PARIS : 110 ans du génocide arménien, une exposition au Mém…
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PARIS : 110 ans du génocide arménien, une exposition au Mémorial de la Shoah
Une exposition inédite sur le génocide arménien, 110 ans après les faits, met en lumière le déni persistant et les enjeux de mémoire.
À l’occasion des 110 ans du génocide arménien, une exposition inédite est présentée au Mémorial de la Shoah à Paris. Cette initiative, organisée en partenariat avec des institutions arméniennes et françaises, vise à sensibiliser le public, notamment les scolaires, à ce crime contre l’humanité et à la civilisation. L’exposition, accessible en plein air le long de l’Allée des Justes, retrace les événements tragiques qui ont marqué le début du XXe siècle et préfiguré les meurtres de masse ultérieurs.
Un contexte historique tragique
Entre 1915 et 1916, sous le régime dictatorial du Comité Union et Progrès, l’Empire ottoman a orchestré la destruction systématique de sa population arménienne. Environ 1 300 000 Arméniens ont été assassinés lors de massacres, déportations et marches forcées vers les déserts de Syrie et de Mésopotamie. Les survivants, souvent éliminés dans des camps de concentration, ont vu leur communauté décimée. En 1927, il ne restait que 65 000 Arméniens en Turquie, et ceux qui ont fui ont perdu leur citoyenneté, dispersés en diaspora à travers le monde.
Aujourd’hui, plus des deux tiers des 8 à 9 millions d’Arméniens vivent hors de leur pays, principalement en Russie, aux États-Unis, au Moyen-Orient et en France. La communauté arménienne de France, forte de 500 000 personnes, est la plus importante d’Europe occidentale. Elle s’est organisée pour préserver son identité et sa mémoire, tout en s’intégrant pleinement dans la société française.
Une reconnaissance tardive et controversée
Le génocide arménien a été officiellement reconnu par la France en 2001, avec la loi du 29 janvier. Depuis 2019, le 24 avril est commémoré chaque année comme journée de mémoire. Ce génocide, premier du XXe siècle, a inauguré une ère de violences de masse perpétrées par des États contre leurs propres citoyens, comme l’ont été la Shoah et le génocide des Tutsi au Rwanda. Cependant, malgré cette reconnaissance internationale croissante, le génocide arménien reste un sujet de déni et de négationnisme actif de la part de l’État turc. Ce déni, qui perdure depuis plus d’un siècle, entrave le travail de mémoire et de réconciliation.
Une exposition pour sensibiliser et éduquer
L’exposition, intitulée “Le génocide des Arméniens de l’Empire ottoman”, est présentée à partir du 1er avril 2025 au Mémorial de la Shoah.
Elle est coordonnée par Sophie Nagiscarde, responsable du service des Activités culturelles, et Elise Arnaud, chargée des expositions itinérantes, assistée d’Andréa Pechin. Le commissariat scientifique est assuré par Claire Mouradian, directrice de recherche émérite au CNRS, Raymond Kévorkian, directeur de recherche émérite à l’Institut français de géopolitique, et Yves Ternon, historien et président du Conseil scientifique pour l’étude du génocide des Arméniens.
L’exposition s’appuie sur des prêts d’institutions prestigieuses, telles que les Archives nationales d’Arménie, le Musée arménien de France, ou encore le Centre du Patrimoine Arménien de Valence. Elle propose une réflexion sur les mécanismes de destruction et de déni, tout en rendant hommage aux victimes et à leurs descendants.
Le Mémorial de la Shoah, un lieu de mémoire et d’éducation
Ouvert depuis 2005, le Mémorial de la Shoah est une institution de référence en Europe sur l’histoire de la Shoah. En 2025, il célèbre ses 20 ans d’existence et les 30 ans du discours de Jacques Chirac au Vélodrome d’Hiver. En parallèle, il poursuit son travail de mémoire sur le génocide arménien, avec des chiffres éloquents : en 2023, plus de 543 000 personnes ont participé à ses activités, dont 140 275 scolaires. L’institution a également organisé 152 actions de formation pour les enseignants et animé 1 162 ateliers hors les murs dans les établissements scolaires.
Cette exposition, en mettant en lumière les horreurs du passé et les défis de la mémoire, invite à une réflexion universelle sur la prévention des génocides et la lutte contre le négationnisme.
Face à l’histoire, la mémoire devient un devoir collectif, un appel à la vigilance et à la transmission des valeurs humaines fondamentales.


