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NEW YORK : Open Diplomacy – New York n’est pas…

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NEW YORK : Open Diplomacy – New York n’est pas une fête

New York accueillait cette semaine la terre entière. Je m’y rendais en tant que « SDG Goalkeeper », les acteurs engagés pour l’Agenda 2030 que la Fondation Gates récompense et rassemble chaque année.

Pour la remise des prix annuelle, Bill et Melinda avaient choisi une playlist entrainante. « Empire State of Mind » ! Une ode aux possibles qu’offre NYC. « There is nothing you can’t do » martèle la chanson pour une foule de dirigeants associatifs, d’entrepreneurs sociaux ou de think tankers dévoués à la réalisation des Objectifs de Développement Durable.New York semble être une fête… L’ancien président des États-Unis, Jimmy Carter, et son épouse sont récompensés pour leur « engagement d’une vie ». Bono, la rockstar qui a fondé The One Campaign, est élu « grande gueule de l’année ». Dans un registre plus sobre, l’engagement du Premier ministre Fumio Kishida est aussi salué, après une présidence du G7 réussie.La musique touche au cœur. Mais est ce que celui-ci palpite alors qu’à quelques centaines de mètres du Jazz Lincoln Center, le Quartier général des Nations unies ne résonne pas de la même manière ?Il ne s’agit pas d’une naïveté des Goalkeepers : ils sont les premiers à constater que 85 % des indicateurs de l’Agenda 2030 sont en régression ou dans un état de stagnation tel que les ODD risquent d’échouer.Non, la dissonance vient d’ailleurs. Sur l’East River, l’Assemblée générale des Nations unies vibre tout autant. Sous l’effet d’un séisme en trois répliques.Première réplique : « l’Humanité a ouvert les portes de l’enfer » assène Antonio Guterres en rappelant que depuis l’adoption de l’Accord de Paris sur le climat, les émissions de gaz à effet de serre n’ont fait qu’augmenter.Deuxième réplique : « la moitié de l’Humanité n’a pas accès aux soins les plus élémentaires » rappelle le directeur général de l’OMS, alors que la pandémie de coronavirus coûte encore une vie toutes les trois minutes.Troisième réplique : « même si la Russie nous empêche d’exporter notre blé par la Mer noire, Kiev a fourni 32 millions de tonnes ; c’est 32 millions de tonnes de chaos en moins » a scandé le président Zelensky, alors que Moscou a provoqué de graves problèmes d’insécurité alimentaire à travers le monde.Le triolet de la polycrise donne un rythme totalement différent. L’entrain n’est plus là. En fait, New York n’est pas une fête. D’ailleurs, au Sommet pour les ODD, bon nombre des dirigeants du G20 ne sont même pas venus soutenir le « plan de sauvetage » qu’ils ont pourtant adopté à Delhi 10 jours plus tôt : le SDG Stimulus ne sera honoré que de 7 des leaders du Groupe.Si « Paris est une fête » pour Hemingway (surtout quand on reçoit le Roi d’Angleterre), ce n’est pas dans cette pièce de son œuvre qu’on trouve la citation de la semaine. C’est dans un article au New Yorker qu’il faut trouver l’aphorisme du jour : « Le temps est la plus petite chose dont nous disposons.»Il n’y a rien de plus contemporain que cette maxime alors qu’à la mi-temps du match du siècle, nous sommes largement menés au score… et nous continuons à mettre des buts contre notre propre camp. C’est ce dont nous parlerons dans deux semaines aux #RDD2023.

Thomas Friang

Fondateur | Directeur général de l’Institut Open Diplomacy