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PARIS : Arnaud LERY : « La mobilité des alternants doit s’adapter à leur réalité économique »

Face aux freins administratifs et financiers, des experts appellent à réinventer la mobilité internationale des alternants avec des formats plus souples.

Alors que les dispositifs comme Erasmus+ ont ouvert la voie, la mobilité internationale des apprentis en France reste un parcours semé d’embûches. Entre la complexité administrative, les contraintes financières et des formats souvent rigides, de nombreux jeunes renoncent à une expérience à l’étranger pourtant décisive pour leur employabilité. Pour Arnaud Lery, CEO d’AMI Panorama, société spécialisée dans l’organisation de ces immersions professionnelles, le système français doit opérer une profonde mutation pour transformer ces obstacles en atouts stratégiques.

Un potentiel freiné par la complexité

Le constat est sans appel : malgré une volonté politique affichée, partir à l’étranger durant son alternance relève souvent du parcours du combattant. « Entre les conventions, les financements et la lourdeur administrative, beaucoup abandonnent avant même d’essayer », analyse Arnaud Lery. L’enjeu principal, selon lui, est de simplifier drastiquement les démarches pour les Centres de Formation d’Apprentis (CFA) et les entreprises, qui sont en première ligne pour accompagner les jeunes. Cette complexité décourage les structures les plus petites et prive de nombreux alternants d’une opportunité qui pourrait changer leur trajectoire.

Des formats inadaptés aux nouvelles attentes

Le cœur du problème réside dans une vision de la mobilité calquée sur le modèle universitaire classique. « Si l’on veut vraiment démocratiser l’international, il faut arrêter de ne penser qu’en semestres complets à l’étranger », insiste le dirigeant. La réalité d’un alternant, partagée entre formation théorique et présence en entreprise, impose des rythmes et des contraintes économiques spécifiques. « Les alternants veulent cette ouverture, mais dans des formats adaptés à leur réalité économique et aux rythmes de l’entreprise », poursuit-il. Une immersion plus courte, de quelques semaines par exemple, peut s’avérer tout aussi bénéfique. « Une expérience courte mais bien pensée peut suffire à transformer l’autonomie et la confiance d’un jeune pro », assure Arnaud Lery. Cette vision rejoint une tendance de fond : les étudiants recherchent aujourd’hui avant tout des expériences concrètes, un réseau professionnel solide et une agilité face à un marché du travail incertain, parfois au détriment du prestige purement académique.

Une compétence cruciale dans les secteurs en tension

Loin d’être un simple bonus sur un CV, l’ouverture multiculturelle est devenue une compétence essentielle, voire « une compétence de survie » selon Arnaud Lery, dans des secteurs clés pour l’économie française. Malgré un léger tassement des aides publiques, l’alternance demeure un pilier de recrutement avec plus d’un million de contrats actifs fin 2025, d’après la DARES.

La transformation numérique, la transition écologique et les besoins du secteur de la santé créent une demande massive de profils qualifiés. Le numérique, par exemple, affiche près de 480 000 postes à pourvoir, tandis que le BTP recherche 150 000 ouvriers qualifiés pour répondre notamment aux chantiers de la rénovation énergétique. Le secteur de la santé et du médico-social, quant à lui, devra recruter 300 000 personnes d’ici 2030 pour faire face au vieillissement de la population. Dans ces métiers où les compétences techniques doivent s’allier à une grande capacité d’adaptation, une expérience à l’international constitue un différenciant majeur pour les recruteurs. Pour la rentrée de septembre, l’enjeu est donc de taille : faire de la mobilité un véritable levier d’employabilité accessible à tous les apprentis.