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PARIS : Asterès revient sur les conséquences de la failli…

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Gilles Carvoyeur
8 Mar 2024

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PARIS : Asterès revient sur les conséquences de la faillite de Silicon Valey Bank

Lorsqu’une banque fait faillite le reste du monde retient son souffle et pourtant lorsque SVB est tombée, « l’effet domino » est resté faible.

Tout le monde se souvient encore des images des traders, licenciés, sortant des bureaux avec leurs cartons au moment de la crise de 2008. En mars 2023, lorsque SVB a annoncé sa faillite, les marchés se sont emballés mais finalement le retour au calme s’est fait rapidement sans grosses pertes. Les contrôles omniprésents, les Etats prêts à tout pour échapper à une nouvelle crise sécurisent davantage les marchés financiers depuis la crise de 2008.

SVB : Une faillite sans « effet domino »

La Silicon Valley Bank, SVB, grâce à sa spécialisation, n’a pas entrainé les marchés financiers mondiaux dans sa chute. SVB était une banque spécialisée dans le financement des entreprises dans le secteur numérique. Sa faillite est notamment due aux profils ses clients. 95% des clients de SVB cumulaient plus de 250 000 euros dans leur portefeuille. Les taux ayant fortement augmenté entre 2022 et 2023, de nombreux clients « très riches » ont dû retirer de l’argent afin de continuer à financer leurs activités. La grande majorité des clients évoluaient dans le même secteur. C’est donc une crise de liquidité qui a touché SVB. Plus les clients retiraient leur argent plus la banque manquait de liquidité. Jusqu’à parvenir à un seuil critique où le manque de liquidité devient problématique. De plus, SVB détenait principalement, à son actif, des obligations dont la valeur a diminué1 avec la hausse des taux.
La banque a donc été prise dans un mouvement de ciseaux : une baisse de la valeur de son actif (baisse du prix des obligations) et une fuite de son passif (les dépôts des clients). La situation de SVB est donc sensiblement différente de celle de la plupart des banques, dont l’activité principale est de distribuer des crédits. Cela permet d’expliquer pour partie pourquoi la crise ne s’est pas étendue à d’autres banques, dont le modèle d’affaire était plus résilient.
La faillite de SVB a été éteinte avant même que les marchés n’aient eu le temps de brûler. Les régulateurs ont rapidement pris les mesures nécessaires afin d’aucun des déposants ne perdent d’argent, en garantissant le retrait de l’intégralité des dépôts de SVB2.
Les marchés financiers ont accusé le coup les premiers jours mais ils ont rapidement retrouvé leurs niveaux d’« avant-faillite ». Que ce soit le CAC 40 ou le Dow Jones, deux semaines après la faillite de SVB, le cours des actions repartait à la hausse.

Les apprentissages de la crise de 2008 ont aidé à éviter de nouvelles crises

La loi Dodd-Franck, la réforme Bâle IV sont des règles votées après la crise de 2008, qui sécurisent les marchés financiers. Ces lois, signées en 2010, instaurent de nouvelles règles du jeu en matière de marchés financiers. Les banques sont désormais scrutées de près, que ce soient leurs bilans, leurs activités commerciales, leurs activités bancaires, leurs niveaux de fonds propres… Dès lors qu’une banque déroge à une de ces règles, les autorités sont là pour tirer la sonnette d’alarme. Ces règles sont plus là pour éviter une nouvelle crise que pour contraindre les banques dans leurs activités. Dans un monde bancaire et financier
complètement intégré et interconnecté, les risques de chutes en chaine sont toujours présents d’où une grande vigilance des régulateurs.
Les Etats près à tout pour éviter une nouvelle crise. Quel que soit le pays dans le monde, tous se souviennent des conséquences de la crise bancaire, financière et économique de 2008.
A l’époque, les Etats n’ont pas réagi à temps pour sauver les banques (notamment Lehman Brothers) et stopper la crise qui s’en est suivie. Cependant avec toutes les règles et les surveillances mises en place depuis 2010, les Etats sont en alerte dès qu’une grosse banque montre des signes de faiblesse. Cela a été le cas avec SVB puisqu’aucun dépositaire n’a perdu d’argent et qu’aucune crise ne s’est finalement propagée.
De nouvelles réformes pour des marchés plus transparents et sécurisés. En juin 2023, les taux Ibro (Libor, EuriBor,…) ont cessé d’exister. Ces taux par lesquels passaient les banques pour se financer entre elles, étaient calculés selon une prédiction future du marché. Or en 2014, le conseil de stabilité financière (CSF), indiquait dans un rapport que la fixation du taux était trop spéculative et manipulable. Le CSF conseillait de remplacer ces taux de référence par des taux sans risque, qui sont calculés sur des données passées et donc concrètes. Le CSF et les différentes banques centrales continuent de surveiller les marchés financiers et au besoin de réformer les pratiques pour rendre le marché plus sûr et plus transparent.

Les incertitudes politiques menacent l’équilibre bancaire

Lors de son premier mandat, Trump avait assoupli les règles mises en place après la crise de 2008-2009. Alors que les obligations réglementaires et prudentielles démarraient dès qu’un établissement de crédit dépassait les 50 milliards d’actifs, Trump a fait augmenter le seuil à 250 milliards. Ce qui a permis notamment à SVB mais aussi Signature Bank de passer entre les mailles du filet. Si un retour de Trump à la présidence des Etats-Unis devait avoir lieu en janvier prochain, il ne me manquerait pas de rester sur ces positions d’allègement des règles.

Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.

1 Le prix d’une obligation évolue inversement aux taux d’intérêt. En effet, la valeur d’une obligation correspond à la somme de ses rendements futurs actualisés. Quand les taux augmentent, le taux d’actualisation
(au dénominateur) augmente mécaniquement, ce qui diminue le prix de l’obligation.
2 https://www.lecho.be/entreprises/banques/faillite-de-svb-le-retrait-de-l-integralite-des-depots-est-garantipar-les-autorites/10453357.html