PARIS : Audiovisuel public, le rapport Alloncle met le feu…
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PARIS : Audiovisuel public, le rapport Alloncle met le feu aux poudres
C’est un document qui fait déjà trembler tout l’écosystème médiatique.
Après six mois de consultations, le député UDR Charles Alloncle a rendu un rapport au vitriol sur l’avenir de l’audiovisuel public. Un texte de rupture, composé de 70 propositions, qui assume une volonté de transformation radicale — certains diront brutale — d’un service public jugé « à bout de souffle ». Entre cure d’austérité, recentrage éditorial et reprise en main politique, le rapport a immédiatement fracturé la classe politique et relancé un débat que beaucoup espéraient éviter avant 2027.
Un diagnostic implacable et un plan d’économies sans précédent
Le rapport s’ouvre sur un constat sévère : une « culture de l’irresponsabilité », des conflits d’intérêts « banalisés », un contrôle interne « défaillant ». Pour y remédier, Charles Alloncle propose une réduction budgétaire d’un milliard d’euros. La moitié serait réaffectée à l’entretien du patrimoine de l’État, un geste symbolique destiné à replacer l’audiovisuel public dans une logique de discipline financière stricte.
Cette austérité se traduirait par des mesures visibles : fusion de France 2 et France 5, suppression de France 4 et de Mouv’, réduction massive des jeux télévisés et disparition totale de la téléréalité. L’objectif affiché : recentrer le service public sur l’information, la culture et l’éducation, au détriment du divertissement jugé trop coûteux et trop éloigné de ses missions fondamentales.
Neutralité journalistique : la proposition qui embrase le débat
Le chapitre le plus inflammable concerne la neutralité de l’information. Le rapport affirme que « la grande majorité des journalistes de l’audiovisuel sont de gauche », ce qui biaiserait le traitement médiatique. Pour y répondre, Alloncle propose d’imposer aux journalistes une obligation de neutralité comparable à celle des magistrats, assortie de sanctions.
Il suggère également de remplacer les éditorialistes internes par des journalistes issus de la presse d’opinion, dont l’orientation politique serait explicitement connue du public. Une idée qui prétend renforcer la transparence, mais qui soulève des inquiétudes majeures : risque de pression politique, atteinte à l’indépendance éditoriale, confusion entre pluralisme et mise sous tutelle idéologique.
Le retour de la nomination présidentielle : un parfum d’ORTF
Autre proposition explosive : redonner au président de la République le pouvoir de nommer les dirigeants de France Télévisions et Radio France. Pour ses opposants, c’est un retour en arrière, une réminiscence de l’ORTF et d’un audiovisuel sous contrôle direct du pouvoir exécutif. Pour ses partisans, c’est une clarification institutionnelle : si l’État finance, il doit assumer publiquement ses choix.
Le rapport s’attaque aussi au modèle économique de la production, dénonçant le poids des producteurs externes et des animateurs-producteurs. Il prône une internalisation massive des émissions de débat et d’enquête, une ambition qui interroge : les moyens humains et créatifs du service public suffiront-ils après des années d’externalisation ?
Un clivage politique profond et un enjeu majeur pour 2027
Adopté par la droite et le centre, rejeté en bloc par la gauche, désavoué par le Premier ministre, le rapport Alloncle agit comme un révélateur des fractures françaises sur la question médiatique. Pour certains, il s’agit d’un acte de salubrité démocratique ; pour d’autres, d’une tentative de reprise en main politique du quatrième pouvoir.
Conclusion : un rapport qui oblige la France à choisir son modèle médiatique
Qu’on l’applaudisse ou qu’on le redoute, le rapport Alloncle a une vertu : il force le pays à regarder en face la question de l’audiovisuel public, trop longtemps repoussée. Faut-il un service public recentré, discipliné, contrôlé ? Ou un espace protégé, indépendant, garant d’un pluralisme sans contrainte politique ?
Une chose est sûre : la réforme de l’audiovisuel public sera l’un des grands débats de 2027, et ce rapport en est désormais la pièce maîtresse — explosive, contestée, incontournable.
Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.


