MONTREUIL : Patrimoine – Le joyau gothique du 12ème s…
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MONTREUIL : Patrimoine – Le joyau gothique du 12ème siècle retrouve son éclat originel
Après quatre ans et demi de restauration minutieuse, l’église Saint-Pierre-Saint-Paul rouvre ses portes les 7 et 8 mars pour dévoiler ses trésors.
C’est un véritable soulagement doublé d’une immense fierté pour la commune de Seine-Saint-Denis. L’église Saint-Pierre-Saint-Paul, située au cœur de Montreuil, s’apprête à accueillir de nouveau ses fidèles et les passionnés d’histoire après une fermeture prolongée. Classé monument historique depuis 1913, cet édifice emblématique, souvent qualifié de « joyau gothique », a bénéficié d’une campagne de travaux d’envergure totalisant 4,6 millions d’euros.
Ce chantier titanesque, financé par la Ville avec le soutien de la Direction régionale des Affaires culturelles (DRAC) d’Île-de-France et du Conseil régional, vient clore une période critique pour le bâtiment. Construit à la fin du 12ème siècle sur les ruines d’une église romane, l’édifice porte en lui les strates de l’histoire de France. Il fut l’église paroissiale des rois, fréquentée par Louis IX (Saint-Louis) et sa mère Blanche de Castille, en raison de la proximité du domaine de Vincennes. C’est également en ces lieux que le futur Charles V fut baptisé en 1337.
Une consolidation vitale pour l’édifice
La structure même de l’église, fragilisée par les siècles et les caprices de la météo — dont la foudre qui détruisit la flèche en 1821 et un orage dévastateur en 1788 —, menaçait ruine. Si le chœur avait été sauvé in extremis dans les années 1990 grâce à des pieux de 20 mètres de profondeur, le reste du bâtiment montrait des signes inquiétants de faiblesse. De nouvelles fissures et des désordres architecturaux avaient été détectés par des capteurs de haute technologie installés dans les murs.
La restauration s’est déroulée en quatre phases stratégiques entre 2021 et 2025. Il a fallu stabiliser l’ensemble grâce à l’enfouissement de micro-pieux et l’installation de tirants dans les murs, assurant un cerclage complet de l’église. Les façades, la toiture du clocher, les bas-côtés et la nef centrale ont été minutieusement rénovés. La dernière phase s’est concentrée sur les intérieurs, mettant fin à l’enchevêtrement de cloisons en contreplaqué qui masquait la beauté des volumes.
L’excellence artisanale à l’œuvre
Pour mener à bien cette résurrection architecturale, la ville a fait appel à des savoir-faire ancestraux, identiques à ceux mobilisés pour le chantier de Notre-Dame de Paris. Une armée d’artisans d’art s’est relayée au chevet du monument : tailleurs de pierre pour les contreforts et les nervures, charpentiers travaillant le chêne des 16ème et 17ème siècles, ou encore couvreurs maniant l’ardoise d’Angers, le cuivre et le plomb.
Plusieurs entreprises spécialisées sont intervenues, telles que Champagne Construction Rénovation pour la maçonnerie, Tollis pour la sculpture, ou encore Muranese pour les vitraux. « Ces travaux avaient pour ambition d’offrir un écrin digne d’un monument historique aux nombreuses œuvres d’art, elles-mêmes magnifiquement restaurées », explique René Richard, de l’association Sauvegardons Saint-Pierre – Saint-Paul.
Redécouvrir un patrimoine artistique unique
Au-delà des murs, ce sont les trésors mobiliers de l’église qui retrouvent leur lustre. Le public pourra admirer la statue de la Vierge Marie en terre cuite, les retables du 18ème siècle ou encore les statues de Saint-Pierre et Saint-Paul, tous passés entre les mains expertes de restaurateurs du patrimoine comme Hubert Boursier et Marc Fradin.
Point d’orgue de cette restauration artistique : le tableau monumental de « La Résurrection », peint par Philippoteux au 19ème siècle et installé au niveau du chevet, a retrouvé ses couleurs grâce au travail de Xavier Beugnot.
Un week-end inaugural festif
Pour célébrer cette renaissance, la Ville de Montreuil organise un week-end de festivités les samedi 7 et dimanche 8 mars 2026. Le programme prévoit des visites guidées gratuites assurées par l’association de sauvegarde, permettant de comprendre les défis relevés par les architectes et les ouvriers.
Le samedi à 16h, une table ronde réunira l’architecte Thomas Gaudig et René Richard pour détailler les coulisses du chantier. Enfin, le dimanche à 17h, la musique sacrée résonnera à nouveau sous les voûtes séculaires avec un concert de l’ensemble vocal Soli-Tutti et des solistes de l’orchestre Divertimento, dirigé par la cheffe Zahia Ziouani.