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MARSEILLE : Les Nouvelles Rencontres d’Averroès, du j…

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MARSEILLE : Les Nouvelles Rencontres d’Averroès, du jeudi 20 au dimanche 23 novembre

« Prendre langue, se parler », oui, mais comment ?

À une époque où la langue se crispe et où l’espace public se tend, où les mots se délitent et se vident de leur sens, il est urgent d’en réaffirmer la puissance démocratique et citoyenne. Cette année, les Nouvelles Rencontres d’Averroès se penchent sur l’importance de la parole et du dialogue.

Découvrez les invités de cette édition – chercheurs, penseurs, auteurs et artistes – à travers la richesse et l’histoire du plurilinguisme méditerranéen. Quatre jours de débats, de rencontres et de spectacles, à réserver dès à présent !

« Prendre langue » n’est pas une invitation ordinaire. Aujourd’hui, on peut préférer « prendre contact », un acte simple qui se décide seul, avec l’espoir d’ouvrir un dialogue. Mais « prendre langue » ne peut se faire en solitaire, il y a toujours un « avec », toujours cet autre qui rend l’échange possible. Cette année, les Nouvelles Rencontres d’Averroès ont choisi pour thématique « Prendre langue, se parler », comme un appel et un acte.

Entre les deux, une virgule, dont la poésie et le mystère annoncent déjà la promesse de l’échange. « Prendre langue » donc, puis « se parler », car nous en avons besoin. Prendre rendez-vous pour célébrer cette chose anodine et commune, mais si importante, qu’est la parole. Alors que le langage se brutalise et l’espace public avec, que les mots pour dire le monde tel qu’il est perdent leur sens ou sont mis au ban, il apparaît indispensable de relever l’importance démocratique et citoyenne du langage. L’écrivain allemand Victor Klemperer, qui avait compris que le fascisme y faisait son lit, s’en inquiétait déjà : « les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir ».

Alors, pour éviter de laisser ce lent poison perler à la commissure de nos lèvres, nous avons eu envie d’aborder ce thème pour défendre les différentes manières de se parler, de la conversation à la dispute, du débat au dialogue : tout sauf du bruit, quand bien même les sujets de discorde sont légion. La parole est une action autant qu’une épiphanie de la pensée. En Méditerranée, celle-ci relèverait presque d’un art. Pas seulement celui du discours et de l’oralité, mais une façon de vivre. Dans son livre Méditerranée, mer de nos langues, le linguiste Louis-Jean Calvet applique à la Mare Nostrum son équivalent langagier, « linguae nostrae ».

Phénicien, araméen, hébreu, grec, latin, étrusque, berbère, arabe, turc, espagnol, italien, français et tant d’autres langues ont construit – et continuent d’inventer – ce monde commun et différent à la fois. Au xviie siècle, une langue a même tenté de les réunir, dans un métissage colporté par les marchands et les diplomates : la lingua franca. Le plurilinguisme méditerranéen qui vit encore porte la trace du temps et des trajectoires humaines, du commerce et des conflits, des partages et des pillages. Si les langues peuvent mourir, elles renaissent chaque jour sur son bassin. « Prendre langue, se parler » : oui, mais comment ?

D’abord par la conversation. Plus que les autres formes d’échange, celle-ci relève de ce que le philosophe Ali Benmakhlouf appelle « un mode de vie ». Si nos vies sont faites de communications permanentes, sommes-nous encore capable d’échanger réellement et de suivre l’observation de Montaigne : « la parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l’écoute » ?

Ensuite, par la négociation. Alors que les codes habituels du système international dévissent, que peut-encore la diplomatie ? Elle reste parfois le dernier rempart avant les armes, et ceux qui l’exercent se doivent de discuter avec tout le monde, parfois même « avec le diable » comme l’énonce une célèbre expression du métier.

Enfin, par la traduction. Car l’acte de traduire porte en lui ce que Souleymane Bachir Diagne appelle « un geste d’hospitalité », où comprendre l’autre est la première des conditions. Traduire, c’est ainsi permettre de faire advenir un monde commun. Pendant ces quatre jours, nous prendrons la parole, nous donnerons de la voix, nous chuchoterons à l’oreille de nos voisins, peut-être même hausserons-nous le ton. Nous écouterons aussi. Et nous fêterons les sons, les pluriels, les accents. Comme un besoin de se dire des choses et d’écouter ce que signifie « être ensemble » pour formuler des idées, le temps d’un long week-end en forme de promesse : celle de prendre langue, de se parler.

L’équipe des Nouvelles Rencontres d’Averroès Rémi Baille, Sobhi Bouderbala, Chloë Cambreling, Nadia Champesme, Julien Loiseau et Fabienne Pavia

SOURCE : Les Nouvelles Rencontres d’Averroès 2025.