PARIS : Alessandro FIORENTINO : « L’avenir nous dira…
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PARIS : Alessandro FIORENTINO : « L’avenir nous dira s’il s’agit d’une lettre d’intention ou si elle sera suivie des faits »
Bercy entend centraliser les achats numériques de l’État pour plus de souveraineté, mais un expert exprime des doutes sur son application.
Le gouvernement français a décidé de siffler la fin du « grand désordre » qui caractérisait jusqu’à présent les achats numériques de l’État. Face à une dépendance croissante envers les géants technologiques étrangers, notamment les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), et un éparpillement des dépenses publiques, le ministère de l’Économie et des Finances a dévoilé une nouvelle stratégie visant à centraliser et rationaliser ces acquisitions. L’objectif affiché est clair : regagner en autonomie stratégique et maîtriser les coûts.
Cette volonté de reprise en main, bien que saluée sur le principe, soulève néanmoins des questions quant à sa mise en œuvre concrète et à la hiérarchie de ses priorités. Pour les acteurs du secteur, le succès de cette initiative dépendra de la capacité de l’administration à transformer l’ambition politique en actions tangibles et pérennes.
Une ambition saluée avec prudence
Alessandro Fiorentino, Product Owner chez Adequacy, une société française spécialisée dans la protection des données et la conformité, offre un éclairage nuancé sur cette nouvelle doctrine. S’il reconnaît le potentiel d’une telle démarche, il pointe du doigt plusieurs faiblesses et défis qui pourraient en compromettre l’efficacité. Il insiste sur le fait que la véritable bataille ne se jouera pas sur les annonces, mais sur le terrain.
« Hormis le fait que la souveraineté arrive en dernière position de l’ordre d’importance… Cette circulaire, si elle est respectée, pourrait effectivement être très intéressante pour l’autonomie stratégique de la France. Néanmoins, l’avenir nous dira s’il s’agit d’une lettre d’intention ou si elle sera suivie des faits. Il pourrait également être pertinent d’élargir son champ d’application sur les marchés publics de l’ensemble des organismes publics français », analyse Alessandro Fiorentino.
De la parole aux actes : le défi de la mise en œuvre
L’analyse de l’expert met en lumière trois points cruciaux. Premièrement, le classement de la souveraineté en dernière position des priorités de la circulaire envoie un signal contradictoire, alors même que l’enjeu de l’indépendance numérique est au cœur des préoccupations. Pour de nombreux observateurs, la souveraineté ne devrait pas être une simple variable d’ajustement, mais le pilier fondamental de toute stratégie numérique étatique.
Deuxièmement, le scepticisme est de mise quant à la traduction effective de cette circulaire en actes concrets. L’histoire des politiques publiques est jalonnée de « lettres d’intention » ambitieuses restées sans lendemain. Le véritable test sera la capacité des services de l’État à appliquer rigoureusement les nouvelles directives, à résister aux lobbys et à modifier en profondeur des habitudes d’achat bien ancrées.
Enfin, la suggestion d’étendre le périmètre de la circulaire à l’ensemble des marchés publics français (collectivités locales, hôpitaux, établissements publics) est perçue comme une condition essentielle pour un impact maximal. Une telle extension permettrait de créer un véritable effet de levier en faveur des solutions nationales et européennes, stimulant l’écosystème technologique local tout en renforçant la cohérence de l’action publique sur l’ensemble du territoire. La balle est désormais dans le camp de l’exécutif pour prouver que ce changement de cap est bien plus qu’une simple déclaration d’intention.
via Press Agence.


