
PARIS : 14 Juillet – Le sens de la Révolution au cœur d’une bataille culturelle
À l’approche de la fête nationale, l’historienne Laurence De Cock décrypte les origines populaires du 14 juillet 1789, un héritage aujourd’hui disputé.
À deux jours des célébrations du 14 juillet, la signification profonde de la prise de la Bastille refait surface, éclairée par un contexte de vives tensions mémorielles. Dans son ouvrage Histoire de France populaire. D’il y a très longtemps à nos jours (éditions Agone), l’historienne Laurence De Cock revient sur cet événement fondateur, analysant comment ce qui fut un basculement historique est désormais l’objet d’une intense « bataille culturelle ».

« Nous voici arrivés à un moment charnière de l’histoire du peuple français. Celui que nous célébrons encore chaque 14 juillet », pose-t-elle en ouverture du chapitre consacré à la Révolution.
Un héritage contesté
Si la date du 14 juillet 1789 est gravée dans la mémoire collective, son interprétation ne fait plus consensus. Laurence De Cock souligne qu’elle fait « l’objet d’une violente tentative d’effacement dans la bataille culturelle de l’extrême… droite ». Selon l’historienne, des initiatives comme le Puy du Fou ou les projets du milliardaire Pierre-Édouard Stérin visent à réinventer un « roman national » prérépublicain, en occultant la Révolution ou en la réduisant à des épisodes controversés comme le « génocide vendéen », une thèse contestée par la communauté historienne. La bataille pour l’histoire est ainsi devenue éminemment politique.
La genèse d’une insurrection
Pour comprendre le 14 juillet, il faut revenir au climat d’une France au bord de l’implosion. Le royaume de Louis XVI est traversé par une grave crise sociale et fiscale. Entre 1765 et 1789, pas moins de 3 350 révoltes populaires, ou « émotions », sont dénombrées, dont 310 pour les seuls premiers mois de 1789. L’injustice des impôts et la faim, exacerbée par les récoltes calamiteuses de l’hiver 1788-1789, attisent la colère. Des centaines de pamphlets dénoncent l’arbitraire. L’ambiance est si fébrile qu’elle rend caduque la prophétie de l’écrivain Louis-Sébastien Mercier, qui écrivait en 1788 dans son Tableau de Paris :
« Une émeute qui dégénérerait en sédition est devenue moralement impossible. »
Du politique au populaire : l’engrenage révolutionnaire
La convocation des états généraux le 5 mai 1789, censée apaiser les tensions, met le feu aux poudres. Face au refus du roi d’accorder le vote par tête, les députés du tiers état, représentant 95 % de la population, se proclament « Assemblée nationale » le 17 juin, affirmant incarner la « volonté générale de la Nation ». Après le serment du Jeu de paume, où ils jurent de donner une constitution à la France, le roi cède mais la méfiance s’installe. Le 11 juillet, Louis XVI fait masser des troupes aux portes de Paris. La manœuvre est perçue comme la préparation d’un coup de force. L’idée d’une insurrection armée gagne les esprits. Sous l’impulsion du journaliste Camille Desmoulins, les Parisiens adoptent la cocarde verte, puis bleu et rouge, et se mettent en quête d’armes.
14 juillet 1789 : le basculement
La foule, qui atteint près de 80 000 personnes, se dirige d’abord vers les Invalides où elle se saisit de fusils, mais sans poudre ni balles. La rumeur les envoie vers la prison de la Bastille. Le 14 juillet, après des tentatives de négociation, le gouverneur de la forteresse, le marquis de Launay, ordonne de tirer sur la foule. L’assaut est donné. La prison tombe, ses quelques prisonniers sont libérés. Launay et le prévôt des marchands de Paris, symbole de la fiscalité honnie, sont capturés puis décapités place de Grève. Leurs têtes sont promenées au bout de piques.
Laurence De Cock analyse cette violence comme un « renversement », l’émergence d’une justice populaire répondant à des décennies d’arbitraire royal. Ce n’est pas un simple acte de fureur, mais un acte politique qui « remet les compteurs à zéro ». Le soir même, la démolition de la Bastille commence. La Révolution est lancée, et son onde de choc se propage dans tout le royaume.
Cet éclairage est tiré du chapitre « Aux armes, citoyens et citoyennes ! » de l’ouvrage Histoire de France populaire. D’il y a très longtemps à nos jours (), publié par les éditions Agone, maison d’édition indépendante basée à Marseille.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).