PARIS : Asterès se penche sur le programme ETIncelles annon…
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PARIS : Asterès se penche sur le programme ETIncelles annoncé par le président Macron
Le programme ETIncelles a des objectifs louables mais ses résultats risquent d’être décevants.
La France se caractérise par un nombre plus faible d’ETI que chez ses voisins, ce qui est généralement perçu comme une faiblesse. Le programme ETIncelle vise donc à faciliter la croissance des PME pour en faire des ETI (500 entreprises en tout), notamment en facilitant leurs relations avec l’administration. Cependant, les formalités administratives devraient être simplifiées pour toutes les entreprises, et non uniquement pour celles qui ont été sélectionnées.
De plus, l’objectif de la politique économique devrait être de faire croître l’ensemble des entreprises, et pas seulement les PME.
1) Nombre d’ETI : une faiblesse française
Le nombre d’ETI en France est inférieur aux autres pays européens, ce qui est généralement perçu comme une faiblesse. Une ETI (entreprise de taille intermédiaire) est une entreprise de 250 à 5 000 salariés. La France est particulièrement peu dotée en ETI, elle en compte 5 800, contre plus du double en Allemagne, pays généralement cité en exemple sur le sujet1
. Les ETI sont importantes au développement économique d’un pays : elles représentent des créations importantes, sont disséminées sur l’ensemble du territoire et parviennent plus à conquérir des marchés étrangers que les PME (le succès allemand à l’exportation peut s’expliquer entre autres par le réseau d’ETI). Le constat souvent réalisé est que la France parvient à créer beaucoup d’ETI, mais qu’elle peine à les transformer en ETI.
2) Dispositif ETINCELLES : les résultats risquent d’être décevants
Le programme « ETIncelles » lancé par le président Emmanuel Macron manque d’ambition au vu des objectifs fixés. Accompagner 500 PME ne suffira pas à atteindre l’objectif fixé de faire naitre en France autant d’ETI que dans les autres pays européens. Ce serait toutes les PME qui devraient profiter de la simplification administrative, et non une poignée d’entreprises sélectionnées. On peut également questionner la pertinence de se focaliser uniquement sur les ETI.
– 500 entreprises aidées ne suffiront pas à rattraper le retard français en termes de nombre d’ETI. Le dispositif ETIncelles vise à présent à accompagner 50 nouvelles PME supplémentaires (soit 100 PME à ce stade), avec l’objectif de soutenir 500 entreprises sur l’ensemble du quinquennat. Cependant, même si l’ensemble des PME soutenues devenaient des ETI (ce qui est le scénario le plus optimiste), le nombre d’ETI en France passerait à 6 300, soit un chiffre qui resterait nettement inférieur aux autres grands pays européens.
– Toutes les entreprises devraient bénéficier de mesures de soutien. Le dispositif ETIncelles est notamment axé sur des mesures de soutien en termes de simplification administrative. Or, il semble paradoxal d’avoir identifié un frein à la croissance des entreprises (la lourdeur bureaucratique) et de ne chercher à le lever que pour un nombre réduit de PME. Le dispositif semble à ce niveau manquer d’ambition en ne s’attaquant pas à une difficulté récurrente à laquelle font face les entreprises de toute taille. Un « choc de simplification » général, comme l’a annoncé Bruno le Maire2
, semble préférable à des mesures ciblées. Cependant, cela fait plusieurs années que les gouvernements successifs s’attaquent à la question des lourdeurs administratives, avec des résultats mitigés.
– La focalisation sur les ETI est discutable. Le dispositif ETIncelles vise à faciliter la croissance des PME sélectionnées pour les aider à devenir des ETI. Certes, la faiblesse du nombre d’ETI en France est clairement établie, tout comme le rôle économique positif qu’elles peuvent jouer. Cependant, si la France compte moins d’ETI que ses voisins, cela a peut-être trait à des caractéristiques profondes du pays. En effet, les ETI sont plus disséminées sur le territoire que les grands groupes, très centralisés sur Paris. Ainsi, le faible nombre d’ETI en France pourrait s’expliquer par le centralisme parisien, et le nombre élevé d’ETI en Allemagne ou en Italie pourrait être lié à leur organisation plus fédérale. Ainsi, il semble préférable de favoriser la croissance de l’ensemble des entreprises, quelle que soit leur taille. La répartition du nombre d’entreprises par taille qui en résultera dépendra des décisions des chefs d’entreprises, qui sont plus à même que l’administration parisienne de savoir à quel rythme il est pertinent de faire croître chaque entreprise.
1 https://www.institutmontaigne.org/expressions/pme-eti-comment-expliquer-le-retard-francais-interview-croisee-de-bertrand-joab-cornu-et-arnau
2 https://www.lesechos.fr/economie-france/social/bercy-relance-le-chantier-de-la-simplification-des-normespour-les-entreprises-2029275


