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PARIS : Arrêts de travail – Le gouvernement dévoile un plan choc face à l’explosion des coûts

Face à une hausse de 10 % des arrêts maladie depuis 2019 et un coût de 17,9 milliards d’euros, le gouvernement lance un plan d’action global.

Le ministère du Travail et des Solidarités a dévoilé ce jeudi une stratégie d’envergure pour maîtriser la hausse exponentielle des arrêts de travail en France, une dynamique jugée « insoutenable » tant pour les finances publiques que pour les entreprises. S’appuyant sur un dossier de presse détaillé, le gouvernement entend mobiliser l’ensemble des acteurs autour d’un triple objectif : améliorer la prévention, mieux accompagner les salariés et renforcer drastiquement la lutte contre les abus.

Un constat alarmant : des chiffres en forte hausse

Les données présentées par le gouvernement dressent un tableau préoccupant. Entre 2019 et 2024, le nombre d’arrêts de travail indemnisés a bondi de 10 % pour atteindre 9,1 millions. Cette inflation se traduit par un coût colossal pour la collectivité : les dépenses d’indemnités journalières ont atteint 17,9 milliards d’euros en 2025, soit une augmentation de 7 milliards depuis 2016. La crise sanitaire a accéléré cette tendance, avec une progression moyenne de près de 7 % par an entre 2021 et 2025.

Au-delà de l’impact sur les comptes de la Sécurité sociale, l’absentéisme pèse lourdement sur les entreprises, qui doivent assumer les compléments de salaire et les coûts de désorganisation (perte de productivité, remplacements, retards). Ces coûts directs et indirects sont estimés à près de 100 milliards d’euros par an. Le rapport souligne également un allongement de la durée des arrêts, notamment ceux de plus de trois mois, qui ont augmenté de 400 000 entre 2015 et 2024. Si des facteurs économiques et démographiques expliquent 60 % de cette hausse, 40 % restent liés à une augmentation du recours aux arrêts à tous les âges.

Une stratégie gouvernementale en trois axes

Face à cette situation, le plan gouvernemental s’articule autour de trois axes complémentaires. Le premier vise à renforcer la prévention, en particulier sur la santé au travail, la qualité de vie et la réduction des risques professionnels, afin de diminuer le nombre d’arrêts évitables. L’accent est mis sur une meilleure culture de la prévention au sein des entreprises, notamment les TPE-PME.

Le deuxième axe se concentre sur un meilleur accompagnement des assurés pour favoriser leur maintien dans l’emploi. Il s’agit de garantir un suivi médical plus régulier, de renforcer les parcours de santé et de faciliter le retour à l’activité pour prévenir la désinsertion professionnelle. Une meilleure coopération entre médecins traitants, médecins-conseils de l’Assurance maladie et médecins du travail est également encouragée.

Enfin, le troisième axe est celui du renforcement des contrôles et de la lutte contre les abus. Il prévoit de sécuriser les prescriptions, de sanctionner les comportements de « nomadisme médical » (consultation de multiples médecins pour obtenir des arrêts), d’intensifier les contrôles et de développer de nouveaux outils de régulation.

Des mesures concrètes pour renforcer les contrôles

Plusieurs mesures sont déjà entrées en vigueur depuis 2024, comme l’encadrement strict des arrêts prescrits en téléconsultation, désormais limités à trois jours sauf exception. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 vient durcir le dispositif. Dès le 1er septembre 2026, la durée des prescriptions sera limitée à un mois pour un premier arrêt et à deux mois pour une prolongation, sauf exceptions justifiées. Les médecins devront par ailleurs obligatoirement renseigner le motif de l’arrêt.

En 2026, l’Assurance maladie intensifiera ses actions avec près de 740 000 contrôles prévus auprès des assurés. Un service innovant, « SOS IJ », destiné à conseiller les médecins sur des situations complexes, sera généralisé sur tout le territoire à partir de juin 2026, après une phase d’expérimentation concluante.

Vers une mobilisation collective des acteurs

Le gouvernement insiste sur la nécessité d’une « mobilisation collective ». Un appel est lancé à toutes les parties prenantes, et le sujet sera au cœur des discussions avec les partenaires sociaux en mai. Pour aider les entreprises, un kit d’auto-diagnostic et de ressources sera mis en ligne dès le 10 avril sur le site travail-emploi.gouv.fr.

La lutte contre les abus est une priorité affichée. Le phénomène de nomadisme médical est particulièrement ciblé : en 2024, plus de 13 000 assurés ont obtenu des arrêts de travail de la part d’au moins cinq médecins généralistes différents. Un décret, prévu pour l’automne, visera à identifier et sanctionner ces comportements. L’objectif final est de retrouver la maîtrise des dépenses pour préserver la pérennité du système de protection sociale français.