PARIS : Agriculture – Terre de Liens dénonce la spéci…
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PARIS : Agriculture – Terre de Liens dénonce la spécialisation industrielle des territoires
Dans un rapport publié ce mardi, Terre de Liens révèle l’emprise de l’agriculture industrielle sur les territoires et appelle les maires à agir.
À l’approche du Salon de l’agriculture et des élections municipales de mars prochain, l’association Terre de Liens (https://www.terredeliens.org/) jette un pavé dans la mare avec son nouveau rapport intitulé « Agriculture et alimentation : une faim de démocratie ». L’étude dresse un constat alarmant : la spécialisation à outrance des régions françaises menace directement la souveraineté alimentaire locale.
Des territoires à usage unique.
Le document met en lumière une accélération brutale de la concentration des terres. En seulement trois ans, 40 000 fermes ont disparu, absorbées par des structures toujours plus grandes. Aujourd’hui, 70 % des exploitations sont considérées comme intensives et tournées vers les filières longues. Cette mutation dessine une carte de France hyper-spécialisée : grandes cultures dans le Bassin parisien, élevage porcin et laitier dans l’Ouest, bovins dans le Massif central.
Cette organisation crée un paradoxe souligné par le rapport : des départements deviennent des « cornes d’abondance » pour une seule denrée tout en étant des déserts alimentaires pour le reste. L’exemple de la Mayenne est frappant : le département produit deux fois plus de lait que nécessaire pour sa population, mais manque cruellement de fruits et légumes. Cette logique industrielle condamne les habitants à un environnement saturé de pesticides, un quart de la population vivant dans une commune où les traitements ont augmenté ces cinq dernières années.
Le mirage du « local industriel ».
L’association pointe également du doigt la récupération du concept de circuit court par l’agro-industrie. Les Projets Alimentaires Territoriaux (PAT), censés relocaliser l’alimentation, seraient souvent dévoyés. Le rapport cite l’exemple de la politique « Breizh Alim’ » en Bretagne, accusée de favoriser l’approvisionnement des cantines en porc industriel sous couvert de label régional, au détriment des producteurs bio locaux.
Ce verrouillage institutionnel est vécu difficilement sur le terrain, comme l’explique un agriculteur biologique breton dont le témoignage corrobore l’analyse du rapport :
« On s’est retrouvé écarté du projet d’approvisionnement des lycées avec le conseil régional, mais aussi sur plein d’autres collectivités qu’on accompagnait depuis longtemps. (…) On se retrouve en concurrence avec le local qui ne remet pas du tout en question les systèmes agricoles bretons ».
Pour Coline Sovran, chargée de plaidoyer chez Terre de Liens, la conclusion est claire : « Le « local » sans changement des pratiques est un local hard discount. Il donne bonne conscience aux industriels, sans améliorer ni la santé, ni l’environnement, ni le revenu agricole ».
Les maires en première ligne.
Face à ce constat, Terre de Liens rappelle que la fatalité n’est pas de mise et s’adresse directement aux futurs candidats des élections municipales de mars 2026. Les élus locaux disposent de leviers puissants pour inverser la tendance, comme le prouvent plusieurs initiatives recensées par la plateforme Territoires Fertiles (https://territoiresfertiles.fr/).
À Wingles (Pas-de-Calais), la collectivité a par exemple acquis des terres pour les mettre à disposition d’agriculteurs bio afin de protéger la ressource en eau de l’agglomération de Lens-Liévin. À Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire), une ferme bio municipale approvisionne désormais la cuisine centrale qui prépare 1 000 repas par jour. Enfin, la communauté de communes d’Audruicq (Pas-de-Calais) a mis en place un système de prix différenciés pour rendre les paniers bio accessibles à tous.
Le rapport invite donc les citoyens et les élus à se saisir de ces enjeux pour transformer la « faim de démocratie » en véritable politique alimentaire locale.