication croissante des entreprises. Entretien avec Barbara Mauvilain, responsable du service des relations institutionnelles de la Fédération française des Banques alimentaires.

Comment le modèle des Banques alimentaires a-t-il évolué récemment ?

Barbara Mauvilain : Avec la crise du Covid, nous avons dû procéder à des achats pour compléter les dons et satisfaire nos besoins. Même si les dons en nature restent la base de notre modèle, les achats représentent désormais 4 à 5 % des approvisionnements. Durant le confinement, nous avons mis en place des distributions directes, notamment auprès des étudiants, avec les préfectures et les conseils régionaux, et nous les avons poursuivies après. Nous recevons des dons financiers qui nous permettent de financer la diversité de nos projets : dispositifs itinérants en zones rurales, vingt ateliers de transformation, huit chantiers d’insertion… Sans oublier qu’en complément des denrées nous développons un accompagnement social par l’alimentation. Notre programme « Bons gestes, bonne assiette » consiste en ateliers de cuisine pour les personnes en précarité : les aider à remettre le pied à l’étrier. Enfin, depuis la crise sanitaire, nous avons mis en place le portail « Mon panier solidaire » qui permet au grand public de donner en ligne.

22 % de jeunes, et des retraités à jamais dans la trappe de la pauvreté

Quels sont les effets de la conjoncture sur votre activité ?

B. M. : Depuis 2020, le nombre de personnes accompagnées a augmenté de 30 %. Cette hausse ajoutée à l’inflation pèse sur nos approvisionnements, d’autant que l’aide exceptionnelle délivrée par l’Union européenne durant le Covid a été arrêtée. Nous subissons donc un effet de ciseaux : augmentation des besoins et baisse des volumes. En 2021, nous avions distribué 264 millions de repas ; en 2022, nous n’avons pu en distribuer que 224 millions. Aujourd’hui, nous manquons de produits du quotidien, ce que nous n’avions jamais connu auparavant, y compris pour des produits de base.

Quelle votre analyse de l’évolution de la population aidée ?

B. M. : Outre les étudiants que j’ai déjà évoqués, notre population aidée s’étend vers les plus jeunes au sens large. Ils représentent 22 % de l’ensemble, soit une progression de 19 % en cinq ans. Il y a aussi les familles monoparentales, des femmes pour l’essentiel, et par conséquent plus d’enfants, dont 136 000 âgés de moins de trois ans. Ce qui pose un vrai défi pour trouver des produits infantiles. On observe également l’arrivée de travailleurs pauvres, dont les deux tiers qui viennent à l’aide disposent pourtant d’un CDI, mais sans revenus suffisants – 1 070 euros par mois en moyenne –, parce qu’en temps partiel. Enfin, il y a les retraités pauvres, dont nous savon malheureusement que nous devrons les accompagner jusqu’à la fin de leur vie.

Comment êtes-vous organisées pour recueillir les dons des entreprises ?

B. M. : Comme tête de pont du réseau, la Fédération des Banques alimentaires dispose de trois services en lien avec les donateurs. Le service « Ressources alimentaires », spécialisé dans les dons en nature avec la plateforme en ligne ClickDon, permet de répartir les dons les plus importants – plus d’une tonne ou plus de deux palettes – dans le réseau. Le service « Mécénat » suit les partenariats et propose différentes modalités selon les souhaits des entreprises, du don purement financier au mécénat de compétences, avec le prêt de personnel, prévu dans le Code du travail, et l’engagement bénévole de salariés. Pour notre collecte nationale, nous recevons ainsi l’appui de 110 000 bénévoles souvent encouragés par le projet RSE de leur entreprise. Le « mécénat technologique » concerne des dons matériels, comme des véhicules, des chambres froides, du mobilier de bureau. Enfin le service des relations institutionnelles pilote les liens avec les organisations professionnelles partenaires, dont l’Ilec.

Au-delà des invendus, des dons programmés

Quelles sont vos actions spécifiques à l’égard des entreprises, notamment pour garantir la bonne utilisation de leurs dons ?

B. M. : Nos vingt-six partenaires les plus fidèles sont réunis dans le « Club des entreprises solidaires », constituant pour nous un noyau précieux qui nous assure une bonne visibilité dans la durée. Pour garantir le bon usage des dons, nous réalisons pour eux des points annuels, voire plus réguliers, sur les projets qu’ils ont soutenus. Notre assemblée générale t notre rapport d’activité, notamment financier, précisent le calcul de notre effet de levier. Car notre budget de 50 millions d’euros est considérablement multiplié par l’effet de levier du don et du bénévolat : pour un euro investi, nous distribuons l’équivalent de onze euros. Par ailleurs, nous avons reçu le label IDEAS, qui réalise des audits régionaux dans les associations à but non lucratif depuis 2021, et nous sommes reconnus d’utilité publique depuis février 2022. Enfin, nous les invitons les donateurs à se rendre sur le terrain dans une Banque alimentaire, non seulement nos interlocuteurs directs mais aussi leurs salariés.

Comment analysez-vous l’évolution de la générosité des entreprises ?

B. M. : Depuis le Covid, nous constatons un grand élan de solidarité de leur part, ce qui est d’autant plus louable qu’avec l’inflation le marché alimentaire est dans une situation difficile. Par ailleurs, la lutte contre le gaspillage, inaugurée par la loi Garot pour la grande distribution, a été étendue par la loi Égalim aux entreprises agroalimentaires de plus de 50 millions d’euros de chiffre d’affaires ainsi qu’à la restauration collective. Il y a un effet collatéral à ces mesures : les ventes de produits en fin de date ont réduit la « ramasse » en grande distribution. C’est pourquoi nous encourageons les dons volontaires des industries alimentaires, qui décident de donner une partie de leur production de façon programmée. Le dispositif fiscal est certes incitatif, mais, pour les entreprises qui sont dans la culture du don, la première motivation est d’intégrer la solidarité à leur RSE. Enfin, l’évolution du rapport avec les salariés a suscité une véritable dynamique dans les entreprises, y créant du lien dans un autre cadre et leur donnant du sens et de l’utilité.

SOURCE : ILEC – La Voix des marques