MONTRÉAL : Francis DUPUIS DERI : « Le wokisme est un épouva…
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MONTRÉAL : Francis DUPUIS DERI : « Le wokisme est un épouvantail pour étouffer les luttes sociales »
L’universitaire Francis Dupuis-Déri publie un manuel de résistance intellectuelle pour déconstruire les tactiques de la droite.
Dans un nouvel ouvrage intitulé « L’art de la guerre culturelle », le politologue et essayiste Francis Dupuis-Déri propose une analyse critique des stratégies employées par les courants conservateurs et réactionnaires pour discréditer les mouvements progressistes. Selon lui, loin d’être apaisés après la chute du mur de Berlin, les grands clivages idéologiques du 20ème siècle ont simplement muté pour resurgir avec force dans le débat public contemporain. L’auteur y décrypte ce qu’il identifie comme une offensive menée depuis trente ans contre les luttes féministes, antiracistes et écologistes.
Une mécanique réactionnaire bien huilée
Au cœur de l’analyse de Francis Dupuis-Déri se trouve la fabrication d’épouvantails sémantiques. Le concept de « politiquement correct », apparu sur les campus universitaires américains dans les années 2000, a progressivement laissé place à celui de « wokisme », devenu aujourd’hui le principal anathème brandi par les polémistes, certains médias et des partis d’extrême droite. L’objectif, selon l’auteur, reste inchangé : caricaturer les revendications pour l’égalité afin de mieux les disqualifier et d’étouffer toute velléité de transformation sociale. Le livre se présente comme un manuel pour comprendre et contrer cette offensive intellectuelle.
Anatomie d’une bataille idéologique
L’ouvrage se livre à une déconstruction méthodique des armes et des tactiques de cette « guerre culturelle ». Francis Dupuis-Déri y examine les différents terrains où elle se déploie : la sphère familiale, le système scolaire, l’université, les médias et l’arène politique. Il détaille les armes privilégiées de ce qu’il nomme l’adversaire : la manipulation du langage, l’instrumentalisation de la peur et le recours systématique à la caricature. Parmi les tactiques analysées, l’auteur met en lumière la stratégie consistant à inverser les rôles en se présentant comme une victime de la censure, ou encore celle visant à imposer les thèmes du débat public pour cantonner les progressistes à une posture défensive.
Un manuel pour la résistance et l’espoir
Face à cette offensive, l’essayiste oppose une démarche fondée sur « une ironie mordante et un respect scrupuleux du savoir ». Son livre se veut un outil pratique pour déceler les mensonges, rappeler les faits et réaffirmer les valeurs d’égalité, d’empathie et de liberté. Loin d’être un simple recueil de constats pessimistes, « L’art de la guerre culturelle » se conclut sur une note d’espoir. L’auteur souligne que malgré la puissance des forces conservatrices, les lignes bougent. Des mouvements d’ampleur mondiale comme #MeToo, Black Lives Matter ou encore les grèves pour le climat témoignent, selon lui, de la capacité des forces progressistes à reprendre l’initiative et à imposer leurs propres termes dans la bataille des idées.
Francis Dupuis-Déri est professeur de science politique et d’études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Engagé dans des mobilisations sociales en France et en Amérique du Nord depuis les années 1990, il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués, dont « La crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace » (Points, 2022) et « Les hommes et le féminisme » (Textuel, 2024).


