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MARSEILLE : Les espèces exotiques envahissantes gagnent e…

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Floriane Dumont
9 Mar 2024

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MARSEILLE : Les espèces exotiques envahissantes gagnent elles du terrain en Région Sud ?

Nous avons échangé avec Pauline Jean, chargée de mission au sein de l’Agence Régionale de la Biodiversité et de l’Environnement (ARBE) Provence-Alpes-Côte d’Azur (présidé par Anne Claudius-Petit).

Responsable de l’élaboration de la stratégie régionale espèces animales exotiques envahissantes (EAEE) pour l’ensemble de la région Sud (en lien avec tous les partenaires de cette mission) elle nous parle de ces espèces qui gagnent du terrain.

Pour commencer, quels sont les critères pour qualifier une espèce d’« exotique envahissante »

Il y a plusieurs définitions, mais celle majoritairement utilisée requière que l’espèce remplisse trois conditions.

  • La première : l’espèce doit être exotique, donc non indigène du territoire.
  • Ensuite, il faut qu’elle soit introduite par l’homme de façon involontaire ou volontaire. Par exemple, si l’espèce colonise de nouveaux espaces en conséquence du changement climatique ça ne nous concerne pas.
  • Enfin, il faut qu’elle ait un impact écologique, économique ou sanitaire négatif.

Quelles sont les voies d’introduction humaines les plus courantes ?

Les principales voies d’introduction de EEE (espèces exotiques envahissantes) par l’homme vont être différentes selon les espèces. Par exemple, l’introduction des mammifères ou des oiseaux est souvent liée à la chasse, ou au commerce en animalerie. Il arrive en effet que de nouveaux animaux de compagnie comme la perruche à collier, s’échappent et deviennent des espèces exotiques envahissantes.

Il y a ensuite toutes les espèces introduites involontairement ou accidentellement par le transport d’autres organismes ou de matières et produits organiques. C’est le cas notamment des insectes, des escargots ou de certains végétaux. Par exemple, lorsqu’on importe des végétaux, on importe également tout le cortège d’espèces animales qui les accompagne.

On a aussi pas mal de voie d’introduction au niveau maritime, ou d’eau douce, avec les eaux de ballast. Ce sont de grands stockages d’eau utilisés pour ajuster la répartition et le poids total d’un bateau pour le maintenir dans un état stable.

Quels impacts ont ces introductions sur la biodiversité de notre territoire ?

Il y en a plusieurs. Les espèces exotiques envahissantes peuvent entrer en compétition directe, ou indirecte, avec les espèces indigènes qu’on a chez nous, soit parce que celles-ci deviennent une proie, soit parce qu’elles vont toutes deux avoir la même source de nourriture. Certaines espèces exotiques envahissantes peuvent aussi apporter des maladies qui vont toucher les espèces indigènes.

Ensuite, elles peuvent parfois changer les conditions du milieu. Par exemple la moule quagga ou la moule zébrée sont des organismes qui sont ultra filtrantes et qui vont donc changer les conditions physico chimiques de leur milieu. Cela va changer l’habitat des espèces qui sont présentes avec des effets cascades pour toutes les autres espèces indigènes. Pour les espèces végétales, on peut donner l’exemple de la griffe de sorcière, très présente dans les Calanques, qui forme des tapis empêchant les espèces indigènes de se développer en modifiant les propriétés du sol.

Indépendamment de l’impact que ces espèces peuvent avoir sur la biodiversité, il ne faut pas négliger leur impact sanitaire. Pour les animaux par exemple on pense à tout ce qui est zoonoses, les maladies transmissibles, comme avec le fameux moustique tigre. D’autres sont responsables d’allergies comme la fourmi électrique. Et pour la flore, on peut citer l’ambroisie dont le pollen entraine des risques allergènes importants, ou la Berce du Caucase qui peut provoquer des réactions urticantes assez impressionnantes.

Sur notre territoire régional, quelles sont les zones les plus touchées par ces espèces exotiques envahissantes ?

Pour les espèces animales, je n’ai pas encore les données exactes mais pour le moment leur présence semble plus importante sur le littoral et au niveau de toutes les voies de communication ou de connexion comme les routes, chemins, etc. Les zones anthropiques (où l’on retrouve une action de l’homme) aussi sont plus touchées, elles se concentrent donc notamment autour de toutes les zones urbaines. La partie alpine est quant à elle plus épargnée.

Comment peut-on agir contre ces espèces-là ?

Une fois que l’espèce est installée, ça devient très difficile. Il est donc essentiel d’agir quand elle est en phase d’émergence. Par exemple, nous avons la fourmi électrique qui vient juste d’être détectée à Toulon. Dans ce cas, il est encore possible d’agir parce que pour l’instant, nous n’avons qu’un foyer de population et l’espèce est encore présente en petit nombre. En revanche, une fois que l’espèce est largement répartie, comme le ragondin, ce n’est plus possible. On va pouvoir gérer les impacts en essayant de contenir l’espèce, pour qu’elle ne se diffuse pas. Mais c’est beaucoup plus compliqué et plus coûteux.

L’important, c’est donc de privilégier la prévention. On peut donner quelques conseils comme ne pas relâcher ses animaux, ne pas déverser son aquarium dans les milieux naturels, ne pas acheter des espèces exotiques, ne pas de planter des espèces exotiques.

Concrètement, pourriez-vous me parler de l’action régionale ?

L’important, c’est donc de privilégier la prévention. On peut donner quelques conseils comme ne pas relâcher ses animaux, ne pas déverser son aquarium dans les milieux naturels, ne pas acheter des espèces exotiques, ne pas de planter des espèces exotiques.

La Région Sud pilote et finance aux côtés de l’Etat deux stratégies :

  • Une stratégie régionale pour les espèces végétales exotiques envahissantes élaborée en 2014 et mise à jour en 2020. Elle est mise en œuvre par les Conservatoires Botanique Nationaux Méditerranéen et Alpin (CBNmed et CBN Alpin). C’est une stratégie qui existe depuis plus de dix ans.
  • Une stratégie régionale des espèces animales exotiques envahissantes en cours d’élaboration portée par l’ARBE. Une liste d’espèces et un plan d’actions seront établis en 2024.

C’est une stratégie qui a plusieurs objectifs. Le premier, c’est de décliner la stratégie nationale d’espèces exotiques envahissantes. Le deuxième, c’est de mieux prévenir les introductions des espèces exotiques envahissantes et de mieux connaître les introductions.

Ensuite, elle vise à faciliter la mise en réseau des différents acteurs. Par exemple, on souhaiterait développer un réseau de surveillance et de détection précoce des espèces animales exotiques envahissantes.

Et enfin, c’est une stratégie qui vise à aider à la décision pour cibler les espèces sur lesquelles agir, et déterminer comment le faire et quel site prioriser parce que c’est très coûteux. On est donc en train de rédiger le plan d’action. En parallèle, nous avons travaillé sur l’établissement d’une liste hiérarchisée d’espèces exotiques envahissantes animales en région.

On est à peu près à 120 espèces répertoriées, hors espèces marines, et 35 espèces qu’on dit susceptibles de l’être un jour. On attend donc qu’elles parviennent en région et on surveille leur installation. Cette liste sera prochainement consultable par le grand public.

SOURCE : Région Sud