OSWIECIM : A Auschwitz, de l’émotion à l’engage…
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OSWIECIM : A Auschwitz, de l’émotion à l’engagement
Face à la haine, la Région Sud investit pour que la mémoire de la Shoah devienne un outil de vigilance pour les lycéens varois.
Il y a des lieux où le silence parle plus fort que les mots. Auschwitz-Birkenau est de ceux-là. Sous un ciel polonais bas et gris, le froid ne vient pas seulement de la météo. Il émane des rails qui s’arrêtent net, des baraquements alignés à perte de vue et des miradors figés dans le temps. C’est ici, au cœur de ce qui fut l’usine de mort du 20ème siècle, que la Région Sud a choisi d’emmener plus de 350 lycéens et membres du Parlement Régional de la Jeunesse. Un voyage qui n’a rien d’une simple sortie scolaire. C’est un acte politique, une leçon de citoyenneté à ciel ouvert.
Un investissement pour l’avenir
Pourquoi une collectivité investit-elle 127 000 euros chaque année dans un tel pèlerinage mémoriel ? La réponse se trouve dans l’urgence du présent.
« Auschwitz ne nous parle pas seulement d’hier. Il nous parle d’aujourd’hui », a rappelé François de Canson, vice-président de la Région Sud, lors de ce déplacement.
Face à la montée de l’antisémitisme, à la banalisation des discours de haine sur les réseaux sociaux et au retour des replis identitaires, la mémoire n’est plus un simple devoir de recueillement. Elle devient une arme.
Ce projet, baptisé « Mémoire et Citoyenneté », est mené en partenariat avec des institutions de référence comme le Mémorial de la Shoah et la Fondation du Camp des Milles.
L’objectif est clair : donner aux jeunes les clés pour comprendre les mécanismes qui mènent de la haine ordinaire à la barbarie industrialisée. Il ne s’agit pas de les accabler de culpabilité, mais de les équiper intellectuellement et moralement pour l’avenir.
« Votre génération n’est pas responsable du passé. Mais elle est pleinement responsable de l’avenir ».
De l’émotion à l’engagement
Le parcours est exigeant. Accompagnés par des historiens et des formateurs, les élèves arpentent les lieux de l’indicible. Ils voient les montagnes de chaussures, les valises éventrées, les cheveux coupés. L’émotion est palpable, les visages sont graves. Mais le voyage ne s’arrête pas aux larmes. Il vise à transformer le choc en réflexion, puis la réflexion en engagement.
Au retour, les lycéens ne sont plus de simples visiteurs ; ils sont devenus des « témoins ».
Leur mission : transmettre à leur tour. Ils devront présenter leurs travaux à l’Hôtel de Région en mai, un moment où la mémoire, nourrie par l’expérience directe, devient une parole citoyenne active. C’est là tout le sens de l’initiative : former des sentinelles de la démocratie, capables de déceler les premières fissures dans le pacte républicain.
Combattre les « lâchetés ordinaires »
Car l’Histoire l’a montré : l’horreur ne surgit pas d’un seul coup. Elle s’installe par une succession de « petits renoncements » et de « lâchetés ordinaires ». C’est ce message que les organisateurs veulent marteler. Le « plus jamais » n’est pas un slogan incantatoire, mais une vigilance de chaque instant. Une exigence qui se joue dans les mots que l’on choisit, dans les silences que l’on refuse, dans les injustices que l’on combat.
En armant sa jeunesse d’une mémoire lucide et critique, la Région Sud ne fait pas que regarder vers le passé. Elle investit dans la solidité de son avenir démocratique. Un avenir où le souvenir n’est pas un héritage figé, mais une force vive contre l’oubli et la haine.