MARSEILLE : Santé environnementale – Près d’un…
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MARSEILLE : Santé environnementale – Près d’un quart des écoles françaises fortement exposées aux pesticides
Une carte nationale, fruit d’une collaboration entre scientifiques et le journal « Le Monde », met en lumière la « pression pesticide » subie par les établissements scolaires.
La question de l’exposition des plus jeunes aux produits phytosanitaires franchit une nouvelle étape avec la publication d’une carte nationale inédite. Fruit du travail d’un collectif de scientifiques en partenariat avec le journal « Le Monde », ce document révèle qu’en France, près d’un établissement scolaire sur quatre est soumis à une « pression forte » aux pesticides. Ce constat concerne plus de 1,7 million d’élèves, des écoliers aux lycéens, et replace la santé environnementale au cœur des préoccupations de santé publique.
L’étude s’appuie sur une méthodologie rigoureuse pour cartographier ce que les chercheurs nomment la « pression pesticide », un indicateur de l’exposition potentielle aux traitements agricoles.
Un baromètre national pour objectiver l’exposition
Pour la première fois, une analyse à l’échelle nationale et à la parcelle près permet de visualiser les zones les plus à risque. « Le critère « pression forte » a été déterminé sur base d’au moins un traitement pesticides par an à dose pleine, apporté aux cultures agricoles proches de l’établissement scolaire », explique Benjamin Nowak, Maître de conférence en agronomie chez VetAgro Sup et associé au projet.
La méthodologie combine plusieurs sources de données publiques, notamment les Registres Parcellaires Graphiques qui détaillent les cultures, et les associe à l’Indice de Fréquence de Traitements phytosanitaires (IFT) dans un rayon de 1 000 mètres autour de chaque école. « Les résultats sont plus précis que les méthodes qui se réfèrent à l’assolement global à l’échelle des communes, qui peuvent masquer de fortes hétérogénéités spatiales », précise l’agronome. L’ensemble des données est désormais consultable en libre accès sur la plateforme data.gouv.fr. Le baromètre se veut un outil de repérage pour de futures études épidémiologiques visant à évaluer les risques sanitaires concrets.
La région Sud et le Vaucluse particulièrement touchés
Si les grandes régions viticoles comme la Gironde ou la Champagne figurent parmi les plus concernées, la région Sud n’est pas en reste. C’est dans le Vaucluse, département à forte activité viticole et arboricole, que la situation est la plus préoccupante. L’analyse de la carte y dénombre quatre établissements scolaires en « pression pesticides maximale », dont l’école primaire Les Vignères à Cavaillon, et une trentaine d’autres classés en « pression très forte ».
Les Bouches-du-Rhône comptent également deux établissements en pression maximale. En comparaison, le Var, qui possède une part importante de surfaces en agriculture biologique, apparaît moins exposé. Cette publication intervient alors qu’une récente étude franco-péruvienne, parue dans la revue *Nature Health*, a établi pour la première fois un lien entre pesticides et cancer à l’échelle d’un pays.
PhytAtmo Dataviz : un nouvel outil pour le grand public
En parallèle de ces révélations, le réseau des Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air (AASQA) renforce la transparence. Atmo France a lancé le 30 mars dernier PhytAtmo Dataviz (https://bit.ly/PhytAtmoDataviz), une plateforme interactive de visualisation des données sur la présence de pesticides dans l’air. Basée sur les mesures de terrain de 2022 et 2023, elle permet de suivre les concentrations de 72 substances.
« Avec PhytAtmo Dataviz, notre objectif est de fournir une information partagée, objectivée et compréhensible pour nourrir le débat public, éclairer les décisions et renforcer la vigilance collective », a déclaré Catherine Hervieu, présidente d’Atmo France. L’outil précise qu’il ne s’agit pas d’une carte d’exposition sanitaire mais d’un instrument de suivi environnemental, en l’absence de valeurs réglementaires pour les pesticides dans l’air.
Vers une approche globale « Une seule santé »
Ces différentes initiatives s’inscrivent dans une prise de conscience plus large des liens étroits entre santé humaine, santé animale et état des écosystèmes, une approche baptisée « One Health » (Une seule santé). Ce concept a été au cœur du récent sommet international qui vient de s’achever à Lyon, où des experts ont réaffirmé l’urgence d’intégrer la santé environnementale dans toutes les politiques publiques.
Localement, l’observatoire AtmoSud s’engage dans cette voie et participera à la 3ème édition des « 72h de l’écologie » qui se tiendront à Marseille du 24 au 26 avril prochains. Plusieurs rencontres et ateliers seront organisés, notamment une journée dédiée à l’approche « Une seule santé » le 24 avril au stade nautique Florence Arthaud.

