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PARIS : Asterès analyse la menace américaine de droits de d…

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PARIS : Asterès analyse la menace américaine de droits de douane

Dans la présente note, Asterès analyse la menace américaine de droits de douane sur les boissons alcoolisées européennes et le cercle vicieux qu’elle représente dans la guerre commerciale en cours.

La menace de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 200 % sur les boissons alcoolisées européennes1 est particulièrement inquiétante pour la France, et indique que nous sommes entrés dans la spirale de guerre commerciale. Cette menace, si elle était mise à exécution, viserait particulièrement la France qui représente environ la moitié des exportations européennes de boissons alcoolisées vers les États-Unis. Environ 10 % de la production française de boissons alcoolisées française est vendue aux États-Unis d’après les estimations d’Asterès, ce qui représente un risque élevé pour l’ensemble de la filière. La menace de Donald Trump indique également que nous sommes entrés dans l’engrenage néfaste de la guerre commerciale, ou un droit de douane répond à un autre. Ne pas répondre aux droits de douane américains par des droits de douane européens n’aurait pas été un signe de faiblesse mais de sang-froid, puisque ces derniers nuisent autant au pays qui les instaure qu’au pays visé.

Droits de douane sur les boissons alcoolisées : Une menace avant tout pour la France

La menace de Donald Trump d’instaurer des droits de douane de 200 % sur les boissons alcoolisées européennes vise avant tout la France. En 2024, les États-Unis ont importé pour 10,7 milliards de dollars de boissons alcoolisées depuis l’Union européenne, dont 4,8 milliards de dollars, soit près de la moitié, provenaient de France2.

 

Secteur des vins et spiritueux français : Un potentiel coup dur

Les États-Unis représentent environ un quart des exportations françaises de boissons alcoolisées.
En 2024, la France a exporté pour 19,0 milliards de dollars de boissons alcoolisées, dont 4,8 milliards de dollars à destination des États-Unis3. Si l’on considère qu’environ 40 % de la production de boissons alcoolisées françaises sont exportées4, alors environ 10 % de la production totale de boissons alcoolisées française est destinée au marché américain5. Étant donné que l’industrie des boissons alcoolisées en France emploie directement un peu plus de 40 000 personnes ETP6, plus 129 000 emplois ETP de vignerons7, soit environ 170 000 emplois au total (sans compter les emplois indirects liés à la filière), alors environ 17 000 emplois sont directement menacés par les droits de douane américains.
Il est très difficile d’estimer quelle sera la baisse totale d’exportations si les droits de douane américains de 200 % entraient en vigueur sur les boissons alcoolisées européennes. Nous n’avons pas connaissance de droits de douane aussi élevés imposés brutalement à l’ensemble d’un secteur.
L’exemple de la Chine, qui a récemment augmenté les droits de douane sur le cognac de 30 % à 39 % selon les marques8, laisse penser que l’impact des droits de douane peut être violent au vu de la baisse de 30 % des exportations de cognac français vers ce pays entre 2023 et 20249, alors même que les droits de douane n’ont été imposés qu’en fin d’année dernière. Tenter une estimation d’un droit de douane de 200 % sur le volume de ventes à partir de l’impact des fluctuations du taux de change (une appréciation du dollar renchérit les produits européens aux États-Unis) n’est pas envisageable car les variations du taux de change euro/dollar n’ont jamais été aussi brutales. De plus, les vins et spiritueux français exportés aux États-Unis sont généralement des produits haut de gamme, pour lesquels une variation du prix est moins pénalisante, ce qui rend le secteur difficilement comparable avec les réactions moyennes des consommateurs aux variations de prix. Enfin, si les boissons alcoolisées françaises se vendent moins aux États-Unis, il faudrait pouvoir estimer dans quelle mesure les producteurs pourraient les écouler sur
d’autres marchés.

 Guerre commerciale : l’engrenage est lancé

La hausse des droits de douane entre l’Europe et les États-Unis est typique des engrenages déclenchés par les guerres commerciales. La menace de droits de douane américains sur les boissons
alcoolisées européennes fait suite à l’annonce de droits de douane européens qui répondent aux droits de douane américains sur l’aluminium et l’acier. Cet enchaînement est typique des guerres commerciales.
C’est pourquoi, depuis la Seconde Guerre mondiale, des institutions telles que l’OMC ont été créées afin d’éviter ce type d’embrasement qui avait été mortifère dans les années 1930.
D’un point de vue strictement économique, la meilleure réaction serait de ne pas réagir aux droits de douane américains. Politiquement et stratégiquement, il est tentant de répondre à un droit de douane par un droit de douane réciproque. Cela permet aux responsables politiques de montrer qu’ils cherchent à défendre leur économie et peut laisser espérer faire reculer la partie adverse. Cependant, sauf exception, l’instauration de droits de douane nuit autant au pays qui les met en place qu’à ses partenaires commerciaux. Instaurer des droits de douane sur les produits américains sous prétexte que ces derniers en ont imposé sur les produits européens revient à rajouter un problème sur un problème. Rappelons que les droits de douane n’ont pas d’impact notable sur la balance commerciale globale, puisqu’ils tendent à apprécier la valeur de la monnaie du pays qui les met en place10. Ne pas répondre aux droits de douane américains ne serait pas nécessairement un signe de faiblesse de la part des Européens, mais de sang-froid, et éviterait de se retrouver engagé dans une spirale haussière de droits de douane réciproques. Que Donald
Trump ait attaqué le premier ne change pas le raisonnement, car répondre à une erreur de politique économique par une autre erreur ne peut qu’affaiblir un peu plus l’économie européenne.

Sylvain BERSINGER, chef économiste chez Asterès.

1 https://www.lemonde.fr/international/article/2025/03/13/donald-trump-menace-la-france-et-l-ue-d-imposerdes-droits-de-douane-a-200-sur-les-vins-et-champagnes_6580310_3210.html

2 Source ITC pour la somme des codes produits 2203 à 2208

3 Source ITC pour la somme des codes produits 2203 à 2208

4 Estimation Asterès d’après Esane pour les codes NAF 1101 à 1105

5 25 % de 40 %

6 Esane pour les codes NAF 1101 à 1105

7 https://agriculture.gouv.fr/infographie-la-viticulture-francaise

8 https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/la-chine-impose-des-droits-de-douane-sur-le-cognac-enrepresailles-aux-taxes-europeennes-sur-ses-vehicules-electriques/

9 Estimation pour le cognac à partir de « 2208 – Undenatured ethyl alcohol of an alcoholic strength of < 80%; spirits, liqueurs and other spirituous », source ITC

10 https://www.piie.com/blogs/realtime-economics/2025/why-higher-tariffs-wont-shrink-trade-deficit