PARIS : 500 000 dirigeants sur le départ, qui prendra la su…
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PARIS : 500 000 dirigeants sur le départ, qui prendra la suite ?
La France adore débattre d’héritage, mais elle se trompe peut-être de patrimoine.
Alors que l’attention se concentre sur les maisons de famille, les droits de succession et les portefeuilles financiers, un autre capital, à la fois plus productif et plus fragile, se joue en silence : celui de nos entreprises, de nos emplois et de nos savoir-faire. Derrière la grande vague de transmission qui s’ouvre avec le départ massif des dirigeants de la génération des boomers, ce n’est pas seulement une question de fiscalité qui se pose, mais un véritable sujet de relève économique. Qui va reprendre les TPE, PME et ETI qui structurent les territoires, irriguent les filières et font vivre des millions de salariés ?
C’est précisément ce changement de regard que porte Blandine Mercier, cofondatrice d’Hello Masters et à l’initiative de PME Nation.
Elle résume la situation ainsi : « Loin des polémiques sur l’héritage, parlons succession, de nos entreprises, pas de nos maisons. Bpifrance l’a rappelé, la transmission-reprise est devenue un enjeu critique, accéléré par le départ massif des dirigeants et le ralentissement des reprises. La banque publique a fait de ce sujet une priorité stratégique pour éviter des pertes économiques durables. Ces dernières semaines, le débat public s’est enflammé autour de l’héritage. Qui laisse quoi à qui, combien ça vaut, combien ça coûte. Des polémiques bien commodes, mais complètement à côté du vrai sujet. Pendant que l’on discute maisons, appartements et placements, un autre patrimoine, le plus productif, le plus fragile, le plus vital, cherche désespérément des successeurs : nos entreprises. Et là, il ne s’agit pas de transmettre un bien, il s’agit d’assurer une relève. Bpifrance l’a dit très clairement, nous faisons face à une vague massive de départs de dirigeants, au moment même où les reprises stagnent. Ce n’est pas une impression, c’est un fait. Les données le confirment : environ 37 000 transmissions sont réalisées chaque année, alors que près de 500 000 dirigeants quitteront leur poste dans la décennie. Autrement dit, il y a aujourd’hui plus d’entreprises à transmettre que de repreneurs identifiés. Ce n’est pas un débat fiscal. Ce n’est pas un débat idéologique. C’est un problème de succession, au sens le plus concret du terme. Une entreprise qui ferme faute de repreneur, c’est plus qu’une ligne dans un bilan. C’est une compétence qui disparaît, un savoir-faire qui se perd, une chaîne de valeur qui s’interrompt, une activité qui ne redémarrera pas. Voilà pourquoi l’approche de Bpifrance est juste. Elle remet la focale au bon endroit, sur la continuité des entreprises, pas sur la valeur des héritages privés. Elle parle de transmission économique, de relais, de reprise, d’avenir, pas de patrimoine personnel. Et c’est exactement dans cet esprit que s’inscrit PME Nation. La vraie question n’est pas “combien vaut ce qu’on laisse ?”, mais “qui prendra la suite ?”. On peut débattre des successions familiales pendant des semaines, mais une entreprise sans successeur, elle, ne débat pas, elle s’arrête. Le problème, ce n’est pas l’absence de talents, c’est l’absence de passerelles. Des cadres expérimentés prêts à reprendre des PME, il y en a. Ce qui manque, c’est l’organisation qui les relie aux dirigeants qui partent. PME Nation porte une idée simple : révéler une nouvelle génération de repreneurs aguerris, ancrés et opérationnels, transformer un risque silencieux en opportunité productive, remettre l’expérience au service des entreprises en transition.
L’héritage fait débat. La succession, elle, fait tenir debout nos entreprises. Et si on commençait enfin à parler de la bonne transmission »?