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PARIS : Accueil du public en gendarmerie, la réalité des po…

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PARIS : Accueil du public en gendarmerie, la réalité des portes closes

Alors que la proximité est une priorité affichée, un rapport de la Cour des comptes pointe le paradoxe de brigades souvent fermées et appelle à une révolution de l’accueil.

C’est une expérience que de nombreux habitants de nos territoires ruraux et périurbains ont déjà vécue : se présenter devant la grille bleue de la gendarmerie locale pour déposer une plainte ou demander un renseignement, et trouver porte close. L’interphone renvoie alors vers le chef-lieu, parfois situé à plusieurs dizaines de kilomètres. Ce sentiment d’éloignement du service public vient d’être objectivé par un rapport au vitriol de la Cour des comptes, publié en février 2026. Sous la direction de Damien Cazé, président de la quatrième chambre, les magistrats financiers dressent un constat sans appel sur la disponibilité réelle des forces de l’ordre au guichet : le modèle traditionnel de la brigade ouverte 24 heures sur 24 a vécu.

Des horaires d’ouverture réduits à la portion congrue.

Les chiffres dévoilés par Damien Cazé et ses équipes ont de quoi surprendre le citoyen contribuable. Sur les quelque 2 920 brigades que compte la France métropolitaine, près de 20 % affichent une ouverture au public inférieure à 10 heures par semaine, soit à peine deux heures par jour. Plus inquiétant pour l’ancrage territorial : environ 250 brigades ne sont tout simplement jamais ouvertes au public, ni en semaine ni le week-end. Ces unités, souvent des petites brigades de proximité intégrées dans des communautés de brigades (COB), ne servent plus que de point d’appui logistique ou de bureaux fermés pour les militaires.

Cette situation s’explique par une tension inédite sur les effectifs. Le rapport souligne que 10 % des brigades autonomes et un quart des brigades de proximité ne disposent pas de la « masse critique » (souvent moins de 6 gendarmes) pour assurer à la fois les patrouilles sur le terrain, les enquêtes et la tenue d’un accueil physique permanent, le fameux « planton ». Le choix opérationnel est vite fait : privilégier le bleu sur la voie publique plutôt que derrière un comptoir vide.

Une qualité d’accueil qui se dégrade.

Si l’accueil est moins fréquent, est-il au moins de meilleure qualité ? Pas nécessairement. L’Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) note que la part des usagers signalant des difficultés pour déposer plainte a doublé en un an, passant de 3,3 % à 6,5 %. Un autre point noir soulevé par le rapport concerne la confidentialité : dans 17 % des unités visitées, les locaux sont jugés inadaptés, obligeant les victimes à raconter leur histoire à portée d’oreille de la salle d’attente.

Pour Damien Cazé, il y a urgence à adapter le réseau. L’état du parc immobilier, jugé préoccupant avec une moyenne d’âge de 59 ans pour les locaux de service domaniaux, n’aide pas à rendre ces lieux attractifs ni pour le public, ni pour les gendarmes eux-mêmes, qui boudent de plus en plus les affectations en petites brigades rurales au profit des unités spécialisées ou des zones plus dynamiques.

Vers une gendarmerie « hors les murs ».

Face à ce constat, la Gendarmerie nationale tente d’opérer sa mue. Puisque le citoyen ne peut plus toujours venir à la brigade, c’est la brigade qui doit venir à lui. C’est la stratégie de l’« aller-vers ». Le rapport valorise les initiatives comme les « Gend’Trucks », ces camions bleus qui sillonnent les marchés et les places de villages. Fin 2024, 24 véhicules de ce type étaient déployés. De même, les Points d’accueil de la gendarmerie (PAGES) se multiplient dans les espaces France Services ou les centres commerciaux, permettant de rencontrer un militaire là où se trouve le flux de population.

La technologie joue aussi un rôle clé. Avec les terminaux « Ubiquity » et « Néo », le gendarme peut théoriquement prendre une plainte n’importe où. La brigade numérique, basée à Rennes, traite désormais des flux massifs de demandes en ligne. Cependant, pour l’instant, ces dispositifs mobiles restent marginaux : seules 21 000 procédures ont été initiées « hors les murs » en 2024, sur un total de 1,1 million de plaintes.

L’enjeu pour les années à venir est crucial : réussir à transformer ce maillage territorial sans donner le sentiment aux élus locaux et aux habitants d’un abandon. La fermeture de facto des accueils physiques doit être impérativement compensée par une présence mobile visible et efficace, sous peine de voir le lien de confiance entre la population et ses gendarmes s’effriter durablement.