PARIS : Arnaud DUCAP : « Pour utiliser de l’IA, il faut de…
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PARIS : Arnaud DUCAP : « Pour utiliser de l’IA, il faut de l’intelligence humaine »
La CNCC a réuni la profession pour débattre de l’IA dans l’audit, un outil puissant qui doit rester sous supervision humaine et réglementaire.
L’intelligence artificielle s’impose comme une révolution incontournable pour les métiers du chiffre. Conscient des opportunités et des défis, la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) a organisé, le 9 mars dernier à Station F (Paris), la 5ème édition de sa Journée Confiance Numérique. Devant près de 250 professionnels, cet événement a exploré le thème « L’IA dans votre quotidien d’audit : une opportunité pour tous », dessinant les contours d’une adoption maîtrisée et responsable de cette technologie.
Une appropriation responsable et encadrée
En ouverture de la journée, Philippe Vincent, Président de la CNCC, a souligné la stratégie proactive de l’institution pour accompagner la transformation numérique de la profession. L’objectif est clair : intégrer l’IA tout en garantissant la fiabilité, la traçabilité et la sécurité des missions d’audit. Pour ce faire, la CNCC déploie plusieurs initiatives concrètes à destination des cabinets, telles que la publication de fiches pratiques sur les usages de l’IA, l’élaboration d’une charte déontologique et l’enrichissement de sa base documentaire professionnelle, SidoniAssist, avec des fonctionnalités d’IA générative. Une réflexion transversale est également menée avec d’autres professions réglementées du droit et du chiffre, qui aboutira à la publication d’un livre blanc commun.
L’IA, un « coéquipier » au service de l’auditeur
Loin de l’image d’un remplacement de l’humain, l’IA est envisagée comme un puissant levier d’augmentation des capacités de l’auditeur. Nathalie Malicet et Arnaud Ducap, présidents des commissions dédiées à l’innovation et à la transformation numérique, ont rappelé que si certaines études estiment que 94 % des tâches d’audit pourraient théoriquement être confiées à l’IA, la réalité opérationnelle est plus nuancée : seul un tiers serait aujourd’hui réellement automatisable. L’intelligence humaine reste donc au cœur du processus. « Pour utiliser de l’IA, il faut de l’intelligence humaine », a insisté Arnaud Ducap, Président de la Commission Transformation numérique et IA au service de la profession. Cette vision est corroborée par l’expérience internationale, notamment les retours du congrès Digital CPA aux États-Unis, qui décrivent l’IA générative comme un « coéquipier » et un accélérateur de processus, mais jamais un substitut au jugement professionnel.
Un déploiement conditionné au respect réglementaire
L’adoption de l’IA ne peut se faire sans un cadre juridique robuste. Une table ronde a permis de détailler les implications de l’AI Act européen, adopté en 2024, qui instaure une régulation progressive des systèmes d’IA selon leur niveau de risque. Pour les cabinets, plusieurs recommandations ont été formulées : la formation des collaborateurs aux mécanismes et aux dangers de l’IA, la définition d’une gouvernance claire des cas d’usage, la préservation absolue de la confidentialité des données clients et l’anonymisation systématique des informations sensibles avant tout traitement par une IA publique. Les intervenantes ont également insisté sur la nécessité de fournir des solutions internes sécurisées pour éviter que les collaborateurs ne se tournent vers des outils grand public, moins fiables en matière de confidentialité.
HackAUDIT : les étudiants imaginent l’audit de demain
Moment fort de la journée, la finale de la 6ème édition du concours HackAUDIT a mis en lumière la créativité de la nouvelle génération. Avec une participation record de 250 étudiants issus de 22 campus, le concours a récompensé des projets innovants sur le thème des agents IA. Parmi les finalistes, des solutions d’analyse documentaire (SOF’IA), de gestion des missions RSE (Commissaire IA) ou d’anonymisation des données (IAnonymous) ont été présentées.
Le jury a finalement décerné le premier prix au projet AI Control, porté par Khady BA, étudiante à Epitech. Il s’agit d’un assistant conversationnel sécurisé, déployé en environnement privé, qui guide l’auditeur dans sa phase de prise de connaissance du contrôle interne d’une entité. L’outil structure le questionnement, détecte des incohérences et génère une synthèse traçable, la validation finale restant toujours entre les mains de l’auditeur, illustrant parfaitement la vision d’une IA au service de l’humain.