PARIS : Asterès analyse le creusement du déficit commercial…
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PARIS : Asterès analyse le creusement du déficit commercial en avril
Asterès analyse le creusement du déficit commercial en avril, qui ne doit pas faire oublier que le solde courant (l’indicateur le plus important d’un point de vue macro-économique) est excédentaire sur les 12 derniers mois.
D’après la publication Banque de France du 6 juin 2025.
Dégradation des comptes externes en avril
Le solde commercial et courant de la France se sont nettement dégradés en avril d’après la Banque de France, mais le compte courant reste excédentaire sur les douze derniers mois. Structurellement, le compte courant français présente un
solde nettement plus favorable que le solde commercial.
La dégradation du solde commercial français en avril est une mauvaise nouvelle, car c’est avant tout le poste hors énergie qui a accentué son déficit. Le compte courant est également devenu déficitaire en avril, mais présente un solde
excédentaire sur les douze derniers mois.
En mars 2025, le solde commercial des biens hors énergie était excédentaire de 500 millions d’euros (données Banque de France) mais il a plongé en déficit en avril (-4,9 milliards d’euros). Ainsi, la dégradation du solde commercial
français en avril ne s’explique pas par une hausse du prix de l’énergie importée (qui a d’ailleurs plutôt baissé) mais par une dégradation du solde des biens manufacturés, ce qui indique une évolution négative concernant la compétitivité
de l’industrie française. En conséquence, le solde courant, qui était excédentaire de 1 milliard d’euros en mars est devenu déficitaire en avril (-4,1 milliards d’euros).
Sur les douze derniers mois, le solde courant français est cependant excédentaire de 4 milliards d’euros. Cela indique que le pays présente une capacité de financement externe et que le déficit structurel sur le commerce des biens est compensé par un excédent des flux de services et de revenus.
Les comptes externes de la France ne suscitent pas d’inquiétude particulière. En 2024, le compte courant français était légèrement excédentaire, signifiant que le pays possède une capacité de financement externe. La focalisation sur le seul
solde commercial (le point faible du pays) masque les points forts (les excédents structurels du solde des services et des revenus).
D’un point de vue macro-économique, l’indicateur le plus intéressant est le solde du compte courant (somme des échanges de biens, de services et des flux de revenus), qui permet de savoir si un pays possède un besoin ou une capacité de financement externe. Schématiquement, le compte courant est pour un pays ce que serait pour un ménage la balance de ses revenus et de ses dépenses. Le risque, quand un pays présente un solde courant structurellement déficitaire, est d’accumuler une dette externe et que, soudainement, les autres pays refusent de continuer à financer ce déficit. Il en résulte alors une chute de la valeur de la monnaie et une hausse des taux d’intérêt qui font plonger la consommation et l’investissement, générant une récession. C’est typiquement le type de crise qu’ont connu de nombreux pays émergents (Mexique en 1994, Asie du Sud-est en 1997), et que risquent de connaître les États-Unis si Donald Trump continue de saper la crédibilité du pays. La France ne risque pas ce type de crise. Le solde courant français a été très légèrement déficitaire ces dernières années, mais parfois été en excédent, comme en 2024 (+12,7 milliards d’euros, soit environ 0,4 % du PIB). Autrement dit, la France a dégagé une capacité de financement externe l’an dernier, ce qui avait également été le cas en 2021.
La focalisation sur le seul solde commercial offre une version tronquée des comptes externes du pays. La France est structurellement déficitaire sur le commerce de biens (quoique les données de la Banque de France fassent apparaître
un déficit moins élevé que celui des douanes, voir encadré), du fait de sa dépendance aux importations d’hydrocarbures et à la faiblesse de son industrie. Mais le développement des exportations de services et les flux de revenus depuis
l’étranger (rapatriements de profits, revenus des travailleurs frontaliers par exemple) contrebalancent le déficit sur le commerce de biens.
Deux sources concernant le commerce extérieur : les Douanes et la Banque de France
Il existe deux sources concernant le commerce extérieur français. Celle des Douanes ne correspond qu’aux échanges de biens, comptabilisés lorsqu’ils passent la frontière. Celle de la Banque de France comprend à la fois les biens et les services et considère le consommateur final plutôt que le franchissement des frontières. Par exemple, un touriste étranger en France qui achète un bien chinois est une importation française pour les Douanes (franchissement de la frontière) mais pas
pour la Banque de France (ce n’est pas un résident français qui achète le bien).
Chaque donnée présente des forces et des faiblesses :
– Les données des Douanes, très détaillées, sont utiles pour observer les variations des échanges pour chaque pays ou par type de produits.
– Les données de la Banque de France sont en revanche plus pertinentes pour obtenir une vision globale du solde extérieur de la France. Elles renseignent également sur l’ensemble de la balance des paiements et donc sur le besoin ou la capacité de financement externe du pays.
Asterès est un cabinet d’études économiques et de conseil.
Nous proposons aux entreprises et au secteur public des outils de réflexion pour orienter l’action. Notre mission est de mettre l’expertise économique au service du développement de nos clients. Ainsi, nous donnons à l’analyse économique son rôle opérationnel.
Sylvain BERSINGER, chef économiste.


