PADOUE : Patrimoine – Des fragments de fresques de Ma…
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PADOUE : Patrimoine – Des fragments de fresques de Mantegna, détruits en 1944, refont surface
Des fragments de fresques de la chapelle Ovetari, peintes par Mantegna et détruites en 1944, ont été redécouverts dans les archives de l’ICCROM.
Le ministre italien de la Culture, Alessandro Giuli, et la directrice générale de l’ICCROM, Aruna Francesca Maria Gujral, se sont rendus ce lundi 13 avril 2026 à l’église des Eremitani à Padoue pour une visite conjointe d’une portée hautement symbolique. L’événement marque l’annonce officielle d’une redécouverte que les historiens de l’art n’osaient plus espérer : des fragments de fresques médiévales, considérés comme irrémédiablement perdus depuis la Seconde Guerre mondiale, ont été identifiés dans les archives de l’ICCROM, l’organisation intergouvernementale dédiée à la conservation du patrimoine mondial.
Une découverte inattendue dans les archives romaines
La découverte, qui éclaire d’un jour nouveau l’un des chapitres les plus tragiques de l’histoire de l’art italien, concerne un ensemble de trente-et-un fragments de peintures murales datant des 14ème et 15ème siècles. Ces pièces ont été formellement identifiées au sein des fonds d’archives de l’ICCROM (Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels), basé à Rome. Après analyse, il a été confirmé qu’il s’agit de rares éléments survivants du décor de la chapelle Ovetari. Ce cycle de fresques était l’œuvre collective de maîtres illustres tels qu’Andrea Mantegna, alors jeune prodige, mais aussi Nicolò Pizzolo, Antonio Vivarini et Giovanni d’Alemagna, dont le travail avait fait de cette chapelle un lieu emblématique de l’effervescence artistique de l’époque et une pierre angulaire de la Renaissance padouane.
Un trésor de la Renaissance anéanti par la guerre
La portée de cette redécouverte est immense, car elle touche à une blessure profonde du patrimoine culturel italien. En 1944, un bombardement allié durant la Seconde Guerre mondiale a frappé de plein fouet l’église des Eremitani, joyau de l’architecture gothique. Le souffle de l’explosion a pulvérisé les fresques de la chapelle Ovetari, les réduisant à des dizaines de milliers de fragments. Cet événement est resté dans les mémoires comme l’une des pertes culturelles les plus dévastatrices subies par l’Italie pendant le conflit. Le travail de reconstitution, entamé après-guerre avec une patience infinie par les restaurateurs, a été un puzzle titanesque et nécessairement incomplet. La redécouverte de ces trente-et-un fragments offre donc un espoir inespéré de compléter, même modestement, la connaissance de cette œuvre majeure et de mieux comprendre les techniques des maîtres du 15ème siècle.
Un projet commun pour reconnecter le passé au présent
La visite conjointe du ministre et de la directrice générale de l’ICCROM symbolise le renforcement d’un partenariat déjà solide entre l’institution et le ministère italien de la Culture. Au-delà du constat de la découverte, un accord a été conclu pour lancer un projet commun ambitieux et novateur. L’objectif est d’étudier, grâce aux technologies modernes, des solutions pour reconnecter ces fragments à leur contexte historique, spirituel et architectural d’origine, au sein même de l’église des Eremitani. Ce projet, qui se veut participatif, impliquera activement la communauté locale de Padoue ainsi que des institutions universitaires et des mécènes, afin d’assurer une réappropriation collective de ce patrimoine retrouvé.
Symbole de la résilience et de la mémoire collective
Le futur projet vise à dépasser la simple restauration matérielle pour porter un message universel. Il s’agit de transmettre la valeur unique de ces fragments comme un puissant symbole de la survie de l’art face à la barbarie et de la résilience du patrimoine culturel face aux destructions de la guerre. Les responsables du projet soulignent que de telles initiatives de reconstruction, en ravivant la mémoire, peuvent favoriser une plus grande cohésion sociale et renforcer le sentiment d’appartenance et d’identité d’une communauté. Cette démarche témoigne de la capacité de l’art et de l’histoire à guérir les blessures du passé et à construire un avenir commun, en rappelant que même des ruines peuvent faire renaître des histoires et des émotions.


